Extrait
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Le chant d’Ahmed

Foued Mansour

2018 - 30 minutes

Fiction

Production : Offshore

synopsis

Ahmed, employé des bains-douches proche de la retraite, voit un jour débarquer Mike, adolescent à la dérive. Entre ces murs, dans un lieu sur le point de disparaître, une étrange relation va naître entre ces deux âmes fêlées.

Foued Mansour

Né à Paris en 1974 de parents d’origine tunisienne, Foued Mansour développe très jeune un goût pour la lecture et pour le cinéma, écrivant déjà de courtes histoires. Après avoir commencé des études supérieures en histoire-géographie, il se tourne vers la réalisation et signe en 2009 un premier court métrage, La raison de l’autre, qui met en scène une travailleuse sociale confrontée à la situation précaire d’un Rmiste. Le film remporte de nombreux prix, dont celui de la meilleure comédienne pour Chloé Berthier au Festival de Clermont-Ferrand 2009, et achève son beau parcours par une nomination aux César 2010 dans la catégorie meilleur court métrage.

Foued Mansour enchaîne coup sur coup deux autres courts métrages : Un homme debout (2011), qui suit un homme de retour dans sa ville natale après plusieurs années d’absence, et La dernière caravane (2012), un western social filmé en noir et blanc.

Un projet de premier long métrage n’aboutissant pas immédiatement, il développe et mène à bien en 2018 un nouveau court métrage, Le chant d’Ahmed. Le succès du film est considérable, à travers une kyrielle de prix dans les festivals (Brive, Alès, Cracovie, Palm Springs…) et une nouvelle nomination, en 2020, au César du meilleur film de court métrage.

Critique

Ahmed mène une vie ordonnée, répétitive, qui ne déroge jamais aux règles qui lui sont imposées. Au travail comme au foyer de migrants qui l’accueille, il exécute ses gestes en silence, muré dans sa solitude. Aux bains publics, Ahmed est celui qui adoucit le sentiment de honte, celui qui permet de retrouver sa dignité. Ses échanges sont teintés de bienveillance et de pudeur. Revêtu des mêmes couleurs ternes que celles des douches, il se fond dans le décor. Pour le réalisateur, Foued Mansour, ces lieux rappellent son enfance, il évoque la difficulté de devoir s’y présenter mais aussi la prise de conscience d’une diversité sociale rassemblée dans un même but.

Au milieu de cette austérité surgit Mike, un adolescent agité, libre de toute responsabilité, qui bouscule la vie organisée d’Ahmed. Le court métrage qui se présentait presque comme un documentaire devient alors une fiction. D’abord hostile, la relation entre les deux hommes se transforme rapidement, le vieil homme acceptant de s’ouvrir aux écarts du garçon, qui lui redonne le goût des plaisirs simples. Naturellement, Ahmed se comporte comme un père avec Mike, autant dans ses interdictions que dans ses encouragements. Pendant quelque temps, chacun apprend de l’autre en échangeant ses peines, ses espoirs, oscillant entre les non-dits et les aveux blessés. Pour différencier ces extrêmes, Foued Mansour illustre les mots retenus en présentant Mike et Ahmed en champ/contre-champ, en opposition à une conversation qui les réunit dans un même plan lorsqu’ils se livrent intimement l’un à l’autre. Ces échanges nous révèlent la situation d’Ahmed : loin de sa famille, il est venu en France pour subvenir aux besoins de celle-ci mais, avec le temps, les liens, les appels ont cessé. Depuis, il s’est habitué au silence.

Le réalisateur rend hommage aux immigrés de première génération qui ont quitté leur pays pour améliorer la condition de leur famille au détriment de la leur. À travers Ahmed, c’est la noblesse, l’humilité de ces travailleurs que l’on perçoit, l’idée d’un sacrifice absolu partagé par beaucoup de vies discrètes.

C’est avec le départ de Mike qu’Ahmed reprend sa vie en main. De nouveau seul, il contacte sa famille et change le cours des choses. Il renoue avec ses racines.

L’insouciance du jeune homme a fini par l’atteindre, lui donner l’occasion de ne pas rester ancré dans la fatalité. Désormais, Ahmed s’autorise des plaisirs, des fenêtres à ouvrir pour respirer un peu, juste avant de retrouver son rôle, son rang, les jours qui se ressemblent.

Aliénor Lecomte

Réalisation et scénario : Foued Mansour. Image : Pascale Marin. Montage : Yannis Polinacci. Son : Stéphane Blaise, Renaud Bajeux et Niels Barletta. Musique originale : Abdelkader Chaou. Interprétation : Mohammed Sadi, Bilel Chegrani, Modeste Maurice, Laurent Maurel et Debora Stana. Production : Offshore.

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