Extrait
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Le mal bleu

Zoran Boukherma, Anaïs Tellenne

2018 - 16 minutes

France - Fiction

Production : Insolence Productions

synopsis

Marie-Pierre, très sûre d’elle, est pourtant d’une jalousie maladive. Depuis des mois, elle n’arrive plus à satisfaire sexuellement son mari, Jean-Louis. Et bien qu’il semble docile, elle est persuadée qu’il finira par la tromper.

Zoran Boukherma

Zoran Boukherma est né en 1992 à Marmande (Lot-et-Garonne). Il a coréalisé plusieurs courts métrages avec son frère jumeau Ludovic Boukherma, mais aussi Hugo P. Thomas et Marielle Gautier, rencontrés à L'École de la Cité à Saint-Denis.

Ich bin eine Tata est achevé et diffusé en 2014, suivi l'année suivante de Perrault, La Fontaine, mon cul ! Ce dernier reçoit le Prix Adami d'interprétation, remis à l'attention de Daniel Vannet, et le Prix étudiant de la jeunesse au Festival de Clermont-Ferrand en 2015. 

Ensemble, tous trois réalisent leur premier long métrage, Willy 1er, présenté par l'ACID au Festival de Cannes 2016. Après un nouveau court métrage, La naissance du monstre, en 2018, Zoran Boukherma s'engage avec son frère dans la réalisation d'un film de genre, Teddy, qui reçoit le label sélection officielle Cannes 2020 et qui est distribué en salles le 30 juin 2021. 

Le duo frappe à nouveau en 2022 avec L'année du requin, une comédie réunissant Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, avant de se voir confier l'adaptation du roman de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux, récompensé du Prix Goncourt en 2018.

Anaïs Tellenne

Née à Paris en 1987, Anaïs Tellenne est scénariste et réalisatrice. Elle est la fille des animateurs de télévision et humoristes Karl Zéro (de son vrai nom Marc Tellenne) et Daisy d'Errata.

Danseuse et comédienne de formation, elle a commencé sa carrière comme actrice et c’est en travaillant sur différents plateaux qu’elle a développé un vif intérêt pour l’écriture et la réalisation, signant en 2016 un premier court métrage, 19 juin.

Elle rencontre ainsi Raphaël Thiéry, à qui elle confie le rôle principal de son deuxième court métrage, Le mal bleu, coréalisé avec Zoran Boukherma. Le film est diffusé sur Arte et sélectionné en 2018 et 2019 à Clermont-Ferrand, Aix-en-Provence, Aubagne et le FIFIB, à Bordeaux.

Après un nouveau court métrage, Modern Jazz, Anaïs Tellenne développe dans le cadre de la sélection annuelle du Groupe Ouest le scénario de son premier long métrage, L'homme d'argile, qu’elle tourne ensuite en Bourgogne, avec Raphaël Thiéry et Emmanuelle Devos dans les rôles principaux. Le film est distribué dans les salles au début de 2024.

Elle devrait réaliser aux États-Unis un biopic sur la vie de la peintre impressionniste Mary Cassatt, Les indépendants.

Elle a également assuré en 2016 et 2017 la direction artistique de l'éphémère Festival international du film culte de Trouville-sur-Mer, créé par ses parents.

Critique

Marie-Pierre (Sylvie Le Clanche) emballe, sur leur lit, son compagnon Jean-Louis (Raphaël Thiéry) à l’aide de cellophane, tel un énorme morceau de gibier. Ce dernier, saucissonné, soliloque sur sa situation déconcertante, entre frustration et asphyxie. Nous ne sommes pas dans une version délurée d’un film d’horreur fétichiste mais bien dans une romance contrariée. Marie-Pierre serait la prisonnière de sa propre jalousie maladive et alimenterait une relation insidieusement toxique. Dans l’environnement férocement masculiniste de la chasse, c’est elle qui tient les rênes et se refuse à abdiquer toute perte de contrôle, quitte à semer le désarroi dans son entourage.

Co-réalisé par Anaïs Tellenne et Zoran Boukherma, le film alterne le regard sensible de la cinéaste pour des personnages biscornus, que la réalisatrice développe plus longuement avec son premier long métrage L’homme d’argile sorte de relecture poétique de La belle et la bête et la vision précise d’un arrière-plan, de la topographie d’un territoire et de ses délimitations sociales. Les frères Boukherma, originaires du Lot-et-Garonne (près des forêts où se déroule le film), s’évertuent pour leur part à décrire avec une certaine fidélité la situation des habitants issus des régions périphériques et provinciales. En résulte un film attentif aux affects, à son milieu et aux infrastructures. Le mal bleu, terme emprunté à la chasse, tisse un parallèle aventureux entre la vie de couple et le braconnage. De nombreuses séquences se déroulent ainsi dans une palombière, cette hutte camouflée et constituée de tunnels à franchir comme des soubassements sentimentaux que l’on traverse difficilement. De nombreux motifs appartiennent d’ailleurs au champ martial : l’accoutrement militaire qu’arbore la conjointe ou les ordres qu’elle assène. Concubinage et art militaire : même combat…

On pourrait penser au film de 1994 de Claude Chabrol L’enfer, sur les ravages paranoïaques d’une convoitise destructrice, ici dans un environnement non bourgeois, mais rural, entre des allers-retours incessants, des sautes d’humeur et des dérapages irrationnels. La mise en scène profite de ces écarts impulsifs pour marquer quelques envolées fantasmatiques, accompagnée d’une photographie aux teintes bleutées. Ce mal bleu, ça serait également cette évocation des coups que l’on peut prendre, ou du blues accompagnant les jours qui s’amoncèlent.

Plus tard, la femme comprend, devant un miroir, que l’on n’a pas de prise sur le temps qui passe, et devant un corps qui se met à changer irrémédiablement. Même devant un amour aussi friable que de l’argile, celui-ci peut se façonner et se remodeler de bien des façons. Plus aguerri, il faut maintenant retenir qu’aimer, c’est ce qu’il y a plus de beau.

William Le Personnic

Réalisation et scénario : Anaïs Tellenne et Zoran Boukherma. Image : Augustin Barbaroux. Montage : Thomas Fernandez. Son : Rémi Chanaud, Nicolas Dambroise et Damien Lazzerini. Musique originale : Amaury Chabauty. Interprétation : Sylvie Le Clanche et Raphaël Thiéry. Production : Insolence Productions.

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