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Rhapsody

Constance Meyer

2015 - 15 minutes

Fiction

Production : Silex Films / Carmen Films

synopsis

Un sexagénaire solitaire vit dans un petit appartement au dernier étage d’une tour. Tous les jours, une jeune femme lui confie son bébé, Théo. Un lien naturel et insolite unit ces deux êtres, l’un massif et robuste, l’autre petit et délicat.

Constance Meyer

Née en 1984, Constance Meyer est réalisatrice et photographe ; elle partage son temps entre Paris et New York. Après des études de littérature et d’histoire à la Sorbonne, elle devient assistante au théâtre et au cinéma pour des metteurs en scène tels que Marcial di Fonzo Bo, Luc Bondy ou Claude Chabrol. En 2010, elle suit le prestigieux master de cinéma de la Tisch School of the Arts (Université de New York). En 2012, elle écrit et réalise le court métrage Frank-Étienne vers la béatitude, interprété par Gérard Depardieu et Marina Foïs, sélectionné à la 69e Mostra de Venise, puis dans plus de quarante festivals internationaux. En 2016, elle retrouve Gérard Depardieu et le dirige dans Rhapsody, un rôle qu’elle lui a écrit sur mesure (Prix du meilleur court métrage au Festival des Arcs 2016, entre autres). Par ailleurs, au sein de Carmen Films, elle a assuré la production déléguée du court métrage de Jonas Carpignano, A Ciambra (2014).

Critique

Rhapsody raconte un homme plutôt qu’une histoire. Cet homme, Gérard Depardieu, ne travaille pas, mais garde chaque jour le bébé de sa voisine et compose parfois sur un synthétiseur. Le film reprend quelques journées de sa vie, dans la chaleur d'été de son appartement, mais ces jours pourraient être en automne ou en hiver, un an avant ou après, ils seraient les mêmes.

Une musique l’accompagne : “Sometimes I Feel Like a Motherless Child”, chant puissant et douloureux des Negro Spirituals. Originellement cette musique était chantée en chœur et c’est aux premières images du film une chorale qui l’interprète, des visages en gros plan, baignés dans une lumière angélique, le lieu invisible autour d’eux comme s’ils faisaient partie d’un rêve. Ce début laisse craindre une certaine dramatisation de la solitude de cet homme. La musique continue au fil du récit, comme s’il l’écrivait lui-même.

Mais, au contraire, la réalisatrice Constance Meyer montre par la suite le quotidien de cet homme fermement, solidement, guidée par la force du chant et le corps présent de Depardieu, massif et gracieux par le monde intérieur qui s'en dégage, léger et calme. Sa solitude devient éclairante, une présence concentrée au monde.

Comme les Noirs des États-Unis ont imaginé au XIXe siècle les paroles des Negro Spirituals à partir des textes bibliques et de leur expérience de chaque jour comme esclaves, exilés de leur terre, dans Rhapsody quotidien et grâce sont liés.  

L'homme vit en hauteur, dans une tour de laquelle il regarde souvent les alentours ; une place piétonne entre d’autres immeubles et les passants, figures lointaines et abstraites. Peu de sons parviennent du dehors, sauf celui, étrange, des avions. La ville en général a une présence forte mais irréelle, comme ce bar où il retrouve chaque soir son ami (Guillaume Nicloux) qui parle la plupart du temps tout seul, et entre les deux le patron asiatique immobile. L’homme se tourne vers l'extérieur, mais il ne semble jamais faire partie de cet extérieur-même, comme si, dans cet appartement, il appartenait à un autre monde.

Le bébé, avec la musique qu'il compose, est sa vie. La beauté de Rhapsody vient de la simplicité de ce récit, construit à travers la répétition du quotidien. À une séquence correspond un plan et à un plan correspond un geste avec l'enfant : le déjeuner, la lecture et – image centrale du film – la sieste, instant où ils sont en harmonie et où les êtres semblent s'inverser, l'homme devenant bébé, dormant comme un ange à côté du petit bien éveillé.

Léocadie Handke

Réalisation et scénario : Constance Meyer. Image : Christophe Offenstein. Montage : Anita Roth. Son : Antoine Baudouin, Fanny Weinzaepflen et Julien Perez. Décors : Anna Brun. Interprétation : Gérard Depardieu, Guillaume Nicloux et Arsène Roméo. Production : Silex Films / Carmen Films.

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