Magic Paris

Alice Winocour

2006 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Dharamsala Production

synopsis

Kate vient passer un week-end à Paris. Dans cette ville qu’elle ne connaît pas, elle va rencontrer un homme et son chien.

Alice Winocour

Née à Paris en 1976, Alice Winocour est diplômée de la section scénario de la Fémis. En 2003, elle coécrit avec le réalisateur Raphaël Dutilleul le scénario du court métrage Harem, libre adaptation du mythe d’Orphée dans lequel elle tient également un rôle.

Elle réalise, deux ans plus tard, son premier court métrage, Kitchen, avec Elina Löwensohn dans le rôle principal. Le film est sélectionné en compétition du Festival de Cannes la même année. S’en suivent deux autres courts métrages : Magic Paris en 2006, récompensé du Swann d’or de la meilleure réalisatrice et de la meilleure actrice (pour Johanna ter Steege) au Festival du film romantique de Cabourg 2007, et Pina colada (avec Aurore Clément) en 2008.

Son premier long métrage, Augustine, réunissant Vincent Lindon, Chiara Mastroianni et Stéphanie Sokolinski, dite “Soko”, est présenté au Festival de Cannes en 2012, dans le cadre de la Semaine de la critique. Trois ans plus tard, Alice Winocour revient sur la Croisette pour présenter son second long métrage, Maryland, dans la section Un certain regard. Elle est également coscénariste du film Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, qui sort la même année.

Prix spécial du jury au Festival du film de San Sebastian en 2019 et distribué dans les salles en fin d'année, Proxima, se penche sur la préparation d’une astronaute française, campée par Eva Green, avant son départ dans l'espace.

En 2022, son quatrième long métrage Revoir Paris, avec Virginie Efira et Benoît Magimel, est présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du 75e Festival de Cannes avant de sortir en salles à l'automne. Trois ans et demi plus tard suit Coutures, dont Angelica Jolie tient le premier rôle et qui se déroule dans le milieu de la mode et dans le contexte de la fashion-week à Paris.

 

Critique

Magic Paris s’ouvre sur une vision enchanteresse de Paris : la tour Eiffel, vue depuis les berges de Seine. “It’s amazing !”, s’exclame Kate, émerveillée, en apercevant le paysage depuis sa voiture. Cette étrangère d’une quarantaine d’années poursuit sa visite touristique de la ville en allant dîner au Bouillon Chartier, brasserie mythique au splendide décor Art nouveau. Là-bas, son regard croise celui d’un homme élégamment vêtu. Tout se déroule ensuite comme dans un conte de fée : il l’embrasse sans un mot et lui commande un dessert orné de bougies étincelantes, qu’elle accueille avec une gêne mêlée de plaisir. Tels des âmes-sœurs, les personnages s’aperçoivent qu’ils portent des lunettes à la même vue (“C’est rare”, s’enthousiasme Kate). Ils se rendent ensuite chez lui, dans un appartement somptueux où un chien les accueille avec joie. Rien ne saurait a priori troubler ce portrait idyllique, si ce n’est le reflet des amants dans un miroir, interrogeant la réalité de leur amour.

Le lendemain matin, Kate sort acheter des croissants avec le chien : sa démarche pleine d’entrain fait alors écho à celle de l’animal, qui trottine et remue la queue allègrement. Si le morceau de jazz qui accompagne la scène (A Sunday Kind of Love d’Etta James) semble léger, les paroles racontent toutefois la difficulté à trouver l’amour – “Can’t seem to find somebody / Someone to care”) – en même temps qu’elles annoncent l’égarement à venir (“I’m on a lonely road that lead to nowhere”).

En sortant de la boulangerie, Kate ne parvient plus, en effet, à trouver le chemin du retour : Paris se transforme alors en un dédale de rues sans nom, une carte illisible où la magie cède le pas à l’angoisse de se retrouver seule et sans repères. Introduisant un doute quant à l’existence de l’appartement et de son propriétaire, le film choisit de conserver le mystère jusqu’au bout. L’héroïne regagne finalement sa chambre d’hôtel, où la télévision diffuse des images pittoresques de la ville, qui semble tout à coup dépourvue de charme. Elle repart pourtant contente de Paris, dont elle emporte un souvenir à la fois féérique et illusoire à travers une boule à neige achetée dans une station-service.

Chloé Cavillier

Réalisation et scénario : Alice Winocour. Image : Nicolas Guicheteau. Montage : Albertine Lastera.  Son : Antoine Brochu, Grégoire Couzinier et Grégoire Bourdeil. Interprétation : Johanna ter Steege et Ériq Ebouaney.  Production : Dharamsala Production.

À retrouver dans

Bonus

Rencontre avec Alice Winocour