Extrait

Ma planète

Valéry Carnoy

2018 - 24 minutes

Belgique - Fiction

Production : Insas

synopsis

Henri, un boulanger d’une cinquantaine d’années, est en mal d’amour avec sa femme Marieke. Un matin, après une énième dispute, il fait l’étrange rencontre d’Anita, une jeune photographe qui aime les formes imposantes de son corps.

Valéry Carnoy

Né en 1987, Valéry Carnoy est un réalisateur belge formé à l’Institut national des arts du spectacle (Insas) à Bruxelles, après un cursus en psychologie interculturelle à l’université libre de Bruxelles. 

Son film de fin d’études, Ma planète (2018), participe à plus de 80 festivals internationaux (Alès, Brest, Leeds, Leuven, Tokyo, etc.). Il remporte notamment le Prix du meilleur film au Tallin Black Night Film Festival dans la catégorie “New talent”.

En 2021, Valéry Carnoy termine son second court métrage : Titan. Cette coproduction franco-belge associant Hélicotronc et Punchline Cinéma lui vaut une vingtaine de récompenses, dont le Grand prix national au Brussels Short Film Festival, avant une nomination aux Magritte du cinéma. Le film est sélectionné dans de nombreux festivals internationaux de premier plan (Clermont-Ferrand, Oberhausen, Interfilm Berlin, Busan, Odense, Palm Springs…).

En 2024, Il tourne son premier long métrage, La danse des renards, coproduit cette fois par Hélicotronc et les Films du Poisson. Il est sélectionné, l'année suivante, au Festival de Cannes, au sein de la Quinzaine des cinéastes.

Critique

Henri (Jean-Michel Balthazar), boulanger replet et vêtu d’un blanc enfariné, n’arrive pas à attirer les yeux de sa femme. Malgré toute la place qu’il prend dans l’espace, de par son corps massif, il semble invisible aux yeux de celle-ci. Pourtant, lors d’une pause en plein air, arrimé sur un banc, Henri semble absorber l’attention d’une passante au regard aussi attentif qu’actif. C’est une photographe et, les formes d’Henri, d’une douce exubérance, presque cartoonesques, déclenchant un magnétisme certain, cette nouvelle observatrice va venir chavirer un quotidien morne. Jusqu’à réactiver un désir évanescent ?

Dans cette histoire de reconquête amoureuse, à travers les courbes et les silhouettes, les premières séquences de Ma planète agissent par une myriade de contrastes. La femme, fluette, se meut gracilement sur son pole-dance, tandis que l’homme se trouve plus ancré au sol. Ils n’ont pas la même temporalité ; elle est constamment dans la fuite en avant, alors que lui, s’accroche à un instant présent fugace. La figure singulière d’Henri n’est jamais envisagée sous un angle enclin à la moquerie ou aux brimades, à l’instar de L’amour extra-large des frères Farrelly (2001), mais au contraire, sa bonhomie confère une certaine douceur.

Avec ce film de fin d’études, Valéry Carnoy commençait déjà à tisser un motif central dans son cinéma : la prégnance du corps. Dans Titan, il interrogeait les vicissitudes de la virilité avec de jeunes adolescents goguenards, torses nus, qui se scarifient à travers des rituels doloristes. La danse des renards, lui, dépeignait l’univers tempétueux de la boxe. Les films de Carnoy recherchent néanmoins une échappatoire à ce programme masculiniste harassant. Il développe ainsi un art de la pause, notamment de ce garçon incarné par Samuel Kircher, préférant observer les arbres plutôt que de boxer, faisant écho à Henri assis sur son banc. Avec Ma planète, le corps, à se réapproprier, serait envisagé comme un paysage lancinant, ou digne d’être présenté dans une infrastructure d’art contemporain. Ainsi, on compare ce ventre à une dune, et c’est justement sur un monticule de sable que se clôt le récit, avec une étreinte chaleureusement retrouvée. Finalement, le chemin de cette planète aurait été de retrouver la gravité tranquille de son satellite.

William Le Personnic

Réalisation et scénario : Valéry Carnoy. Image : Hugo Brilmaker. Montage : Julie Robert. Son : Pierre-Nicolas Blandin, Julie Robert et Selia Çakir. Musique originale : Yannick Jacquet. Interprétation : Jean-Michel Balthazar, Stéphanie Lowette, Wim Willaert et Ninon Perez. Production : Insas.

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