Extrait

Mother’s

Hippolyte Leibovici

2019 - 22 minutes

Belgique - Documentaire

Production : Insas

synopsis

Portrait d’une famille de Drag Queens bruxelloises sur quatre générations. Au fur et à mesure que les traits masculins se féminisent sous plusieurs couches de maquillage et d’alcool, les coeurs s’ouvrent. Les sujets difficiles tels le suicide, le coming out et l’amour maternels sont abordés. Les blagues fusent et le choc générationnel s’invite dans la discussion.

Hippolyte Leibovici

Hippolyte Leibovici est un réalisateur franco-belge, installé à Ixelles et qui a débuté sur les plateaux de tournage précocement, dès ses 15 ans, en tant que technicien image.

Il commence alors à réaliser des courts métrages low budget et intègre l’Insas à 18 ans, en section réalisation, ce qui lui permet notamment de constituer l’équipe de ses films à venir. Il se tourne vers le documentaire, dans une volonté de se lancer dans un cinéma ayant une utilité directe, notamment en faveur de la communauté LGBT. 

Mother's, qui suit quatre drag-queens, remporte en 2022 le Magritte du meilleur documentaire documentaire, ainsi que le Grand prix à Lille et le Prix du public à Grenoble et à Poitiers, entre autres. Beyond the Sea suit en 2023 et se voit triplement primé au Festival du film francophone de Namur en 2023.

 

Critique

Mother’s est né du passage d’Hippolyte Leibovici à l’école belge de l’INSAS. Après Le bon, la brute et le truand (2016) et L’étranger (2016), le voici donc aux commandes de ce film de vingt-et-une minutes et quelques secondes, qui décrocha le Magritte du meilleur court métrage documentaire en 2022, avant son opus suivant Beyond the Sea (2023), fiction mettant aussi en scène des drag-queens, un spectacle et un rapport intergénérationnel, cette fois entre mère drag et fils biologique.

Mother’s saisit en coulisses les confessions de quatre artistes en pleine transformation pré-spectacle, pendant un quart d’heure, avant que l’action ne quitte le backstage pour gagner la scène sur les dernières minutes. Ce qui intéresse avant tout le réalisateur reste la part intime et personnelle des êtres, avant leur métamorphose et l’expression de leur art via leur avatar scénique. Qui ils et elles sont, plutôt que leur personnage sur les planches, qui s’exprime pleinement devant le public live.

La caméra se fait donc témoin privilégié de la parole échangée. Hugo Leibovici enregistre du vivant. “Chez Maman” – traduction littérale du titre anglophone et véritable lieu du cabaret bruxellois mené par Serge/Maman – devient donc l’espace intime et safe où chacun(e) peut se livrer sans fard, tout en recouvrant justement, et progressivement, ses traits des artifices du maquillage. Se dévoiler en arborant son masque libérateur de drag. Toute une science de la double révélation à soi-même et aux autres, comme une révolution entre intérieur et extérieur. Maman, Mademoiselle Boop, Loulou Velvet et Kimi Amen constituent les quatre pôles humains qui architecturent ce moment à part. À travers ces différentes générations et ces destins divers, la confrontation nourrit l’œuvre des parallèles communs à la révélation – le fameux outing – homosexuelle et drag, tout comme leurs divergences. L’objectif agit comme un procédé allié et maïeutique. L’aîné(e) fait accoucher ses cadet(te)s de leurs mots, de leurs maux, et de leurs larmes.

Judicieux parti pris de clore l’aventure par une suite de tableaux où l’accomplissement artistique prend sa pleine dimension. La scène devient Cène. Douze drag-queens figurent le Christ et ses apôtres, cinq ans avant le tableau réjouissant de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’été de Paris 2024, d’après Le festin des dieux de Jan van Bijlert. Plusieurs plans suivent aussi des créatures une par une. Comme l’affirmation de soi par l’assomption de son expression créative. On y aperçoit notamment La Big Bertha, révélée en candidate de la première saison de Drag Race France. Ce chemin verbal et émotionnel, qui raconte le secret, la honte, le harcèlement, la discrimination, la prise en main, le dépassement et la libération, trouve sa place par les regards échangés entre les protagonistes, et par ceux du public face à cet enchaînement de gros plans sur des visages, qui témoignent du monde à l’ombre de la rue, puis à la lumière des projecteurs.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Hippolyte Leibovici. Image : Julien De Keukeleire. Montage : Léole Poubelle. Son : Victor Crestani, Lucas Lauwers et Louison Assie. Production : Insas.

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