Papillon
Florence Miailhe
2024 - 15 minutes
France - Animation
Production : Sacrebleu Productions
synopsis
Dans la mer, un homme nage. Au fur et à mesure de sa progression les souvenirs remontent à la surface. De sa petite enfance à sa vie d’homme, tous ses souvenirs sont liés à l’eau. Certains sont heureux, d’autres glorieux, d’autres traumatiques.
biographie
Florence Miailhe
Fille de l'artiste-peintre Mireille Miailhe, Florence Miailhe est née à Paris en 1956.
Elle sort diplômée des Arts décoratifs en 1980 et commence comme maquettiste pour la presse, tout en pratiquant la peinture et la gravure. Elle enseigne ensuite l’animation aux Gobelins et aux Arts déco, avant de réaliser son premier court métrage d’animation, Hammam en 1991, à partir de peinture, de pastel et de sable.
Elle poursuit en 1995 avec Schéhérazade, écrit par Marie Desplechin, et en 2000 Au premier dimanche d’août, qui est couronné du César du meilleur court métrage et du Prix du meilleur film d’animation au Festival de Clermont-Ferrand.
Sélectionné en compétition officielle à Cannes en 2006, le court métrage Conte de quartier y reçoit une mention du jury. D’autres films courts suivent dont Méandres en 2013 (en coréalisation avec Élodie Bouédec et Mathilde Philippon-Aginski).
En 2010, Florence Miailhe remporte avec Marie Desplechin le Prix du meilleur scénario de long métrage aux lectures de scénarios du Festival Premiers plans d’Angers, pour un projet dont la fabrication est finalement lancée en 2017. Présenté au Festival du film d'animation d'Annecy en 2020, La traversée, premier long métrage de la réalisatrice, accède à une sortie en salles le 29 septembre 2021.
Entretemps, en 2016, 25, passage des oiseaux a été réalisé par Florence Miailhe dans le cadre d'une résidence de recherche et de développement organisée par le CNC sur son site de Bois-d'Arcy, invitant des cinéastes d'animation à utiliser “L'Épinette”, le célèbre écran d'épingles sur lequel Alexandre Alexeïeff et Claire Parker œuvrèrent jadis.
La réalisatrice revient ensuite au format court avec, en 2024, Papillon, inspiré de la personnalité et de la vie du champion de natation Alfred Nakache, déporté en camp de concentration. Le film est distingué du Prix André-Martin du court métrage au Festival d'Annecy. Nommé aux César en 2025, il figure l'année suivante parmi les cinq nommés à l'Oscar du meilleur court métrage d'animation à Los Angeles.
Critique
Ours de cristal du jury jeune au Festival du film de Berlin et Prix André Martin du court métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy 2024.
L’eau est au centre du dernier court métrage de Florence Miailhe, un récit haptique aux accents de conte qui relate en pointillé l’existence du champion français de nage papillon, Alfred Nakache, déporté à Auschwitz avant de réapparaître au firmament olympique. Une eau d’un bleu profond, dense, parfois teintée de vert ou d’orange, qui évoque le fauvisme, et figure un élément protecteur et complice, refuge ultime qui enveloppe et berce le personnage, abrite ses souvenirs, et lui permet de renouer fugacement avec ses chers disparus comme avec lui-même. Le choix de la peinture animée offre une vivacité particulière à cet univers aqueux bienveillant, texture fluide sans cesse en mouvement qui aide à faire refluer les souvenirs du nageur.
Car c’est sa dernière nage (le champion est mort d’une crise cardiaque en pleine mer, à l’âge de soixante-huit ans) qu’accompagne le film, suivant les aléas de sa pensée, et retraçant les grandes lignes de son parcours dans une succession de scènes elliptiques qui viennent se surimprimer dans sa mémoire comme à l’écran. La réalisatrice s’exprime ainsi par glissements et métamorphoses à l’intérieur même des plans, ne recherchant pas de connexion logique entre les scènes, mais un lien purement sémantique. Ici, deux oiseaux se transforment en nageurs. Là, la mer devient un bassin de natation. Et soudain, après un premier signe avant-coureur de la montée de l’antisémitisme, c’est une croix gammée qui se reflète à la surface de l’eau.
Tout en restant dans le registre de l’évocation allégorique, et avec une infinie délicatesse, Florence Miailhe distille, à travers la bande-son, les indices du basculement dans l’horreur. Les teintes se font plus sombres, la musique se crispe, la tragédie transparaît à travers des visions métaphoriques terrifiantes, comme ce défilé bouleversant de silhouettes floues qui se muent, l’espace d’une seconde, en squelettes décharnés. Mais à l’indicible de la Shoah, comme à la haine en général, Florence Miailhe oppose la force du collectif : la solidarité des nageurs qui quittent la compétition lorsqu’Alfred Nakache est écarté, celle des déportés qui font corps autour de lui après que les nazis l’ont brutalisé, celle enfin de ses camarades qui le portent dans l’eau, tel un enfant, et lui réapprennent à nager, lorsqu’il revient en survivant des camps. Et c’est sur une allégorie presque triomphante que s’achève le film, lorsque dans la perspective d’une paix retrouvée, il voit sa femme et sa fille lui apparaître sous la forme d’une danse entraînante à laquelle il peut s’abandonner à nouveau.
Marie-Pauline Mollaret
Article paru dans Bref n°130, 2025.
Réalisation et scénario: Florence Miailhe. Animation : Florence Miailhe, Aurore Peuffier et Chloé Sorin. Image : Guillaume Hoenig et Sébastien L'Hermitte. Montage : Nassim Gordji-Tehrani. Son : Marie Mazière et Pierre Oberkampf. Musique originale : Pierre Oberkampf. Voix : Hocine Ben, Jessica Jaouiche, Foued Kemeche, Alexandre Liebert, Yassine Mestaoui, Johannes Oliver Hamm, Olivier Peissel et Fayçal Zafi. Production : Sacrebleu Productions.


