2020 - 40 minutes
France - Fiction
Production : Ecce Films
synopsis
Pour sa première enquête officielle, l’agent spécial Van der Byten est envoyé à Chelles, en banlieue parisienne. Sa mission : trouver le Mozeb. Mais c’est quoi, le Mozeb ? Alors que son enquête piétine, il est confronté à une série d’étranges rencontres.
biographie
Martin Jauvat
Né en 1995, Martin Jauvat a toujours vécu à Chelles, en Seine-et-Marne (77), mais a étudié les lettres modernes à Paris, après des essais en prépa littéraire, licence d’histoire et licence de cinéma. Il a ensuite passé plusieurs concours d’écoles de cinéma, sans succès.
Sa collaboration avec la société de production Ecce films a démarré alors qu’il se faisait remarquer grâce à des courts métrages tournés dans son jardin avec des amis. Il a successivement réalisé, dans sa ville natale, Les vacances à Chelles (2019), Mozeb (2020), et Le sang de la veine (2021), sélectionnés dans de nombreux festivals (Clermont-Ferrand, Pantin, Trouville, Cabourg, etc.), avant de signer un premier long métrage, Grand Paris, en 2022. Le film fait alors partie de la programmation de l’ACID au Festival de Cannes et sort en salles au printemps 2023.
Martin Jauvat a également été le coscénariste et l’interprète des courts métrages Ville éternelle de Garance Kim (2022) et Sam & Lola de Mahaut Adam (2024). Il revient en 2025 avec un nouveau long, projeté en séance spéciale à la Semaine de la critique, à Cannes : Baise-en-ville. Il en tient le premier rôle et y retrouve Sébastien Chassagne, William Lebghil et Anaïde Rozam, tandis qu'Emmanuelle Bercot et Michel Hazanavicius font leur apparition dans son univers. Le film est distribué au cinéma par Le Pacte au début de 2026.
Critique
Enchaînant les films depuis Les vacances à Chelles (2019), le productif Martin Jauvat a réalisé Mozeb entre ce dernier et Le sang de la veine. Il s’agit donc de son deuxième opus, à la durée plus longue que les autres. Quarante minutes composent un mystère loufoque où Wes Anderson aurait avalé David Lynch dans le Bassin parisien pavillonnaire. La ville originaire du réalisateur sert en effet de décor à la première enquête du jeune Van der Byten (Sébastien Chassagne), missionné par son agence de phénomènes paranormaux pour résoudre une énigme en trouvant le fameux “Mozeb” du titre.
Ce MacGuffin délirant donne lieu à un enchaînement de péripéties au rythme alangui cher à Jauvat. La construction en parallèle sur deux personnages (Van der Byten et Georges), qui vont finir par unir leurs forces tout en se déclarant leur amitié, vaut son pesant de cacahuètes. Oubliés Ghostbusters et Men in Black, les liens avec le mystique passent par des cartes de visites, un jacuzzi, des apparitions/disparitions et la couleur verte.
Judicieuse idée d’inonder l’écran de vert comme l’espoir d’une aventure décalée, de champs drus en gazons policés, de blouson en voiture, de pipe en potion, de ballon en fumée. La teinte domine la gamme chromatique “enchantée”, des lettres du générique d’ouverture au fond d’écran rose bonbon du déroulé final. La joie contrebalance aussi avec l’opacité et parfois la noirceur, désamorcées par la fantaisie générale. Aucune complaisance chez le réalisateur, qui s’amuse des clichés du cinéma de genre (drogue, arme, poursuite, meurtre) et renverse la vapeur masculiniste. La colocataire du héros veut tout le temps se le taper et le traite ludiquement de “petite pute”, et les nouveaux inséparables Van der Byten et Georges veulent passer leur vie ensemble. L’apparente naïveté sert finalement de doux écrin à l’insondable. Aucune explication simpliste ne résout l’intrigue et l’action s’arrête net quand la formule magique est prononcée. L’action prime et laisse le spectateur en suspens.
Trublion francilien, Martin Jauvat apparaît furtivement en passager d’une voiture vendetta. Ce n’est qu’après dans son parcours qu’il jouera progressivement les seconds, puis les premiers rôles chez lui (Le sang de la veine, Grand Paris Express, Grand Paris, Baise-en-ville). Ici, il célèbre ses interprètes Sébastien Chassagne, Georges Pillegand et Erwin Aureillan, tous trois de l’aventure de Grand Paris, tout comme l’acteur-réalisateur Benoit Forgeard en savoureux guide moustachu à chemise bariolée. En quelques plans, Chloé Astor et Wendy Nieto bousculent quant à elles les garçons par leurs personnages assurés, et annoncent les futures héroïnes campées par Anaïde Rozam ou Emmanuelle Bercot. La mise en place très précise de Mozeb, sa scénographie alliant les grands espaces et lieux confinés, ses mouvements de caméra lents et ses plans fixes, et son jeu avec le montage, créent harmonieusement une étonnante étrangeté.
Olivier Pélisson
Réalisation et scénario : Martin Jauvat. Image : Vincent Peugnet. Montage : Jules Coudignac. Son : Stéphane Delors. Interprétation : Sébastien Chassagne, Georges Pillegrand, Chloé Astor, Erwin Aureillan, Benoît Forgeard, Wendy Nieto, Léo Allard et Michel Andrieux. Production : Ecce Films.


