Extrait

Robespierre

Pierre Menahem

2024 - 24 minutes

France - Fiction

Production : Barberousse Films

synopsis

Après une longue absence, Max revient à Paris et s’installe chez son père, dans le quartier de Belleville. Il déambule dans les rues, curieux des autres et avide de rencontres, mais se retrouve rapidement confronté à un malaise profond.

Pierre Menahem

Ayant débuté au sein de Celluloïd Dreams dès la fin des années 1990, Pierre Menahem a d'abord et avant tout une solide expérience de producteur depuis le milieu des années 2010, avec à son actif, entre autres, les longs métrages Blind Sun de Joyce A. Nashawati (2015), La fièvre de Maya Da-Rin (2018), Plumes d'Omar El Zohairy (2021), Fièvre méditerranéenne de Maha Haj (2022), Règle 34 de Julia Murat (2022), Tiger Stripes d'Amanda Nell Eu (2023) ou encore Baby de Marcelo Caetano (2024).

Il a aussi une expérience de programmateur, pour le Festival Entrevues de Belfort, et passa à la réalisation avec le court métrage Le feu au lac, produit par Barberousse Films et sélectionné en compétition officielle des courts métrages au Festival de Cannes 2022.

L'association entre réalisateur et société de production a été reconduite sur Robespierre, nouveau film court présenté en 2024 en compétition fiction au Festival Côté court de Pantin et pour lequel son acteur principal Benjamin Siksou a été récompensé pour son interprétation aux Prix UniFrance du court métrage au Festival de Cannes 2024.

Pierre Menahem est alors passé au long métrage avec Demande à la montagne, toujours produit par Barberousse Films  et qui devrait être distribué dans les salles en 2026.

Critique

Le titre du deuxième court métrage de Pierre Menahem laisse imaginer que son action se déroule sur la ligne 9 du métro parisien, dans le quartier de la station portant le nom du célèbre révolutionnaire. Lorsque le premier plan le débarque à Belleville, le spectateur se trouve déboussolé, trahi dans son attente. Comme Max, le protagoniste, sac de randonnée sur le dos, qui semble à contre sens et à contretemps dans cet univers urbain et qui aborde son retour à la ville avec circonspection. Max ne sait pas où il en est, au sens propre. Au figuré aussi. De retour d’une longue retraite solitaire, il s’installe chez son père, don juan égocentrique, juif honteux et écrivain rêvé.

Être ou ne pas être (en couple, publié, juif…) est la question du père. Être au monde serait celle du fils, qui tangue dans son quartier au gré des flots. Dans cette errance faite de quelques rencontres de hasard rassemblées par des coutures lâches, Max navigue à vue dans son quartier de l’est de la capitale pendant vingt-quatre heures, laissant libre cours à ses humeurs instables et duelles, mélange d’exaspération et d’affection, de détresse et de sérénité, d’humour et de gravité. Au gré des rues, il croise des Argentins tactiles, des amis de son ancienne vie, une vieille dame et un psy. On a beau comprendre vite que Robespierre sera fait d’une succession de rendez-vous fortuits, chacun parvient pourtant à nous surprendre en trompant nos attentes et en naviguant toujours entre deux émotions légèrement contradictoires, ce que porte avec précision l’interprétation de Benjamin Siksou. Comme si Max se réveillait d’une longue léthargie, ce à quoi la dépression peut aisément se comparer, il retrouve progressivement ses sensations encore vaguement engourdies.

Je m’appelle Maximilien, en hommage à Robespierre”, explique ce fils de militants de gauche à la femme rencontrée au café. L’engagement politique traverse ce portrait de Belleville, comme l’idéal d’un horizon commun pour ce père et ce fils en miroir l’un de l’autre, deux personnages centrés sur eux-mêmes qui aimeraient s’ouvrir davantage aux autres. À bas bruit, il détourne toujours son trajet du drame qui pourrait naître des déceptions, des incompréhensions, de la solitude. En découvrant un bouquet de fleurs dans sa chambre, Maximilien demande à son père avec un brin d’ironie s’il veut “célébrer sa féminité”, comme lorsqu’il avait offert un bouquet à sa fille à l’occasion de ses premières règles. “Je voulais te souhaiter la bienvenue, lui répond simplement son père.

Raphaëlle Pireyre

Article paru dans Bref n°130, 2025. 

Réalisation et scénario : Pierre Menahem. Image : Aurélien Py. Montage : Marylou Vergez. Son : Valentin Gelin, Agathe Poche et Simon Apostolou. Interprétation : Benjamin Siksou, Marc Susini, Francis Leplay, Enrique Martin Gil et Colombe Colombo. Production : Barberousse Films.

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