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Le feu au lac

Pierre Menahem

2022 - 15 minutes

France - Fiction

Production : Barberousse Films

synopsis

Un hameau de haute montagne, en début d’été. Félix descend de l’alpage où il surveille ses vaches et découvre le corps de sa vieille mère inanimée sur son lit. Sous le choc, il prend la fuite. Il conduit plusieurs kilomètres dans la vallée pour se rendre chez un jeune homme qui vient de le contacter sur une application de rencontres.

Pierre Menahem

Ayant débuté au sein de Celluloïd Dreams dès la fin des années 1990, Pierre Menahem a d'abord et avant tout une solide expérience de producteur depuis le milieu des années 2010, avec à son actif, entre autres, les longs métrages Blind Sun de Joyce A. Nashawati (2015), La fièvre de Maya Da-Rin (2018), Plumes d'Omar El Zohairy (2021), Fièvre méditerranéenne de Maha Haj (2022), Règle 34 de Julia Murat (2022), Tiger Stripes d'Amanda Nell Eu (2023) ou encore Baby de Marcelo Caetano (2024).

Il a aussi une expérience de programmateur, pour le Festival Entrevues de Belfort, et passa à la réalisation avec le court métrage Le feu au lac, produit par Barberousse Films et sélectionné en compétition officielle des courts métrages au Festival de Cannes 2022.

L'association entre réalisateur et société de production a été reconduite sur Robespierre, nouveau film court présenté en 2024 en compétition fiction au Festival Côté court de Pantin.

Critique

Pour son premier court métrage comme réalisateur, le producteur Pierre Menahem filme la montagne. Ce sera la ville, et même la capitale, pour son second opus, Robespierre. Ici, ce sont les pentes verdoyantes des Hautes-Alpes. Des herbes denses, balayées par le soleil et le vent, face aux cimes encore enneigées, au commencement de l’été. Un cadre bucolique à la beauté brute. Idéal pour installer le climat du récit, sans déluge d’oralité, mais où les images et les sons priment. Et les silences. Le protagoniste, Félix, n’est pas un verbeux, mais plutôt un taiseux. Il faut dire que l’aventure l’accompagne dans un moment choc, où les mots manquent, justement. Veille solitaire du troupeau dans l’alpage, découverte du corps inerte de sa mère, échange digital sur appli de rencontre. Le premier mot prononcé n’en est que plus intense. Un banal “Salut”, émis par l’autre, à six minutes et cinq secondes d’un film qui en dure quinze. Autant dire à la moitié, si l’on compte le générique de fin.

Le cinéaste raconte par les actions et les gestes. Une lessive étendue, une bouilloire sur le feu, une marche au milieu des bovins, une sieste dans la verdure, une conduite sur une route, une baise entre inconnus, un regard sur un corps, une baignade dans un lac. La dramaturgie est simple, mais elle produit du sens, capte un monde et raconte un événement soudain, dans une routine en osmose avec les éléments. Le feu au lac a à voir avec le rythme. Prenant le contre-pied du fameux dicton “il n’y a pas le feu au lac”, tout en l’infirmant par la forme affirmative, le métrage soutient que rien ne presse. Un jeu par l’ironie finalement, pour chanter le ralentissement. Le héros emprunte la tangente quand il faudrait réagir sur le champ, pour prendre en charge la dépouille et lancer les démarches du décès. C’est la dérive qu’il préfère. Le temps de ressentir et d’exulter, par le sexe, par la peau, par les sens, quand le bouleversement émotionnel est trop fort.

L’acteur et photographe Hervé Lassïnce prête son aplomb barbu au héros, entre ancrage dans la terre et poésie des hauteurs. Il est le trait d’union entre nature et social, esprit et corps, vie et mort. Aucune vision exotique ou documentariste forcée sur le métier de son personnage. La ruralité n’est pas un sujet, juste un cadre quotidien, que la caméra saisit dans sa vérité de l’instant, la durée d’une histoire, d’un trajet existentiel qui s’écoule, comme l’eau qui ouvre et clôt la narration, du linge qui sèche à la silhouette qui s’immerge. Tout n’est que fluidité, surfant sur les accidents, minimes ou fatal. La douceur du temps qui passe caresse la douleur, pour mieux veiller sur les êtres, avant de les laisser à leur destin. Celui de l’après. De l’après mort de la mère, où il faut trouver comment continuer dans le grand bain de la vie quand on a perdu celle qui l’a donnée. Un beau voyage entre le chaud et le froid.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Pierre Menahem. Image : Aurélien Py. Montage : Marylou Vergez. Son : Valentine Gelin, N'Dembo Ziavoula et Pierre George. Interprétation : Hervé Lassïnce, Pierre Moure et Isabelle Rama. Production : Barberousse Films.

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