Mauvais lapin
Carlos Conceição
2017 - 33 minutes
Fiction
Production : Epicentre films
synopsis
Enfermé dans les jeux de rôle, Miguel joue constamment avec sa sœur Clara. Ils partagent une intimité fusionnelle que la maladie de Clara renforce. Miguel sent qu’il manque à sa soeur une chose qu’il ne peut apporter. Le temps presse, la santé de Clara décline. Un soir, il accoste un jeune homme.
biographie
Carlos Conceição
De nationalité portugaise, Carlos Conceição est né le 5 août 1979 en Angola. Il est diplômé en 2006 en littérature romantique anglo-saxonne, ainsi qu’en réalisation, à l’École supérieure de théâtre et de cinéma de Lisbonne.
Peu après, il débute dans la réalisation de vidéos expérimentales, de clips musicaux et d’installations, avant se lancer dans le cinéma. Il réalise le court métrage Versailles en 2013 et poursuit avec Boa Noite Cinderella (Good Night Cinderella), sélectionné à la Semaine de la critique en 2014.
Après un documentaire, Wake up, Leviathan, en 2015, c’est à la Quinzaine des réalisateurs qu’il revient, en 2018, avec Mauvais lapin (Coelho Mau), une coproduction franco-lusitanienne.
Son premier long métrage est un film de science-fiction, Serpentario, présenté au Festival du film de Berlin en 2019. Un second suit en 2022, intitulé Nação Valente. Il revient sur la fin de l'occupation coloniale de l'Angola par le Portugal et ne sort en France qu'à l'été 2026, soujs le titre de Tommy Guns.
Entre les deux, le réalisateur a signé un moyen métrage d'à peine moins d'une heure de durée, Um fio de baba escarlate. Le film a connu une belle carrière festivalière, passant notamment, en France, par le Festival du cinéma de Brive et le Festival européen du film fantastique de Strasbourg.
Son dernier film en date, Baía dos Tigres, a été distribué au Portugal en 2025. Il revient de nouveau sur le motif colonial lié à la présence du Portugal en Afrique.
Critique
Le dernier plan de Mauvais lapin, qu’imprime sur la rétine un “cut” saisissant, est poignant, permettant de mesurer toute la profondeur du lien existant entre Miguel et Clara. Ceux-ci, frère et sœur, ont quasiment le même âge. Encore adolescents ou bientôt jeunes adultes, ils sont très proches, vivent de ludiques préoccupations, dansent des slows… Ils prennent encore leur bain ensemble et flirtent aussi parfois avec les interdits. Il faut dire que Clara (jouée par Julia Palha, révélation de John From, de João Nicolau, et mannequin) est magnifique, subjuguant son frère, qui se montre d’autant plus serviable, toujours aux petits soins avec elle, que la jeune fille est malade. Gravement. Elle n’en a même plus pour très longtemps… Et Miguel donnera à Clara, pendant qu’il en est encore temps ce qui lui manque : une première fois avec un homme, puisqu’il ne peut aucunement être celui-là…
Il y a d’évidence un univers proche de celui de Cocteau en toile de fond de la chronique de ces “enfants terribles” décalés de la réalité et vivant en vase clos, dans leur chambre vieillote ou une cabane dans les arbres, autre vestige d’une enfance qui entend perdurer. Les pelucheuses oreilles de lapin que revêt Miguel traduisent aussi un refus inavoué de grandir, sorte de syndrome de Peter Pan, même si ses désirs affirmés entérinent l’entrée dans un autre âge.
Le conte de fées sciemment composé par Carlos Conceiçao couve sa dimension fantastique et nocturne, intégrant le motif de la maladie (Clara porte souvent un masque à oxygène relié à une bonbonne), romantique par essence. L’issue est certaine, il n’y a plus pour le tandem qu’à préserver ce qui existe, sans penser au reste. Ce que médiatise la chanson utilisée à deux reprises, un titre de Christophe – en français, donc, car c’est la “langue de l’amour” : “À ceux qu’on aime”, avec son implacable signification de la fin de toutes choses.
La beauté de Mauvais lapin réside en partie dans l’équilibre trouvé pour échapper à telle ou telle situation scabreuse, derrière une imagerie portant souvent fétichiste – voir le masque en cuir, au museau de loup, de Miguel. Et ce dernier, en personnage-titre, loin de tout penchant condamnable, prépare en réalité un acte d’amour ultime envers celle qui reste l’objet unique de ses fusionnels sentiments et de ses pulsions.
“Un beau matin, c’est terminé”, chante Christophe. Et le cœur en peine de ce garçon, immédiatement, nous plonge dans la compassion et la mélancolie.
Christophe Chauville
Réalisation et scénario : Carlos Conceiçao. Image : Vasco Viana. Montage : Antonio Goncalves. Son : Rafael Goncalves Cardoso et Xavier Thieulin. Musique originale : Christophe. Interprétation : João Arrais, Julia Palha, Matthieu Charneau et Carla Maciel. Production : Épicentre films.


