Extrait

Les îles

Yann Gonzalez

2017 - 23 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Des personnages traversent un dédale érotique et amoureux avec le désir pour seul guide.

Yann Gonzalez

Yann Gonzalez est né à Nice en 1977. Après des études universitaires de cinéma et un mémoire de maîtrise sur “La figure de la femme dans le porno amateur”, il collabore avec diverses revues artistiques (Têtu, Max, Chronic’art, Vogue).

À partir de 2006, il réalise plusieurs courts métrages sélectionnés à Cannes, notamment, comme By the Kiss (2006), Les astres noirs (2009) et Nous ne serons plus jamais seuls (2012). En 2013, le cinéaste sort son premier long métrage, Les rencontres d’après minuit. Il s’agit de la préparation d'une orgie par un jeune couple – interprété par Kate Moran et Niels Schneider – et leur gouvernante travestie.

Yann Gonzalez revient au format court avec Les îles (2017) qui remporte le Grand prix fiction du Festival de Vila do Conde. En 2018 sort son second long métrage, Un couteau dans le cœur, avec Vanessa Paradis, Kate Moran et Nicolas Maury, qui a reçu le Prix Jean-Vigo 2018 du long métrage (ex-aequo).

Nouveau retour au court pour le réalisateur, et doublement, en 2021 et 2022, avec Fou de Bassan et Hideous. Devenu également producteur, au sein de Venin Films (qu'il crée en 2020 avec Elina Löwensohn, Flavien Giorda et Bertrand Mandico), il est ainsi à l'œuvre sur, entre autres, Mars exalté de Jean-Sébastien Chauvin (2022), J'ai vu le visage du diable de Julia Kowalski (2023) ou encore Anapidae (Appelle-moi) de Mathieu Morel (2024).

Il retrouve au printemps 2025 Vanessa Paradis pour le tournage d'un nouveau long métrage en tant que réalisateur, intitulé provisoirement J’oublierai ton nom. Ce dernier devrait sortir au cours de l'année 2026.

Critique

Les îles, court métrage de Yann Gonzalez présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2017, peut être vu très justement comme un territoire insulaire dans la cartographie cinématographique du réalisateur des Rencontres d’après minuit (2013). Un bloc d’affects et de désirs, une montagne d’amour à laquelle on aimerait s’arrimer et voguer toute une vie tant elle est bienveillante.

Les désirs qui l’animent, ce sont avant tout des désirs de cinéma, tant le réalisateur qui n’a alors pas tourné depuis trois ans décide de filmer une séquence totalement somnambulique, sur la musique onirique de Stars Of The Lid qui ouvre le film. Vertige des genres : on a d’abord le sentiment d’être dans un film porno des années 1970, les mêmes que produit Anne Parèze (incarnée par Vanessa Paradis dans Un couteau dans le cœur, le long métrage qui suivra en 2018), et puis on bascule, via une fausse scène de giallo au couteau scintillant, dans un trio sensuel et horrifique, dominé par la figure d’un monstre au visage défiguré.

On se croyait au cinéma ; on est finalement au théâtre, devant des spectateurs. On pensait que ces derniers étaient passifs ; on sait bientôt, en se tournant du côté de deux d’entre eux, qu’ils sont animés de sentiments intenses (“Je voulais que tu te remplisses du désir de moi”), incarnés par l’éruption d’un sexe en érection aussi brillant que le couteau de la créature. Nassim et Simon se retrouvent au centre du film dans une relation observée et écoutée par une Circé contemporaine, sur une île cousine de la clairière d’Ééa dans L’odyssée, comme si elle avait ensorcelé plusieurs jeunes hommes se masturbant dans la nuit noire. L’irruption de la jeune femme sur scène permettra de boucler la boucle, évoquant ainsi la porosité des espaces et des désirs.

Dans Les îles, ces derniers investissent les corps un(e) par un(e) dans le cadre d’une célébration générale de l’hybridité. Comme souvent dans le cinéma de Yann Gonzalez, le réel est transfiguré par l’artificialité, un raccord nous plonge dans une rêverie sans fin. Nassim et Simon sont incarnés respectivement par l’incandescent Thomas Stélandre et le vibrant Simon Thiébaut, comme s’ils appartenaient littéralement au jour et à la nuit. La photo argentique de Simon Beaufils met en évidence les visages et les corps de personnages hantés tant par des esprits que des orgasmes. Elle amplifie l’imaginaire par ses surimpressions étonnantes, capte le passage de l’ombre à la lumière avec douceur et s’harmonise aux différentes vagues de musiques choisies comme aux paroles puissantes exprimées.

Les îles reste aujourd’hui encore l’une des plus belles Queer Palm du Festival de Cannes, par son éloge de l’altérité et son chant d’amour bouleversant.

Bernard Payen

Réalisation et scénario : Yann Gonzalez. Image : Simon Beaufils. Montage : Raphaël Lefèvre. Son : Xavier Thieulin et Damien Boitel. Interprétation : Sarah-Megan Allouch, Thomas Ducasse, Alphonse Maitrepierre, Mathilde Mennetrier, Romain Merle et Simon Thiébaut. Production : Ecce Films.

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