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Le féminisme médiéval expliqué aux enfants

Hubert Viel

2015 - 23 minutes

France - Fiction

Production : Chevaldeuxtrois, Artisans du Film

synopsis

C’est l’histoire d’un grand-père qui a décidé de donner une étrange leçon d’histoire à des enfants. Celle d’un Moyen-Âge passé sous silence où l’on trouve plus de joie que prévu et surtout une inattendue puissance des femmes.

Hubert Viel

Hubert Viel est né en 1980 à Caen.

En 2013, il réalise Artémis, cœur dʼartichaut, un film dont la durée dépasse à peine l'heure de projection et qui s'ouvre le chemin d'une sortie en salles. Il réalise ensuite les courts métrages Petit lapin (2014) et Le féminisme médiéval expliqué aux enfants (2015), matrice d'un premier long métrage distribué au début de 2016 : Les filles au Moyen Âge. 

Son deuxième long métrage, Louloute, avec Laure Calamy et Bruno Clairefond, est sorti en août 2021. Le film évoque la dureté du monde agricole dans les années 1980 à travers les péripéties de la vie d'une fillette de 10 ans. 

 

Critique

Derrière ce titre intriguant, où percent à la fois le sérieux du pamphlet et l’ironie de la démesure, se trouve avant tout un film au charme poétique et attachant. Point de tract ou d’outil pédagogique assommant : seulement quelques minutes et des exemples bien choisis qui nous apprennent que, contre tout attente, en ce qui concerne l’égalité hommes-femmes, ce n’était pas forcément pire avant !

La beauté du film repose sur sa légèreté. Tous les rôles (excepté celui du grand-père et conteur, interprété par Michael Lonsdale) sont tenus par 6 enfants (3 filles et 3 garçons : parité respectée !). Ils et elles campent ainsi à tour de rôle des chevaliers ou des gueux, des mères ou des nonnes, Jésus, Clovis, Clotilde ou Mélisandre. Ils et elles illustrent malicieusement ou nonchalamment, à mi-chemin entre la reconstitution historique et les Monty Python, les exemples qu’égrène le grand-père bienveillant.

De tableau en saynètes, bercés par la voix de Lonsdale, on parcourt le Moyen-Âge à rebours de certaines idées reçues, et on se rappelle ou on découvre que les femmes n’étaient pas que des princesses asservie ou des sorcières promises au bûcher... Entre deux leçons de théologie, on se souvient que ce sont les femmes qui ont inventé l’hôpital public et gratuit, qu’elles étaient les piliers de l’enseignement. Ou encore qu’elles étaient, à l’époque de l’amour courtois, une image de la perfection divine aux yeux de leurs chevaliers servants, prêts à obéir à tous leurs ordres pour obtenir leurs faveurs.

Alors, comme les jeunes filles du présent – mises à l’écart (ou blasées?) des jeux vidéos où s’entretuent les chevaliers –, on se demande bien ce que sont devenues celles qui les ont précédées et qui, telle Mélisandre, donnaient des ordres aux garçons ? Et l'on aurait bien questionné plus encore la réponse presque laconique du conteur, qui semble regretter essentiellement la disparition du poétique et du chevaleresque...

Malgré une absence radicale de mise en perspective, et une fin un peu abrupte – mais le grand-père conteur le reconnaît et s’en excuse ! –, on sort du film le cœur léger et avec le vague espoir que l’époque sombre, la nôtre, puisse changer elle aussi plus vite qu’on ne pourrait l’imaginer !

Marie-Anne Campos

Réalisation et scénario : Hubert Viel. Image : Alice Desplats. Montage : Léo Richard. Son : Rodolphe Begard, François Piednoir et Rémi Carreau. Musique originale : Frédéric Alvarez et Hubert Viel. Interprétation : Noé Savoyat, Michael Lonsdale, Chann Aglat, Léana Doucet, Malonn Lévana et Camille Loubens. Production : Chevaldeuxtrois et Artisans du Film.

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