Extrait
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Le sang de la veine

Martin Jauvat

2021 - 17 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Simon rencontre Zoé sur l’application Tinder. Ils habitent la même ville de banlieue lointaine, et Zoé, sans perdre son temps en préliminaires, lui propose de passer immédiatement chez elle. Elle est aussi jolie qu’entreprenante - Simon n’en croit pas sa chance ! Mais une fois arrivé à son pavillon il rencontre la famille de Zoé, et comprend vite que son rendez-vous galant risque de se révéler plus compliqué que prévu...

Martin Jauvat

Né en 1995, Martin Jauvat a toujours vécu à Chelles, en Seine-et-Marne (77), mais a étudié les lettres modernes à Paris, après des essais en prépa littéraire, licence d’histoire et licence de cinéma. Il a ensuite passé plusieurs concours d’écoles de cinéma, sans succès.

Sa collaboration avec la société de production Ecce films a démarré alors qu’il se faisait remarquer grâce à des courts métrages tournés dans son jardin avec des amis. Il a successivement réalisé, dans sa ville natale, Les vacances à Chelles (2019), Mozeb (2020), et Le sang de la veine (2021), sélectionnés dans de nombreux festivals (Clermont-Ferrand, Pantin, Trouville, Cabourg, etc.), avant de signer un premier long métrage, Grand Paris, en 2022. Le film a alors fait partie de la programmation de l’ACID au Festival de Cannes et sortira en salles au printemps 2023.

Martin Jauvat a également été le coscénariste et l’interprète du court métrage Ville éternelle (2022), de Garance Kim.

Critique

Zoé s’interroge : “C’est quoi, le sang ?” “Le sang, c’est la famille !”, lui répond Simon, fan de Jul, le rappeur marseillais qui a popularisé cette expression, “le sang de la veine”, qui donne son titre au film. Tellement fan que pour lui, justement Jul, c’est “le sang” : un modèle ! Faut pas rigoler avec “le sang”, faut pas rigoler avec Jul. Au point de se fâcher avec la fille qu’il vient de rencontrer via Tinder, celle qui “critique le rappeur pour rien”. Une fâcherie qui ne durera pas longtemps et qui, mine de rien, fera passer la relation entre Simon et Zoé du plan cul à la romcom. Entre temps, il y aura eu de la weed du Yucatan et l’aveu du garçon : “Ça fait des années que j’ai pas fait l’amour”. 

Le sang de la veine, premier film de Martin Jauvat à être produit de manière traditionnelle – par Ecce Films – est représentatif de son cinéma, narrativement basé sur l’ennui comme source d’imprévu et d’aventures. Rien ne destinait Simon, allongé sur son lit, entre pets et gazouillis d’oiseaux, à sonner quelques instants plus tard à la porte du 36 rue des Enfers, à Chelles, la banlieue dont les pavillons sont tous inquiétants à force d’être identiques. Martin Jauvat mêle le fantastique et l’insolite à la comédie la plus crue. La famille qui regarde un documentaire sur l’Atlantide dans un salon aussi bleu qu’un aquarium parait extraterrestre et robotique, et Zoé, la fille du premier étage, qui vit dans le rose flashy, est pressée d’en finir (“Ben, j’sais pas : on baise ?”). Les dialogues fusent, aussi vifs qu’une balle de ping-pong, énoncés avec beaucoup de naturel et de flegme par William Lebghil et Anaïde Rozam. Jauvat filme une masculinité fragile qui bande mou et une féminité affirmée et entreprenante. Elle et lui pourraient avoir peur l’un de l’autre, mais finissent par s’accorder les yeux dans les yeux sur un lit. 

Aucun “naturalisme de chambre parisienne” pour autant : le cinéaste travaille la dimension fantastique de son cinéma, en lien justement avec l’album de Jul, Extra-terrestre. Jusqu’à l’apparition surnaturelle d’une figure étrange et hilarante qui reproduit le geste du rappeur lors d’une hallucination de Simon, introduisant les thèmes de l’ailleurs, de l’archéologie et des pyramides, que le cinéaste développera dans Grand Paris, son premier long métrage (qui sortira en salles le 29 mars 2023). Et là, tout devient plus clair : est-ce que Le sang de la veine ne serait-il pas une tentative d’éclaircir la sexualité de Tintin ? 

Bernard Payen 

Un entretien avec Martin Jauvat est à retrouver dans Bref n°128, qui paraît cette semaine. 

Réalisation et scénario : Martin Jauvat. Image : Vincent Peugnet. Montage : Jules Coudignac. Son : Florent Tupin et Xavier Thibault. Interprétation : William Lebghil, Anaïde Rozam et Martin Jauvat. Production : Ecce Films.

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Interview de Martin Jauvat