Extrait

Le cormoran

Lubna Playoust

2021 - 23 minutes

France - Fiction

Production : Apaches Films, MK2 Films

synopsis

Françoise et Paul, une mère et son fils, sont retirés dans leur maison sur une île isolée. Le Cormoran entremêle deux périodes de leur vie, jeunesse et âge mûr, où se tissent les fils parfois fragiles et tendus mais indestructibles de leur relation.

Lubna Playoust

Née en Italie en 1982, Lubna Playoust a grandi en France. Après des études de cinéma à l'étranger, elle signe un premier court métrage réunissant Jean-Pierre Marielle et son épouse Agathe Natanson : Valse à trois. Le film fait aprtie de la sélection de Paris Courts Devant en 2015.

Collaborant avec Radio France et MK2, notamment via la plateforme du média Trois couleurs, elle signe un nouveau film court, Le cormoran, en 2021. Celui-ci – qu'elle interprète aux côtés de Mireille Perrier, Robinson Stévenin et Anatole Karmitz (son propre fils) – est projeté en compétition au Festival de Clermont-Ferrand, puis à Côté court à Pantin. 

En 2023, Lubna Playoust signe un long métrage documentaire, Chambre 999, qui fait référence au film de 1982 de Wim Wenders Chambre 666 et dans lequel elle interroge à son tour des cinéastes contemporains sur leur art et leur pratique.

Elle a été également actrice à l'occasion, comme dans Simple comme Sylvain de Monia Chokri en 2021.

 

Critique

Le cormoran a beau appartenir à la catégorie des oiseaux de mer, il n’en a pas exactement les caractéristiques. À l’inverse du plumage étanche de ses congénères, celui du cormoran est perméable et il faut à l’oiseau attendre quelques minutes au soleil, accroché à son rocher, pour sécher sa robe. La famille en jeu dans Le cormoran, court métrage de l’actrice et cinéaste Lubna Playoust, est elle aussi atypique, coupée de l’un de ses membres – le père est absent – et cramponnée à son île ; une vaste maison familiale plantée au bord de la mer.

À deux époques différentes et éloignées, Françoise (Lubna Playoust elle-même, puis Mireille Perrier) et Paul (Anatole Karmitz, puis Robinson Stevenin) se rendent dans la demeure le temps d’un séjour à deux. C’est sûrement l’automne ; les couleurs sont assombries, le vert de la nature est profond et humide. Le petit garçon joue dehors, se cache à travers les herbes hautes quand sa mère traîne derrière elle le chagrin d’une récente rupture. Dans un autre temps, dans une autre vie, Françoise et Paul se parlent sans trop se dire, évoquent la vente prochaine de la maison, se remémorent le passé. 

Les époques vont et viennent dans Le cormoran. Le décor reste le même, la lumière aussi mais les acteurs et les actrices changent de visages. Le montage délimite ces deux espace-temps ; l’alternance des points de vue révèle tour à tour ce que voient les enfants et qu’ignorent les adultes, et ce que vivent les adultes sans que les enfants puissent le comprendre. Aussi, il arrive dans le film que le présent et le passé cohabitent : un simple mouvement de panoramique permet de les raccorder et la silhouette du petit Paul finit par se confondre avec celle de son enveloppe d’adulte. Du mystère, de l’étrangeté circulent dans Le cormoran et ce temps qui passe, si vite, d’un plan à un autre.

Sans appuyer sur tout ce qui, en hors champs, l’habite et l’obsède, le film de Lubna Playoust, crépusculaire et mélancolique, choisit de s’accrocher à la matérialité de son paysage, à la lumière magique de son cadre (Marine Atlan est à la photo), au vent, à la vision de deux mains enlacées, aux vestiges quasi mythologiques des souvenirs et au registre du conte comme soutien d’une étrangeté poétique. La nature compose ici un décor faussement idyllique et calme ; quelque chose gronde et l’imminence d’un danger hante le film de bout en bout. Est-ce la peur de l’abandon ou bien la volonté de disparaître ? L’île dans Le cormoran, c’est aussi la famille, cocon insulaire protecteur ou noyau asphyxiant dont les liens s’érodent parfois, se fortifient aussi comme la roche d’une falaise travaillée par les années.

Marilou Duponchel  

Réalisation et scénario : Lubna Playoust. Image : Marine Atlan. Montage : Gabriel Gonzalez et Nicolás Longinotti. Son : Lucas Doméjean. Interprétation : Anatole Karmitz, Mireille Perrier, Lubna Playoust et Robinson Stévenin. Production : Apaches Films et MK2 Film.

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