Extrait

Un invincible été

Arnaud Dufeys

2024 - 19 minutes

Belgique - Fiction

Production : Makintosh Films

synopsis

Un soir d’été caniculaire. Seul chez lui, au bord de la piscine, Clément, 16 ans, tue l’ennui sur une application de rencontres. Bien décidé à se débarrasser de sa virginité, il ment sur son âge à Naël, un jeune homme de 8 ans son aîné. Le moment d’intimité approche, Clément brûle les étapes... Mais c’est en découvrant un tout autre corps que celui de Naël que Clément va grandir.

Arnaud Dufeys

Né en 1989, Arnaud Dufeys est un jeune réalisateur belge passé par l'IAD et révélé à la faveeur de trois courts métrages.

Atomes a été pré-sélectionné aux Oscars en 2013, tandis que Vertiges a été récompensé du Prix du public au FIFF de Namur et du Prix de la mise en scène au Festival “Le court en dit long” au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris.

En 2024, Un invincible été est présenté à la Berlinale, dans la compétition “Génération”, et son réalisateur passe alors au long métrage avec On vous croit, coréalisé avec Charlotte Devillers. Également présenté au Festival de Berlin, en 2025 et dans la section Perspectives, il sort en France à l'automne de la même année, avant de triompher lors de la première édition des René du cinéma, qui succèdent aux Magritte, avec sept trophées remportés.

 

Critique

L’ennui et le désir. Clément, un jeune homme seul dans une maison, l’été, au bord d’une piscine, scrolle sur son téléphone. Une application de rencontres. “Tu cherches quoi? / “Un mec chaud pour ma première fois”. En quelques plans, tout est dit. Un invincible été sera un film initiatique. Mais rien ne se passe comme prévu – dans la narration, mais aussi dans la promesse d’un film qui ne sera jamais convenu. Naël, l’homme qui sort du virtuel pour se présenter face à Clément, est plus âgé, comme un écho au précédent film d’Arnaud Dufeys, Atomes, qui racontait la relation entre un élève et son professeur. Mais Naël, n’initiera pas Clément au sexe ; il lui transmettra une capacité à dompter son impatience tout en lui faisant ressentir intensément l’instant présent. Angelo, un vieil homme dont, par ailleurs, il s’occupe lui apportera une forme de sagesse malicieuse.

Au cœur du film s’étoffent ces échanges de bienveillance qui neutralisent toute forme de vulgarité. Cela n’empêche pas la sensorialité et le désir. Et Arnaud Dufeys joue à fond la carte de l’été soyeux, la lumière sur la peau et le vent dans les cheveux. Mais par ses brefs arrêts sur image fonctionnant par à-coups, il nous rappelle que les instants vécus aux différents âges des protagonistes sont précieux et ne se rattrapent guère. D’autres feraient une bluette ou un porno soft ; Arnaud Dufeys, lui, travaille la matière temps et réalise un film absolument mélancolique.

Présenté à la Berlinale en 2024, Un invincible été est écrit par Nicolas Moulin, avec qui Arnaud Dufeys écrit son prochain long métrage, Les caniculaires, après avoir sorti au cinéma en 2025 On vous croit (coréalisé avec Charlotte Devillers), avec le succès que l’on connaît. 

Ce qui frappe dans Un invincible été, c’est son sens de la mise en scène, avec l’incroyable travail de Pépin Struye à l’image, sa capacité à chorégraphier trois générations de corps masculins, entre naturalisme et onirisme discret. La musique originale de Lolita Del Pino nourrit cette oscillation de manière permanente par différents thèmes discrets qui traduisent les doutes et les sentiments de Clément. Ses déflagrations intérieures doivent faire écho à ce mirage qui troue le ciel à deux reprises.

Derrière le jeune homme, encore un pied dans l’enfance, qui rêvait de Spiderman et qui ne peut plus se vivre comme super héros (“j’ai tout gâché !”), Arnaud Dufeys, parle de la confrontation au monde réel, du dérèglement que peut produire sur un ado la réalité du monde adulte comme de la difficulté pour un cinéaste de garder le cap dans la réalité d’un tournage du film qu’il a fantasmé par écrit. Une nouvelle façon de rappeler la richesse de ce film qui ne sera jamais aussi anodin qu’un été près d’une piscine.

Bernard Payen

Réalisation : Arnaud Dufeys. Scénario : Nicolas Moulin. Image : Pépin Struye. Montage : Nicolas Bier. Son : Thibaut Heymans et Arthur Meeus de Kemmeter. Musique originale : Lolita Del Pino. Interprétation : Charles Lebrun, Vadiel Gonzalez et Victor Meurice. Production : Makintosh Films.

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