Extrait

Le pont du vaisseau

Robin Zimmer

2025 - 18 minutes

France - Fiction

Production : Syndrome Films

synopsis

Diane s’est détournée du tumulte parisien. Elle consacre désormais ses jours à traquer le silure sur les quais d’Austerlitz et prépare en silence son évasion, rêvant d’un ailleurs au fil de l’eau.

Robin Zimmer

Robin Zimmer a, au cours de ses années fac, fait un passage à la rédaction des Cahiers du cinéma, avant de travailler sur des tournages en tant que régisseur, assistant décorateur ou assistant réalisateur. En parallèle, il réalise plusieurs courts métrages autoproduits, parmi lesquels Alcools (2023) et Fortune.

Ce dernier, dont il tient aussi l'un des rôles principaux, est sélectionné en compétition à Côté court, à Pantin, en 2024. Tout en entrant en écriture d’un long métrage de fiction, il enchaîne avec un nouveau film court, Le pont du vaisseau, qui est à son tour présenté à Pantin en 2025.

C'est également le cas l'année suivante de Mauvais payeurs, présenté dans la section “Grand angle”. Vanessa Guide et Théo Cholbi, entre autres, en sont les interprètes.

Critique

Le “vaisseau” mentionné dans le titre de ce film de Robin Zimmer est d’abord à entendre au sens de navire, à l’image de ceux qui entourent Diane, protagoniste occupée à pêcher le silure au bord de la Seine. Le terme peut également faire songer à un engin spatial, au regard de la dimension science-fictionnelle qui parcourt le court métrage de manière diffuse, que ce soit à travers les touches ovniesques de vert, l’espèce “mutante” que constitue le silure ou la réalité quasi dystopique dans laquelle baigne Diane. La trajectoire du personnage se situe quelque part entre ces deux acceptions : il s’agira en effet pour la jeune femme de larguer les amarres et d’échapper à un monde devenu inhabitable. Suite à une altercation avec une passante, elle rompt avec un travail aliénant et ne compte pas s’éterniser plus longuement dans cette société capitaliste où, tel le silure, elle s’apparente à une espèce en voie de disparition. Son chapeau anti-moustique dresse une barrière entre elle et un environnement perçu comme menaçant tandis que son maillot de bain apparaît comme le seul vêtement possible par cette chaleur estivale écrasante. Autour d’elle, le paysage est composé d’immeubles de bureaux et le vert de la nature a été remplacé par celui, artificiel, de quelques costumes, accessoires et éléments de décors.

Dans cet univers qui semble sur le point de s’effondrer, Diane apparaît particulièrement à l’écart. Une série de plans l’opposent ainsi, seule dans l’ombre et dans le silence du quai, aux passagers d’un bateau irradiant de musique et de lumière. Plus tard, une séquence construite à la manière d’un roman-photo figure également son isolement en la plaçant au centre du cadre, où elle se distingue comme l’unique élément net parmi des silhouettes floues. Une rencontre vient pourtant l’arracher à sa solitude lorsqu’un jeune Roumain surgit et entame une conversation avec elle. S’ils ne parlent pas la même langue, les personnages ont pourtant l’air de se comprendre. Ils ont en effet en commun, outre un goût pour la pêche, le fait d’être étrangers au monde qui les entoure. Ce bref moment d’échange dessine une première porte de sortie vers un ailleurs, que l’héroïne semble enfin gagner à bord de son vaisseau, le visage éclatant, fouetté par un vent de liberté. 

Chloé Cavillier

Réalisation et scénario : Robin Zimmer. Image : Nicolas Hrycaj. Montage : Robin Zimmer. Son : Louise Lagabbe. Musique originale : Leewan Malaval. Interprétation : Suzanne De Baecque, Thomas Ducasse et Laetitia Spigarelli. Production : Syndrome Films.

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