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Le jour où Ségolène a gagné

Nicolas Pariser

2008 - 14 minutes

France - Fiction

Production : Caïmans Productions

synopsis

6 mai 2007, Alice, militante socialiste, croit encore aux chances de Ségolène Royal et décide de tout faire pour qu’elle gagne. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et Alice risque de passer une journée bien mouvementée.

Nicolas Pariser

Nicolas Pariser est né à Paris en 1974. Après des études de droit, de philosophie et de cinéma, il devient, au début des années 2000, critique de films pour le magazine Sofa, puis travaille quatre ans auprès de Pierre Rissient.

En 2008, il réalise son premier court métrage, Le jour où Ségolène a gagné, qui raconte la journée d’une militante socialiste au moment de l’élection de Nicolas Sarkozy. Il tourne ensuite La République qui obtient le Prix Jean-Vigo du court métrage en 2010. En 2013 suit Agit Pop, film court burlesque axé autour des dernières heures d’un mensuel culturel, sélectionné à la 55e Semaine de la critique, à Cannes, en 2013.

Son premier long métrage Le grand jeu (2015), thriller d’espionnage sur le pouvoir et l’engagement, est sélectionné au Festival de Locarno dans la section “Cinéastes du présent” et reçoit le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film. Alice et le maire, le second long métrage de Nicolas Pariser, est présenté à Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, en 2019. Anaïs Demoustier et Fabrice Luchini en tiennent les rôles principaux.

En 2020, il participe à la réalisation de la saison 1 de la série En thérapie, diffusée sur Arte. 

Son troisième long métrage, Le parfum vert (avec Sandrine Kiberlain et Vincent Lacoste), est présenté à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, en 2022. 

 

Critique

Moins connu que La République, réalisé la même année, ce court métrage de Nicolas Pariser témoigne d’abord de l’intérêt de toujours du cinéaste pour la chose publique (voir aussi le postérieur Alice et le maire, en 2018). L’argument est même direct et précisément ancré dans le temps : nous sommes le dimanche 6 mai 2007, jour du second tour de l’élection présidentielle opposant Nicolas Sarkozy, représentant de l’UMP et futur vainqueur, à Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste. Unité de temps, donc, et de lieu – un quartier de Paris –, mais aussi d’action, autour de la figure d’Alice, militante PS, mère célibataire (selon toute vraisemblance) et qui s’est donnée pour mission de faire voter le plus possible de ses congénères en faveur de sa championne. On se doute bien que son noble dessein se verra vite contrarié et qu’un enchaînement de rebondissements en effet domino menacera jusqu’à son propre accomplissement de ce devoir démocratique “sacré” ! 

Le jour où Ségolène a gagné est d’abord, il faut le dire, un film très drôle, aux situations irrésistibles. Ici, la consternation de prendre conscience que ses propres parents, anciens soixante-huitards, ont voté pour le candidat honni – n’a-t-on pas tous fait cette expérience de proches ou amis l’avouant après coup ? – ; là l’irruption d’un jeune bourgeois à mèche et mocassins conduisant en convoi les mamies du quartier au bureau de vote en leur précisant quel bulletin glisser dans l’urne. À noter aussi l’hilarante apparition, l’une des premières chronologiquement parlant, de Vincent Macaigne dans le court métrage français – c’était deux ans avant Un monde sans femmes — et modelant son personnage de dragueur foireux et volubile – soi-disant belge de nationalité ici ! 

L’humour s’appuie aussi sur des dialogues ciselés – le cœur balance entre le “Moi, les 35 heures, je les fais en une demi-journée” lancé par un chauffeur de taxi et le “Vous savez, madame, on ne vote pas pour lui : on le connaît bien…” d’un policier parlant de son ministre de tutelle à Alice venue chercher au poste son fils ayant fugué pour fuir son papi “fasciste” ! 

Dans les pas gracieux de Sabrina Seyvecou — décidément l’une des comédiennes les plus sous-cotées et sous-utilisées du cinéma français –, cette comédie pétulante joue avec nos tendances à vouloir prendre parfois nos désirs pour des réalités devant une image – voir le visage ébahi d’Alice découvrant à la télé la foule devant le siège du PS à Solférino et remerciant en vivats sa candidate. 

D’ailleurs, aux lendemains d’un autre scrutin présidentiel, quinze ans après, le film apparaît comme un témoignage d’une toute autre époque, révolue et qui semble à des années-lumière, mais à propos de laquelle il n’est finalement pas si inepte de penser que oui, peut-être que si Ségolène avait gagné ce jour-là, les choses eussent pu être différentes ensuite. Ou pas… 

Christophe Chauville 

­Réalisation et scénario : Nicolas Pariser. Image : Sébastien Buchmann. Montage : Guillaume Lauras. Son : Marie-Clotilde Chéry, Esther Frey et Grégoire Bourdeuil. Interprétation : Sabrina Seyvecou, Enzo Collombatto, Anny Romand, Alain Libolt, Vincent Macaigne, Shanti Masud, Olivia Dutron et Abbes Zahmani. Production : Caïmans Productions.

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