Tout rime avec chaos
Baptiste Petit-Gats
2022 - 25 minutes
France - Fiction
Production : Yukunkun Productions
synopsis
Ana vient garder pour la première fois, Simon, son petit-fils de dix-huit mois. Mais celui qu’elle vient voir avant tout, c’est son fils Abel, qu’elle n’a pas vu depuis dix-huit mois, justement.
biographie
Baptiste Petit-Gats
Formé à l'université Denis-Diderot Paris VII, Baptiste Petit-Gats est à la fois monteur et réalisateur.
En montage, il a travaillé ces dernières années sur de nombreux courts métrages et documentaires, signés Julien Gaspar-Oliveri (Villeperdue, L'âge tendre et Marianne), Jérémie Reichenbach (Les corps interdits, Quand passe le train), Nicolas Giuliani (Châteaux), Nathalie Dennes (Une fille comme toi), Claudia Bottino (À trois) ou encore Lucas Gloppe (Mardochi).
En tant que réalisateur, il a filmé ses grands-parents dans un court documentaire, Les éternels, en 2012, avant que son premier film de fiction, Des fleurs, soit présenté en compétition nationale au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand 2019. Il était produit par Yukunkun Productions, tout comme Tout rime avec chaos, en 2023.
Ce dernier a été notamment présenté au Festival du film de Contis, au Festival Filmoramax à Lyon et au Festival du film social. Il était aussi en lice pour le Prix UniFrance du court métrage en 2023.
Critique
Après Les éternels (2012) et Des fleurs (2018), Baptiste Petit-Gats creuse à nouveau le lien familial dans Tout rime avec chaos.
Dans le premier, il filmait en mode documentaire ses propres grands-parents, à la faveur d’un déjeuner dominical et d’une balade au cimetière, pour lui montrer leur dernier achat : un caveau funéraire en marbre gris. L’occasion de saisir avec amour leurs visages, leurs regards, leurs voix, leurs grains de peau, leurs mains. Dans le second, il construisait la déambulation urbaine et énergique d’une femme, en quête d’un géranium pour fleurir annuellement la tombe de son mari à la Toussaint, et la relation passive-agressive de cette mère autoritaire avec un fils ado ne se laissant pas faire. Le troisième le voit réunir les deux univers précédents en bâtissant avec son coscénariste Cyril Legrais une intrigue où trois générations d’une même famille sont rassemblées pour raconter une filiation épidermique. Une maman retrouve son garçon et découvre son petit-fils, durant un périple contrarié.
À chaque fois, le récit court sur quelques heures d’une même journée, au gré d’émotions riches. Le réalisateur rallonge la durée de ses films au fil du temps (dix, vingt, puis vingt-cinq minutes), pour mieux développer les allers-retours émotionnels qui nourrissent ses aventures existentielles. Il précise encore sa figure de génitrice agitée du bocal et soumise à ses manques vitaux (le compagnon défunt et l’enfance qui s’évanouit chez son grand dans Des fleurs, le fils éloigné et le petit-fils méconnu ici). Dans ces deux opus, l’action démarre sur l’héroïne dans une voiture, et sera toujours centrée sur la figure féminine en mouvement, qu’elle marche ou qu’elle conduise. Le titre ici à l’œuvre donne d’ailleurs le ton. C’est un état des lieux relationnel en crise, que les retrouvailles réactivent pour le meilleur et pour le pire. Baptiste Petit-Gats chante des mères aimantes mais maladroites, toniques mais autocentrées, car leur connexion fébrile à l’affect les force à la carapace parfois ingrate.
La tangente est ainsi la ligne géométrique qui domine. Un trajet de biais qui n’empêche pas l’amour, mais le malmène. Ce parcours narratif permet aussi de dresser de beaux portraits humains, avec une complexité de caractère, et une caméra portée mouvante. L’occasion pour la subtile Jeanne Rosa de camper une Ana à la vivacité qui emporte tout. La gamme des sentiments est nourrie, et l’actrice s’épanouit en quelques minutes à lui offrir sa virtuosité interprétative, du gros plan au plan de foule. Son regard bleu happe le nôtre dans ce métrage plus solaire que Des fleurs. La Toussaint a fait place à la belle saison, l’Aisne à la Loire, et les couleurs y sont plus joyeuses. Laissant les personnages entre eux quand le générique final apparaît, Tout rime avec chaos s’achève quand même sur un moment partagé en suçant silencieusement des Mister Freeze. Une accalmie après la fracture, une trêve dans le champ de bataille intime, laissant la mère décontenancée. Et la promesse d’un film suivant.
Olivier Pélisson
Réalisation : Baptiste Petit-Gats. Scénario : Cyril Legrais et Baptiste Petit-Gats. Image : Sarah Cunningham. Montage : Youri Tchao-Debats. Son : Jules Jasko, Colin Favre-Bulle et Matthieu Deniau. Interprétation : Jeanne Rosa, Rio Vega et Clara Bretheau. Production : Yukunkun Productions.


