Extrait

Ru

Florentine Grelier

2009 - 9 minutes

France - Animation

Production : Les 3 Ours, Les Sentinelles Éternelles

synopsis

La fusion sexuelle ne suffit pas à Céline, qui aimerait tout connaître de Matthieu. Entre délires et malaise profond, la jeune femme cherche la réponse à ses questions. Et si c’était simplement Ru ?

Florentine Grelier

Florentine Grelier est née en 1985 à Paris. Après un Bac littéraire, elle se spécialise dans les études artistiques. Ayant intégré un DMA de cinéma d’animation à l’Institut Sainte-Geneviève (Paris), elle s’y découvre un goût prononcé pour le travail de la matière et l’animation image par image et sort diplômée en juin 2006 avec un film de fin d’études utilisant la technique de l’animation en volume : On m’a fait la haine. Elle poursuit des études de réalisation à l’Université Paris VIII à Saint-Denis, où elle se lance dans le court métrage Ru, qu’elle achève dans un cadre professionnel au sein de la société Les Trois ours.

Elle enchaîne alors plusieurs films autoproduits : Sommeil paradoxal, en peinture animée sur pellicule 16 mm ; Pixel Joy, animé entièrement sur Nintendo DS, et Ivres, qui allie… vin et peinture !

Elle enseigne le cinéma d’animation dans plusieurs écoles (notamment l’Atelier de Sèvres) et encadre des ateliers, tout en développant ses propres projets. En 2019, Mon juke-box, qui associe différentes techniques d’animation, est présenté dans de nombreux festivals en France et à l’étranger, recevant le Prix André-Martin du court métrage à Annecy.

Elle signe ensuite avec Francis Gavelle Les petits pois (2022).

Critique

Deuxième court métrage de Florentine Grelier, commencé lors d’un cursus en réalisation à l’université Paris VIII et achevé dans un cadre professionnel, Ru porte en lui les thématiques et les motifs qui habitent le cinéma de sa réalisatrice jusqu’à aujourd’hui : l’introspection, l’intimité et l’érotisme, le travail sur les couleurs, les recherches sur la matérialité et un goût certain pour l’expérimentation.

Il met en scène une relation amoureuse perçue du point de vue d’une jeune femme, Céline, qui, bien que très attachée à son compagnon, lui reproche sans cesse de lui échapper et de ne pas être tout entier à elle. Alternant scènes romantiques et avalanche de reproches, cauchemars et idées noires, le récit joue moins sur une narration frontale que sur une approche sensible, dans laquelle l’animation prend le relais des dialogues pour laisser libre cours aux émotions ambivalentes de la jeune femme.

La fusion qu’elle recherche tant s’exprime ainsi littéralement à l’écran par un mélange entre les teintes bleutées – qui représentent Matthieu – et les teintes rouge-orangées qui la symbolisent. À plusieurs reprises, leurs corps se fondent l’un dans l’autre dans un joyeux tourbillon de couleurs et de volutes aux formes rondes et pleines. Mais ce n’est pas assez pour Céline, qui aimerait absorber son partenaire plus pleinement encore. Son désarroi, sa colère et sa frustration envahissent alors l’univers chromatique du film. L’image entre en décomposition, envahie par une multitude de tâches qui évoquent autant la moisissure que le pourrissement. Le noir se fait à l’écran comme dans le cœur du personnage.

La sensualité vibrante de la peinture animée permet à la réalisatrice d’incarner le déchirement de Céline, et son recours à l’abstraction vient appuyer cette complexité des émotions. Derrière le ressentiment et la frustration de la jeune femme, c’est en effet sa fragilité qui affleure, entre la peur qu’elle éprouve face à la violence de ses propres sentiments, et une irrépressible angoisse à l’idée que cette relation amoureuse ne soit qu’un mirage. Cette exploration du doute amoureux dans ce qu’il peut avoir de plus aigu se déploie dans un récit habité sachant aussi jouer de sa propre dramatisation, et porte souvent sur ses personnages un regard plus doux et amusé que véritablement anxiogène.

Florentine Grelier n’entend pas résoudre le mystère insoluble de nos transports amoureux, mais simplement en capter la dimension la plus immédiatement sensorielle, dans l’idée, peut-être, de l’exorciser. Ainsi, la fin du film apporte indéniablement une piste d’apaisement, comme un retour essentiel aux sources, débarrassé de toute tentative de trop intellectualiser ce qui est avant tout de l’ordre du sensible et de l’immatériel.

Marie-Pauline Mollaret

Réalisation et scénario : Florentine Grelier. Montage : Florentine Grelier. Son : David Capeille. Animation : Florentine Grelier et Julien Laval. Musique originale : David Capeille. Voix : Gaëlle Leroy et Philippe Jevdjenijev. Production : Les 3 Ours et Les Sentinelles Éternelles.

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