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Mort aux codes

Léopold Legrand

2018 - 14 minutes

France - Fiction

Production : Épithète Films

synopsis

Une ambulance fonce à travers la nuit : un homme âgé a perdu connaissance chez lui. Mais les ambulanciers se heurtent à une porte sécurisée par un code d’accès et à une femme bouleversée…

Léopold Legrand

Après des études littéraires à Paris et un échange à la Tisch School of the Arts de l’université de New York, Léopold Legrand se forme en réalisation à l’INSAS, école publique de cinéma belge.

Dans le cadre de ses études, il écrit et réalise plusieurs courts métrages, dont le documentaire Angelika, tourné en Pologne en 2016, qui reçoit de nombreuses récompenses dont le Grand prix au FIFF de Namur et au Poitiers Film Festival.

À sa sortie de l’INSAS en 2018, Léopold Legrand réalise le court métrage de fiction Mort aux codes, adapté d’une nouvelle de Patrick Pelloux. Le film rencontre un large succès en festivals, obtenant notamment le Prix du public à Villeurbanne, Brest, Séoul, Saint-Pétersbourg et Nice, ainsi qu’une mention spéciale du jury à Clermont-Ferrand. 

En 2022, son premier long métrage, Le sixième enfant, est une adaptation du roman Pleurer des rivières d'Alain Jaspard. Interprété par un quatuor composé de Sara Giraudeau, Benjamin Lavernhe, Damien Bonnard et Judith Chemla, il remporte quatre prix au Festival d'Angoulême : prix du public, double prix d’interprétation féminine pour Sara Giraudeau et Judith Chemla, prix de la meilleure musique et prix du meilleur scénario.

Critique

Le scénario est simple : trois médecins doivent intervenir de nuit, dans un immeuble, pour sauver un homme et se retrouvent confrontés à l’enfer des codes : grilles, portes, ascenseurs, tout est barricadé. Aussi vrai que nature, on a du mal à croire que Mort aux codes est un court métrage de fiction. Et pour cause, il est inspiré d’une histoire vraie, et on s’en serait douté. La mise en scène se met complètement en retrait pour laisser vivre ces trois médecins urgentistes. Elle ne cherche pas à souligner les détails, se contente de saisir les visages. Et si on aperçoit au passage l’un d’entre eux en train de se bander le poignet, sans doute à cause du massage cardiaque qu’il vient d’effectuer, c’est encore mieux. Ce sera presque un hasard. De la même façon, on a l’impression que l’épouse de l’homme que la trio vient sauver répond au téléphone de manière hasardeuse, comme si même les comédiens ne savaient pas si elle décrocherait. Leur réalisateur les dirige sûrement dans ce sens, les poussant à se laisser surprendre, à être naturels. Ils jouent à peine.

Cet aspect documentaire tient aussi au décalage entre l’urgence de la situation et le calme du film. Pas besoin de montage rapide, de musique effrénée et de gros plans. Dans la vie, il n’y a pas d’excitation particulière, juste l’énorme frustration de devoir attendre alors qu’une vie est en jeu. Ce décalage est le sujet du seul “effet” que s’autorise la réalisation, en créant un contraste entre les premières secondes de travelling avant rapides, floues, colorées, et les plans suivants plus longs où presque rien ne bouge. Ce film est la plate et froide analyse d’une situation insupportable : le choix de la “sécurité” par la multiplication des codes d’entrée, au détriment de la vie en cas d’urgence. “Je suis désolée, je n’avais pas vu votre ambulance.”, bredouille une femme qui a refusé d’ouvrir la porte à l’interphone. La peur nous rend parfois bêtes, mais Léopold Legrand traite jusqu’au bout son sujet avec finesse, et rappelle qu’il faut bien savoir en rire. Pas étonnant qu’après ce court métrage tout en subtilité, on lui ait laissé les rênes d’un long.

Anne-Capucine Blot

Réalisation et scénario : Léopold Legrand. Image : Julien Ramirez Hernan. Montage : Agathe Zimmer. Son : Pierre-Nicolas Blandin, Aymeric Dupas et Simon Poupard. Interprétation : Olivier Rabourdin, Slimane Dazi, Marouan Iddoub et Michelle Goddet. Production : Épithète Films.

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