Ma culotte
Blandine Lenoir
2006 - 15 minutes
France - Fiction
Production : Local Films
synopsis
Claire a très envie de faire l’amour avec ce type qu’elle a ramené chez elle. Depuis le temps qu’elle attend ça, un homme... Comment fait-on déjà ?
biographie
Blandine Lenoir
Née en 1973, Blandine Lenoir débute une carrière de comédienne à l’âge de 15 ans devant la caméra de Gaspard Noé, dans le court métrage Carne et le long lui daisant suite : Seul contre tous. Elle tourne ensuite dans des films de Solveig Anspach, Fabienne Godet, Bruno Podalydès, entre autres, mais aussi dans des téléfilms. Parallèlement, elle prend goût à la réalisation sur des tournages en occupant divers postes techniques : costumière, décoratrice, casting... Après des études de lettres, elle réalise son premier court métrage en 2000 : Avec Marinette (Grand prix au Festival Côté court de Pantin). Elle a réalisé une dizaine de courts métrages ayant eu de belles carrière en festivals : Dans tes rêves (2004), Rosa (2005), Ma culotte (2006), avec Christine Boisson et Anaïs Demoustier, dans le cadre de la Collection de Canal+ “Écrire pour…”, Pour de vrai (2008), Monsieur l’Abbé (2010) et L’Amérique de la femme (2014), où elle met notamment en scène Laure Calamy.
Elle passe au long métrage en 2014 avec Zouzou, version longue de L'Amérique… Aurore, avec Agnès Jaoui dans le rôle-titre, suit en 2017. La réalisatrice retrouve alors Laure Calamy pour Annie Colère (2022), chronique des années précédant la Loi Veil sur l'IVG.
Deux ans plus tard, Blandine Lenoir signe son quatrième long métrage, Juliette au printemps, adapté de la bande dessinée de Camille Jourdy Juliette, les fantômes reviennent au printemps. Izïa Higelin, Sophie Guillemin, Jean-Pierre Darroussin et Noémie Lvovsky en incarnent les personnages principaux.
Critique
Il y a vingt ans, Blandine Lenoir présentait Ma culotte, au même moment où elle tournait dans les festivals avec Rosa. Dans ce dernier, une jeune mère, que la réalisatrice incarnait elle-même, tentait de faire garder sa toute petite fille pour pouvoir travailler. Dans le premier, Christine Boisson joue une femme en pleine renaissance au désir, face à Anaïs Demoustier dans la peau de sa (jeune) fille, en plein questionnement sur le désir, justement, chacune face à un moment passé avec un homme. Une comédie de mœurs nocturne, avec unité de temps et unité de lieu, dans l’appartement familial. Comme toujours chez l’autrice, l’énergie vitale irrigue les veines du récit, avec des héroïnes qui éprouvent le réel et se racontent. Les ruptures de ton rythment la narration, en passant du ballet de deux amants en pleins préliminaires à une rencontre inattendue entre les deux couples, pour se finir sur une discussion de transmission entre mère et fille.
La force d’incarnation domine et le choix d’actrices est judicieux. Christine Boisson transmet avec aisance la gamme d’émotions par laquelle passe la protagoniste au prénom limpide (Claire), mais aux doutes chevillés au corps, au moment où elle renoue avec sa sexualité partagée. L’intensité comme la retenue, l’hésitation comme l’affirmation. Face à elle, sa cadette Anaïs Demoustier réjouit en Lydia, tour à tour surprise, amusée, révoltée, intriguée, réflexive. Leur jeu de regards fonctionne au poil, en harmonie avec l’accompagnement de la cinéaste et le montage de Fred Noël. Comme dans un petit théâtre, le décor unique sur plusieurs étages met encore mieux en valeur leurs allers et venues, et l’épopée intime qu’est l’aventure du plaisir, avec gradation crescendo ou dégringolant, à l’image de l’escalier au cœur de l’action, véritable symbole de l’ascenseur émotionnel qu’empruntent les personnages.
Blandine Lenoir s’épanouit en explorant la psyché féminine, le passage du temps et les rapports entre les générations, de l’enfance (son court Pas de pitié, 2001) à la maturité (le diptyque court/long L’Amérique de la femme/Zouzou, en 2014), avec toujours l’idée de transmettre (Aurore, Annie colère et Juliette au printemps, entre 2017 et 2024). L’urgence de la situation sexuelle de départ entre la génitrice et son amant débouche sur un échange familial nourrissant sur l’expérience de la sexualité. Acceptation et consentement sont au programme, dans une représentation aux issues diverses, et accueillante avec l’humour. Les coups de théâtre (coup de téléphone, arrivée imprévue et départ intempestif) injectent du drolatique dans la tension désirante comme dans les accalmies. Elle permet aussi d’illustrer la truculence de la réalisatrice et de sa coscénariste et interprète régulière Nanou Garcia, pas à l’image dans cet opus-ci. Les dialogues mêlent subtilité et délicatesse, frontalité et crudité, revisitant même en chute de récit l’histoire du cinéma à l’aune de la sodomie !
Olivier Pélisson
Réalisation : Blandine Lenoir. Scénario : Nanou Garcia et Blandine Lenoir. Image : Pénélope Pourriat. Montage : Fred Noël. Son : Dimitri Haulet, Cédric Lionet et Xavier Thibault. Musique originale : Bertrand Belin. Interprétation : Christine Boisson, Anaïs Demoustier, Davy Apfel et Perkins Lyaute. Production : Local Films.


