Particules fines
Anne-Claire Jaulin
2020 - 17 minutes
France - Fiction
Production : Apaches Films
synopsis
Delphine vit seule avec Louise, 7 ans. Lors d’un pic de pollution, les crises d’asthme de sa fille s’intensifient et la contraignent à rester à domicile pour s’occuper d’elle.
biographie
Anne-Claire Jaulin
Née le 20 novembre 1987, Anne-Claire Jaulin a étudié en classe de prépa scientifique à Bordeaux, puis à l'École de management de Lyon entre 2007 et 2011. Elle a suivi l'Atelier scénario de la Fémis en 2015-2016 et a dès lors collaboré à l'écriture de nombreux films de différents formats : courts (Tigre de Delphine Deloget, En piste ! d'Émilie Monsabert, Les chiens de Floriane Devigne, Paris Saint-Charles de Joséphine Ha) et longs métrages (Cassandre d'Hélène Merlin), téléfilms (Doutes de François Hanss) et séries (Multiple en 2022, Hyper faim en 2025, etc.), mais aussi œuvres radiophoniques (en binôme avec Cristèle Alves Meira).
En tant que réalisatrice, elle a signé quatre courts métrages : L'assistante (coréalisé avec David Guiraud, 2012), Marthe (2014), À qui la faute (2015, Prix de la meilleure actrice au Festival de Cabourg) et Particules fines (2020). Ce dernier, produit par Apaches Films et interprété par Sara Giraudeau, a été présenté au Festival Côté court de Pantin, à Contis et à Grenoble, entre autres.
Critique
De quoi les particules fines du titre sont-elles ici le nom ? Si leur présence dans l’air pollué est ressentie avec intensité par Louise qui traverse des crises d’asthme à répétition, leur invisibilité les rend indétectables. Ainsi, malgré la lumière du soleil qui baigne l’appartement parisien où vivent la petite fille et sa maman, Delphine, le monde extérieur apparaît comme une source d’angoisse croissante et de danger potentiel. L’impossibilité d’évaluer son pouvoir de nuisance à l’œil nu le rend alors particulièrement inquiétant. Sans exploiter une veine fantastique qu’un autre type de pollution a par exemple inspiré à Antonin Peretjatko avec Les algues maléfiques (2022), Anne-Claire Jaulin suggère l’étrangeté d’un monde susceptible d’étouffer ses habitants, qui doivent se munir de masques inhalateurs pour s’en protéger. La musique, composée de nappes enveloppantes, joue notamment avec ce registre de l’étrange. La réalisatrice nous raconte ainsi quelque chose de très contemporain ; nous pouvons nommer et même mesurer précisément par l’intermédiaire d’application des menaces que nous ne voyons pas – particules fines, polluants éternels ou résidus de pesticides –, ce qui crée un rapport parfois trouble et anxiogène au réel.
Ici, le danger sanitaire entre par ailleurs en collusion avec une relation mère-fille où sont en jeu des affects complexes mêlant amour, culpabilité, colère, inquiétude ou ressentiment. Anne-Claire Jaulin livre donc aussi un récit sur la parentalité et ses paradoxes, ou comment agir avec raison et responsabilité, alors qu’on est aux prises avec les sentiments et émotions intenses que ce lien génère. Le personnage de Delphine incarne avec force cette tension lorsqu’elle formule son désarroi à son confrère : “Je suis médecin en fait, je devrais savoir gérer ces choses-là.”
Sara Giraudeau interprète avec délicatesse et élégance cette mère seule, en proie au doute et qui ne sait plus comment agir pour le bien de son enfant. Le cocon protecteur de l’appartement et le face-à-face avec sa fille pourraient-ils tout aussi bien étouffer cette dernière ? Tourné juste avant le confinement du printemps 2020, ce court métrage a sans doute trouvé une résonance particulière dans les mois qui ont suivi, tant les questions qui ont alors émergé et qui traversent le film nous occupent encore.
Anne-Sophie Lepicard
Réalisation et scénario : Anne-Claire Jaulin. Image : Victor Seguin. Montage : Marylou Vergez. Son : Delphine Malausséna et Geoffrey Perrier. Musique originale : Julie Roué. Interprétation : Sara Giraudeau, Louise Butel, Catherine Bletsas, Florence Janas, Denis Eyriey, Guillaume Hurmic, Jade Locquet et Ayumi Roux. Production : Apaches Films.


