Extrait
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Ourse

Nicolas Birkenstock

2021 - 27 minutes

France - Fiction

Production : TS Productions

synopsis

Ourse devient somnambule et s’enfuit la nuit. Sa mère tente de la guérir de ce mal. Mais Ourse ne veut pas guérir, bien décidée à comprendre où son sommeil la porte. Veut-elle fuir le cours de sa propre vie ?

Nicolas Birkenstock

Né en 1977 à Metz, Nicolas Birkenstock débute sa carrière artistique en tant que comédien au théâtre.

Issu d’une génération marquée par l’essor de la vidéo, il s’exerce à filmer dès l’adolescence. En 2002, âgé alors de 17 ans, il réalise plusieurs courts métrages : Le bout des doigts (Grand prix au Festival de Bruxelles), Pépins noirs en 2004 (Swann d’or au Festival de Cabourg) et Mon miroir en 2006 (Grand prix du Festival de Saint-Paul-Trois-Châteaux).

Parallèlement, il réalise quelques essais filmés, dont une série de courts métrages en plan séquence : L’inespérée en 2001, L’embrasé en 2003 et L’impudique en 2004 et deux documentaires : Comme un lundi en 2003 et Des mains offertes en 2006.

En 2014, il réalise son premier long métrage, La pièce manquante, avec Philippe Torreton et Lola Dueñas, le film a obtenu le Prix du jury jeune à Saint-Jean-de-Luz.

En 2021, Nicolas Birkenstock revient au format court avec Ourse. Le film est présenté dans de nombreux festivals et reçoit notamment le Prix du public et celui du meilleur jeune espoir féminin, décerné à Armande Boulanger, au Festival Jean-Carmet de Moulins en 2021. 

Critique

­C’est l’histoire d’un visage. Celui du personnage éponyme, Ourse, laissant échapper une larme en observant une éclipse de lune, un soir, avec ses camarades de classe. Le spectacle si rare d’une lune de sang, rappelée presque aussitôt par les contours de son œil inquiet, étudié par le médecin qu’elle consulte pour ses crises de somnambulisme. Et Ourse, le film, va raconter l’histoire de cette larme, la mélancolie d’une lycéenne qui traverse mystérieusement les bois quand la nuit vient. 

Par son angoisse de réussir son bac blanc, ou le deuil de son père qu’elle porte encore en elle, Ourse est un personnage proche de ceux que Nicolas Birkenstock a développé dans ses précédents films. Dans Le bout des doigts (2002), un jeune garçon était obsédé par le poème qu’il devait apprendre par cœur pour la fête de l’école ; dans Mon miroir (2007), un frère et une sœur se retrouvaient à l’occasion de la mort de leur mère. On pense aussi au premier long métrage du cinéaste, La pièce manquante (2013), qui racontait quelles conséquences la disparition d’une mère avait sur le reste de la famille. Ces films précédents, qui nous ont habitués à entrer dans l’intériorité de personnages intranquilles, constituent le terreau de cet Ourse

Pour son retour en compétition au Festival de Clermont-Ferrand, dix-sept ans après son court le plus connu, Pépins noirs (2004), ce cinéaste sensible et discret choisit de mêler avec audace les codes du “teenage movie” et ceux du film fantastique tout en abordant avec pudeur l’expression de l’absence. Ourse est un film de réminiscences, à tous points de vue : l’héroïne se reconnecte à son père disparu, tout comme le cinéaste invoque, mine de rien, quelques signaux d’un spectre large d’une cinéphilie américaine, de Rencontres du troisième type (pour ce plan magnifique des adolescents devant la lune ou la lueur extraterrestre dans les bois) au film fantastique tendance found footage des années 2000 (avec l’utilisation de la GoPro). 

Ourse est de ces films qui font appel à la croyance du spectateur, à ce lien énigmatique qui unit le cinéma et la spiritualité. À l’instar de ce papillon blanc qui se posait sur le visage du jeune Martin à la toute fin du Bout des doigts, Nicolas Birkenstock opte pour la poésie et le conte, distillant dans sa mise en scène quelques plans fascinants (un arbre gigantesque caressé par le vent devant la voute céleste, un train filant dans la nuit aux côtés de deux corps endormis). La photo de Pascale Marin oscille entre bleu, rouge et or, faisant décoller le film vers un onirisme délicat. 

L’étrangeté du film s’incarne aussi à travers Armande Boulanger, l’Ourse du film. Découverte dans La pièce manquante, elle est de ces actrices mystérieuses qui, par un sourire ou un regard, épaississent un rôle pour le rendre profond et universel. Plus largement, le casting du film brille par sa justesse pour incarner des figures archétypales du teen movie (Éliès Bachta en meilleur ami, Swann Birkenstock en “meilleur ennemi” ou encore la mère : Aude Ruyter) ou apporter quelques touches de fantaisie à travers des figures de profs (Nicolas Dégremont, Alizée Thurneyssen). 

Bernard Payen 

Réalisation : Nicolas Birkenstock. Scénario : Nicolas Birkenstock et Jonathan Collinet. Image : Pascale Marin. Montage : Floriane Allier. Son : Olivier Dandré, Mathieu Desnos et Dominique Delguste. Musique originale : David Trescos. Interprétation : Armande Boulanger, Eliès Bachta, Aude Ruyter, Théo Soumphonpharkdy, Swann Birkenstock, Nicolas Dégremont, Rudolph Sumac, Stéphan Jones et Alizée Thurneyssen. Production : TS Productions.

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