Extrait

Oni

Idir Serghine

2025 - 25 minutes

France - Fiction

Production : Kidam

synopsis

Akemi, une étudiante japonaise, emménage dans son nouvel appartement parisien. Après une nuit passée avec son flirt d’un soir, d’étranges événements viennent troubler son quotidien…

Idir Serghine

Idir Serghine a d’abord suivi des études de philosophie, puis s’est frotté quelque temps au journalisme. Par la suite, il s'est dirigé vers le cinéma en réalisant plusieurs films de fiction, courts et moyens métrages confondus, qui auront été sélectionnés dans divers festivals et diffusés à la télévision.

Ainsi, il a signé successivement Issa (2003), Le funambule (2008), Ce monde ancien (2014) et Cross (2018). Ce moyen métrage a été présenté en compétition au Festival du cinéma de Brive et raconte l’histoire d’un ancien pilote de motocross ayant vu sa carrière prometteuse prendre fin avec une chute et, boîteux et exclu des concours, se montrant incapable de lâcher son ancienne vie pour autant. 

Son film suivant, Oni, réunit en 2025 l'actrice japonaise installée en France Yumi Narita et Martin Jauvat dans un registre de cinéma fantastique, sinon horrifique. Produit par Kidam, le film a été présenté en compétition à Côté court, à Pantin, et au Rhode Island International Film Festival.

Le réalisateur s'attèle ensuite à un projet de premier long métrage, avec la même production. Intitulé Pop corn, il sera coréalisé avec Grégoire Graesslin, pour un tournage prévu en 2027. 

Idir Serghine a également été co-président de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) en 2021.

Critique

Oni débute par l’image d’une tapisserie illustrant une créature mi-homme, mi-animal, puis par une citation de Dorothy Gale dans le Magicien d’Oz : “Il n’y a pas de place comme chez soi” (sic) ; ce qui sous-entend que notre demeure est la superficie fondamentale de notre intimité ; mais que de ce familier peuvent surgir d’innombrables singularités inquiétantes. C’est d’ailleurs ce que laisse présager les quelques plans d’un appartement vide – accompagnés par le vrombissement tourmentant de la bande originale de Jérôme Échenoz.

Akemi (Yumi Narita), une Japonaise réalisant une étude comparée sur la représentation des cauchemars, vient tout juste d’emménager dans un appartement parisien. Un déménagement est toujours la conquête d’un nouvel espace, d’abord étranger, que l’on apprivoise petit à petit. Après une visite interposée par écran avec sa famille, elle dispose ses affaires, notamment des estampes traditionnelles, mais un tableau, légèrement de biais, représentant un paysage forestier, semble être resté sur place. Cet objet anodin, tout ce qu’il y a de plus quotidien, serait en réalité le réceptacle de toutes les tensions ésotériques à venir. Puis l’arrivée impromptue de Gaspard, joué par Martin Jauvat et son air débonnaire (qui semble tout droit sorti de Baise-en-ville) détonne avec l’atmosphère pesante, avant que celui-ci ne disparaisse dans les plis du récit. Akemi vient de se faire ghoster par son date, à moins qu’il ne soit littéralement devenu un fantôme ?

Avec le genre de la J-Horror, l’horreur japonaise a longuement exploré l’épouvante dans l’environnement domestique, ou qui peut suinter des lieux qui nous sont proche comme dans le cinéma de Kiyoshi Kurosawa (Creepy, 2016) ou de Hideo Nakata (Dark Water, 2002). Ce folklore des fameux “oni”, ces démons nippons, pourrait se lire aussi tel un symbolisme social, où Akemi serait cette étrangère arrivant dans un autre pays, souffrant d’une solitude pesante et qui n’arrive pas à se conformer à son nouvel univers.

Si Oni n’échappe pas aux tropes des films de maison hantée (effets de miroir, bruits sourds, fenêtre qui claque), Serghine use alors du huis-clos comme territoire de mise en scène, avec des effets artisanaux et des panoramiques où l’on balaye l’environnement du regard, à la recherche d’un éventuel surgissement. Devant ce réel qui chancèle, à quoi se raccrocher ? L’apprentissage du retour à soi ? Quitte à se faire emmurer dans ses songes…

William Le Personnic

Réalisation et scénario : Idir Serghine. Image : Inès Tabarin. Montage : Giulia Rodino. Son : Charlie Cabocel et François Heller. Musique originale : Jérôme Echenoz. Interprétation : Yumi Narita et Martin Jauvat. Production : Kidam.

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