Trouble sur le rail
Claudia Lopez-Lucia
2024 - 24 minutes
France - Fiction
Production : Noodles Production
synopsis
Gemma, jeune réalisatrice, sort d’un rendez-vous à Paris pour son projet de long-métrage féministe et queer, qui s’est conclu par une demande de réécriture plus “grand public”. Elle court après son train quand son fils de neuf ans l’appelle pour lui dire qu’il veut porter une robe le lendemain à l’école. Déstabilisée, elle prend place à côté de Joël, un jeune homme sûr de lui qui lui vante son projet d’émission sur les femmes de footballeur...
biographie
Claudia Lopez-Lucia
Claudia Lopez-Lucia a étudié à l'ESEC et obtenu un Master 2 en scénario et écritures audiovisuelles à l'Université de Paris-Nanterre en 2018.
Elle a travaillé en régie sur des tournages, puis comme assistante à la réalisation sur de nombreux films, dont les courts métrages Un homme, mon fils et Beauty Boys de Florent Gouëlou, Dieu n'est plus médecin de Marion Le Corroller, Sur la touche de Kahina Ben Amar, Win-Win de Benjamin Clavel ou encore Même pas mal de Sarah Stern.
Elle a signé en 2021 le court documentaire Les roses et les bleus, qui se voit notamment projeté au Festival d'Oberhausen, dans le cadre de la compétition enfance et jeunesse.
Une fiction suit en 2024, produite par Noodles Production : Trouble sur le rail. Ce dernier est présenté au Festival de Clermont-Ferrand 2025 au sein de la sélection “Plans rapprochés” dévolue aux productions régionales.
Critique
Le titre pourrait être celui d’une série B hollywoodienne des années 1940 ou 50, mais à travers ce premier court métrage de fiction de Claudia Lopez-Lucia, il s’agit avant tout de comédie, qui plus est profondément et savoureusement enracinée dans l’époque.
Celle où une wanna be cinéaste en financement de son projet de film se heurte aux réalités du secteur (“Je rêvais de faire du Despentes et on me demande de faire La boum”, textote-t-elle à sa compagne s’enquérant du rendez-vous crucial qui l’a conduite à la capitale).
Celle, aussi, où un petit garçon – le fils de la précédente – prénommé Alphonse (un prénom insolite qui était celui du personnage de Jean-Pierre Léaud dans La nuit américaine de Truffaut) aimerait bien aller en robe à l’école, en se fichant du qu’en dira-t-on…
Celle, encore, où un jeune homme volontiers “adulescent” aspirant à développer en ligne une émission de foot consacrée aux WAGS (soit les femmes ou petites amies des joueurs) est bien loin d’être le beauf attendu, mais un nounours sensible et nuancé.
Celle, forcément, où reviennent souvent dans les discussions les notions de féminisme, de sexisme, de genre, de tolérance, de bienveillance, etc.
Celle, enfin, où la ligne de train qui va de la gare de Paris-Bercy à celle de Clermont-Ferrand se mue aisément en galère sans nom, avec des passages en zone blanche entravant les conversations téléphoniques et des arrêts intempestifs toujours possibles, à Riom-Châtelguyon par exemple – les usagers habitués à ce trajet apprécieront !
Après son documentaire Les roses et les bleus (2021), consacré à une jeune équipe de rugby féminine, Claudia Lopez-Lucia continue de s’attacher à déconstruire des clichés, sur un mode humoristique qui séduit d’emblée, tournant autour d’un motif classique de rencontre entre deux individus que tout sépare a priori et dont le premier contact s’apparenterait facilement à de l’hostilité spontanée, tellement humaine (hélas) dans tout vecteur de transport collectif.
Gemma et Joël vont partager, le temps d’un voyage ferroviaire, un espace d’abord, celui du carré où leurs sièges sont réservés ; une intimité amicale, ensuite, facilitée par les aléas du (dys)fonctionnement de la SNCF, surtout au sein de la fameuse “diagonale du vide”. Pas de revendication, néanmoins, dans ce buddy movie en forme d’impromptu, où une opposition initiale évolue vers une complicité, avec de la drôlerie et même un poil de tendresse, sans en rajouter sur le message de la possibilité du “vivre-ensemble” (selon l’expression consacrée, si souvent galvaudée), ce qu’un tube du groupe Niagara vieux de quarante ans – l’imparable Quand la ville dort – peut, repris en chœur avec une automobiliste détendue, suffire à esquisser. Un parfum de feel good movie s’exhale, dopé par l’attachante complémentarité d’Allison Chassagne, qui continue de se faire un prénom (1), et de Rachid Guellaz, vu (entre autres) l’année dernière dans le second long métrage de Giovanni Aloi, Le domaine. C’est tout simple, mais dans le contexte hexagonal dangereusement inflammable du milieu des années 2020, c’est déjà beaucoup.
Christophe Chauville
1. Celle qui est la sœur de l’acteur Sébastien Chassagne a été remarquée dans les courts métrages La vie au Canada (Frédéric Rosset, 2023), La tentation du panda roux (Haïga Jappain, 2023) et Les cahiers au feu (Claude Duty, 2024).
Réalisation : Claudia Lopez-Lucia. Scénario : Rémi Grelow et Claudia Lopez-Lucia. Image : Pauline Sicard. Montage : Alexis Noël. Son : Olivier Pelletier, Philippe Deschamps et Olivier Guillaume. Musique originale : Philippe Deschamps. Interprétation : Allison Chassagne, Rachid Guellaz et Margot Alexandre. Production : Noodles Production.


