Extrait
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Le sujet du tableau

Georges Schwizgebel

1989 - 6 minutes

Suisse - Fiction

Production : Studio GDS

synopsis

Grâce au peintre qui brosse son portrait, un vieil homme retrouve la jeunesse et voyage d’un tableau à l’autre, en croisant une inconnue en rouge qu’il finira par retrouver.

Georges Schwizgebel

Né en 1944 en Suisse, Georges Schwizgebel étudie le graphisme à l’École des arts décoratifs de Genève, puis est employé dans une agence de publicité de 1966 à 1970. Il fonde le Studio G.D.S. avec Claude Luyet et Daniel Suter.

Dans ses premiers films, il utilise la rotoscopie, puis délaisse cette technique au profit de films plus narratifs. Le vol d’Icare (1974) est le premier court métrage d’une carrière riche de seize films qui lui vaudront de nombreux prix dans les festivals internationaux (Cannes, Annecy, Zagreb, Hiroshima, Stuttgart, Ottawa et Espinho notamment).

La course à l’abîme (1994) est régulièrement cité par les spécialistes comme l’un des meilleurs films d’animation. En 2004, Georges Schwizgebel entreprend une série de coproductions avec l’ONF qui totalise aujourd’hui quatre films : L’homme sans ombre (2004), Jeu (2006), Retouches (2008) et Romance (2011).

En 2017, Georges Schwizgebel reçoit le Cristal d'honneur lors du Festival international du film d’animation d’Annecy. Achevé la même année, La bataille de San Romano est une interprétation du tableau du même nom du peintre de la Renaissance Paolo Uccello.

Son dernier film en date, Darwin's Notebook, est présenté en compétition au Festival d'Annecy en 2020.

Filmographie :

1974 : Le vol d’Icare, Prix du public au Festival de Soleure.

1975 : Perspectives, Prix du public au Festival de Soleure.

1977 : Hors-jeu

1982 : Le ravissement de Frank N. Stein, Prix du public au Festival de Soleure, Prix de la critique C.I.D.A.L.C. au Festival de Berlin, Prix spécial du jury au Festival de Zagreb.

1985 : 78 tours, Prix du public au Festival de Soleure et de Bonn, Grand prix aux festivals de Stuttgart et de Treviso, Épi d’or au Festival de Valladolid.

1986 : Nakounine

1989 : Le sujet du tableau, Prix Canal+ au Festival d’Annecy, Prix spécial du jury au Festival de Varna, Prix du jury au Festival de Shanghai.

1992 : La course à l’abîme, Prix de la critique au Festival de Zagreb, Premier prix au Festival d’Espinho, Prix de la critique Fipresci au Festival d’Oberhausen, Prix spécial du jury au Festival de Krok.

1995 : L’année du daim, Premier prix au Festival de Zagreb, Grand prix au Festival d’Espinho.

1996 : Zig Zag

1998 : Fugue

2000 : La jeune fille et les nuages, Mention spéciale au Festival de Zagreb, Prix spécial au Festival d’Hiroshima.

2004 : L’homme sans ombre, Prix regards jeunes à la Semaine de la critique au Festival de Cannes, Prix spécial du jury aux festivals de Zagreb, Hiroshima, Rome et Séoul.

2006 : Jeu, Prix spécial du jury au Festival de Hiroshima, Meilleur film d’animation au Festival d’Ottawa.

2008 : Retouches

2011 : Romance, Prix spécial du jury au Festival du film d’animation de Changzhou, Prix du Public et Prix Taurus Studio de la meilleure bande sonore en compétition suisse au Festival Animatou de Genève, Prix du meilleur court métrage professionnel au Festival du film d’animation Anima de Bruxelles, Génie du meilleur court métrage d'animation à l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

2012 : Chemin faisant, Prix José-Abel au Festival d’Espinho.

2015 : Erlkönig, Prix du Public au Festival international du film d'animation de Paris, Prix spécial du jury au Festival international d’animation de Bucheon.

2017 : La bataille de San Romano, Mention spéciale au Festival international du film d’animation de Baden.

2020 : Darwin's Notebook

Critique

Dans Le sujet du tableau, l’artiste-plasticien Georges Schwizgebel met en scène la peinture, art qu’il travaille depuis six décennies désormais et moyen de production de l’ensemble de son œuvre. Il confronte le trait qu’il pose à la peinture acrylique sur celluloïd pour l’animer, à celui tracé par les grands artistes qui l’ont précédé et figé dans des chefs-d’œuvre cités tour à tour dans une vertigineuse mise en abyme. 

Cette confrontation est incarnée par un personnage qui a le pouvoir de se mettre en mouvement pour passer d’œuvre en œuvre, à la poursuite d’une femme en rouge circulant également de tableau en tableau. Notre poursuivant la cherche ainsi sous les traits de la baigneuse du Déjeuner sur l’herbe de Manet (1863), avant de traverser notamment L’atelier rose de Matisse (1911) et l’univers étrange de Mystère et mélancolie d’une rue de Chirico (1914). Il retrouvera finalement la fugitive à la place du mystérieux personnage qui apparaît à l’arrière-plan du célèbre et énigmatique tableau de Vélasquez Les ménines (1656). L’arrière-plan devient alors profondeur de champ et le personnage féminin disparaît à nouveau dans un dédale de pièces dans lequel nous croisons successivement La dame au collier de perles de Vermeer (1664) et la Chambre d’hôtel d’Edward Hopper (1931). 

À ce jeu virtuose, dans lequel l’artiste fait se succéder les imaginaires picturaux, s’ajoute la référence littéraire de Faust. Le personnage principal apparaît en effet d’abord sous les traits d’un modèle âgé en train de signer un pacte avec le peintre, qui n’est autre que Méphistophélès, celui-ci lui permettant de retrouver la jeunesse sous ses coups de pinceau et de poursuivre la femme en rouge, en l’occurrence Marguerite…  

Vertige des espaces et des temps qui s’emboîtent et se juxtaposent, tel est l’univers si particulier de cet artiste dont la préoccupation est, malgré la richesse des références picturales, extrêmement cinématographique. Le mouvement se trouve en effet au centre de son œuvre, qui pourrait presque être abordée comme un vaste plan-séquence composé d’une vingtaine de courts métrages, dans lequel non seulement les formes, mais aussi les mouvements eux-mêmes se métamorphosent. 

La musique participe en outre pleinement à cette représentation du mouvement, sa structure et son rythme inspirant souvent ceux des dessins. On voit ainsi dans Le sujet du tableau, sur une partition originale de Jacques Robellaz, le mouvement de motifs picturaux se transformer en un autre, tel celui de l’écume devenant frémissement de l’herbe sous le vent ou celui de corbeaux noirs se transformant en chatoiement de l’onde. Ainsi, malgré l’érudition et la complexité de son œuvre, les spectateurs et spectatrices peuvent aussi y entrer par le pur plaisir du mouvement cinématographique, qui est peut-être d’ailleurs le véritable sujet du tableau. 

Anne-Sophie Lepicard 

Réalisation, scénario, image et montage : Georges Schwizgebel. Son et musique originale : Jacques Robellaz. Production : Studio GDS. 

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