Les immortelles
Caroline Deruas
2019 - 14 minutes
France - Fiction
Production : Les Films de la Capitaine
synopsis
Charlotte vient se recueillir sur la tombe de son amie Liza. Elles ont 17 ans et la mort les sépare, mais aujourd’hui, elles en ont décidé autrement.
biographie
Caroline Deruas
Caroline Deruas, née en 1978 à Cannes, y découvre le cinéma, enfant, par l’intermédiaire du festival. En 2000, elle réalise son premier court métrage en noir et blanc, Les indolents, où elle met notamment en scène l’acteur Vincent Macaigne.
Entre 2005 et 2012, elle enchaîne plusieurs courts sélectionnés et primés dans de nombreux festivals. En 2006, L’étoile de mer est présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. L’année suivante, Le feu, le sang, les étoiles est sélectionné au Festival de Locarno et reçoit le Grand prix du Festival de Bilbao en 2008. Les enfants de la nuit sorti en salles en 2012, remporte le Léopard d’argent au Festival du film de Locarno en 2011, ainsi que le Prix du public au Festival du court métrage de Vila do Conde en 2012. En 2014, elle signe La mal aimée, sélectionné à Côté court, à Pantin, tandis que Le rêve de Camille, interprété par Adèle Haenel et Clotilde Hesme, est réalisé dans le cadre de la résidence Émergence 2014.
Elle a également été pensionnaire à la Villa Médicis, décor de son premier long métrage : L’indomptée (2017). La réalisatrice revient ensuite au format court avec Les immortelles (2018). Une version longue en est tirée par la suite : présentée au Festival de Venise 2025, elle sort en salles en février 2026. La propre fille de la réalisatrice, Léna Garrel, est l'interprète des deux films.
Caroline Deruas a également collaboré en tant que scénariste et scripte avec de nombreux cinéastes tels que Valeria Bruni-Tedeschi, Yann Gonzalez, Romain Goupil et Philippe Garrel, avec qui elle a co-écrit Un été brûlant, La jalousie, L’ombre des femmes, L’amant d’un jour et Le grand chariot.
Critique
Avant de devenir un long métrage, Les immortelles était un court. Un petit film de quatorze minutes concentré, comme au théâtre, autour d’une même unité de temps, de lieu et d’action. Une après-midi de plein soleil, Charlotte (Léna Garrel) vient pleurer sur la tombe de son amie disparue, Liza (la chanteuse Yoanna Bolzli). Mais alors que les larmes touchent la pierre tombale, la morte revient à la vie comme par magie, s’évaporant de son tombeau pour rejoindre son amie éplorée. Durant les quelques minutes que leur offre le film, les deux jeunes filles vont revenir sur le drame qui les a séparées, s’enlacer mais aussi retrouver la complicité de leur amitié et les jeux de leur âge qui leur ont été brusquement ôtés.
C’est ainsi que, progressivement, Les immortelles se détourne de sa partition mélodramatique pour adopter la forme inattendue et malicieuse d’une balade buissonnière au milieu des tombes. Le cimetière des morts devient alors le terrain de jeu idéal pour ces deux mortes-vivantes lancées dans un bal de profanations joyeusement punk. Sous les éclats du soleil et dans l’ivresse du vin, leurs danses et leurs rires redonnent un peu de couleurs et de vitalité aux sépultures inertes, à leurs cadavres endormis. En s’amusant à égratigner ce territoire sacré, en transgressant les interdits, Les immortelles restitue avec beaucoup de sensorialité et de profondeur quelque chose d’une fièvre adolescente avec, en filigrane, cette très belle idée que l’élévation et le sublime se trouvent parfois lovés dans des endroits insoupçonnés (un excrément doré aux pouvoirs magiques). Huit ans avant son long métrage éponyme, qui en prolonge le récit, Caroline Deruas regardait déjà l’amitié féminine comme une puissante histoire d’amour en brossant le portrait plein d’aspérités et d’effronterie de deux jeunes héroïnes. En grande artificière de cinéma, pétrissant son image comme une matière vibrante et sensible, sautant d’un filtre bleu à une teinte rouge, c’est comme si la cinéaste bâtissait un abri, un refuge éternel pour ses deux amies endeuillées. Sans doute la plus précieuse des consolations.
Marilou Duponchel
Réalisation et scénario : Caroline Deruas. Image : Pascal Granel. Montage : Laure Saint-Marc. Son : Philippe Grivel, Éric Mauer et Matthieu Deniau. Interprétation : Léna Garrel et Yoanna Bolzli. Production : Les Films de la Capitaine.


