Extrait

Le rite

Niels Schneider

2021 - 28 minutes

France - Fiction

Production : Paraiso Production, Hélicotronc

synopsis

Anne partage sa vie entre l’école primaire où elle enseigne et sa maison où elle se livre à un étrange rituel avec son fils Simon. Mais sa fille Helena, qu’elle ne voit plus depuis longtemps, est exceptionnellement en ville pour danser Le sacre du printemps.

Niels Schneider

Né le 18 juin 1987 à Meudon, Niels Schneider a vécu au Canada à partir de l'âge de 8 ans et a la double nationalité franco-canadienne. Il débute sa carrière via la théâtre et le doublage, avant de se révéler dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan en 2010. On le voit alors notamment dans L'âge atomique d'Héléna Klotz, Les rencontres d'après minuit de Yann Gonzalez et Diamant noir d'Arthur Harari, pour lequel il reçoit en 2017 le César du meilleur espoir masculin.

Il se voit nommé en 2021 dans la catégorie du meilleur acteur pour Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret. La même période le voit incarner Saint-Just dans Un peuple et son roi de Pierre Schoeller et donner la réplique à Virginie Efira, devenue sa compagne à la ville, dans Un amour impossible de Catherine Corsini et Sibyl de Justine Triet.Il la dirige alors dans son court métrage Le rite, produit par Paraiso en 2021 et qui constitue son unique expérience de réalisation à ce jour.

2026 apparaît comme une année faste pour lui, puisqu'il aura tenu les rôles masculins principaux de L'inconnue d'Arthur Harari et de Si tu penses bien de Géraldine Nakache, tout en incarnant le général Leclerc dans les deux volets du diptyque consacré à De Gaulle sous la direction d'Antonin Baudry.

 

 

Critique

Niels Schneider auteur ne choisit pas la facilité. Le rite, feutré dans sa forme classique et fluide dans sa narration linéaire, transpire une vraie étrangeté. On ne sait rien précisément des raisons qui font que les personnages font ce qu’ils font, justement. Anne, qui sacrifie sa vie de femme en s’obligeant à s’occuper de son fils, jeune homme majeur, dans une relation de dépendance mutuelle. Simon, accro à sa dose quotidienne que lui administre sa mère et confiné dans les quatre murs de sa chambre de leur pavillon. Héléna, ayant largué les amarres de ce bateau familial toxique pour mener sa vie de danseuse contemporaine et de passage dans la ville pour son dernier spectacle. Pourquoi la mère ne confie-t-elle pas son grand garçon, s’il en a besoin, à une structure adaptée ? Pourquoi se grime-t-elle en héroïne de film noir pour récupérer la drogue sur un parking ? Pourquoi dissimule-t-elle l’existence de Simon et se censure-t-elle dans sa vie amoureuse avec Esteban ?

Le film ne joue pas la carte des réponses rationnelles et pragmatiques. L’auteur ne cherche pas à rassurer. Pas non plus à glisser vers une opacité lynchienne. Le cadre réaliste et serré n’en est que plus prégnant. La protagoniste au métier responsable – elle est professeur des écoles – semble totalement sous influence d’une pathologie d’interdépendance qui la contient dans le déni. La présence de la danse comme leitmotiv (représentation du Sacre du printemps, intimité en post-dîner familial), la construction d’une certaine déréalisation du quotidien par la lenteur, le huis-clos émotionnel qui enserre les êtres, leurs motivations et leurs comportements, mènent finalement cette chronique vers le conte. Un conte dont la génitrice serait une mater dolorosa et dolorosante à la blondeur hitchcockienne, avec comme plan final une dérobée dans la forêt libératrice du duo d’enfants enfin réunis...

Niels Schneider fait preuve d’élégance dans sa mise en scène, avec des mouvements de caméra précis et enveloppants, une charte graphique chaude alliant les bruns, rouges, bordeaux et les ombres, et une bande son alternant Stravinsky, Dean Martin, The Falconettes et la musique originale de son frère Aliocha. Ce côté classieux maintient la déraison sous cloche. Quand le générique de fin commence, tout le monde conserve une part de mystère, conférant à l’aventure totale une densité qui persiste. Comme une brume planant ad vitam æternam, et qui placerait Anne, Simon et Héléna dans des limbes existentiels sur lesquelles spectateurs et spectatrices pourraient projeter tous les possibles. Le regard amoureux du réalisateur sur sa compagne actrice se double d’un parallèle troublant d’actualité, par la présence dans les salles de L’inconnue d’Arthur Harari, avec Niels Schneider acteur. Une autre histoire opaque, et plus encore, où des âmes sont perdues dans le corps d’un(e) autre. Le cinéma et ses rites insondables.

Olivier Pélisson

Réalisation : Niels Schneider. Scénario : Jean Pol Fargeau, Cristian Jimenez et Niels Schneider. Image : Simon Roca. Montage : Laurent Leveneur. Son : François Boudet. Musique originale : Aliocha Schneider. Interprétation : Laura Bachman, Thomas Daloz, Virginie Efira et Cristián Jimenez. Production : Paraiso Production et Hélicotronc.

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