Extrait

Langue maternelle

Mariame N’Diaye

2023 - 24 minutes

France - Fiction

Production : Golgota Productions

synopsis

Dans les années 1980, Sira, jeune femme malienne, mène en France une existence paisible entre son mari Malick et sa fille Abi. Son quotidien se vit en soninké, la seule langue qu’elle connaisse. Mais Abi parlant mal français, l’école propose de l’orienter vers une classe d’adaptation et invite les parents à privilégier l’usage du français à la maison. Sira s’y oppose.

Mariame N’Diaye

Critique

Avec Langue maternelle, Mariame N’Diaye rend hommage à ses père et mère, à qui elle dédie son film dans le carton inaugural du générique de fin, composé d’une photo et d’une dédicace sobre : “À mes parents Sira et Habib”. Une fiction qui salue la mémoire familiale et intime, qui a forgé la petite Mariame devenue grande, actrice, autrice et réalisatrice. Ce galop d’essai dans la mise en scène de cinéma s’appuie donc sur les souvenirs et sur le réel, pour témoigner d’une expérience de vie. Celle d’un jeune foyer malien (Sira la mère, Malick le père, Abi leur fille de six ans) dans la France du début des années 1980, alors que François Mitterrand s’apprête à remporter l’élection présidentielle du printemps 1981, et que souffle avec lui la promesse de naturalisation française. Malick arbore d’ailleurs une broche à l’effigie du parti socialiste, avec le fameux emblème du poing tenant une rose.

Mais la réalisatrice raconte justement avec ce film que tout n’est pas rose pour la maman. Moins familière de la langue de Molière malgré leurs trois années de présence en France, Sira (prénom, donc, de sa véritable mère) est viscéralement attachée au soninké, l’une des langues officielles au Mali, qui reste le langage commun du trio. Mariame N’Diaye saisit bien comment l’enjeu linguistique symbolise l’exil. L’incompréhension, les larmes, la colère, la rébellion, l’acceptation. Le chemin est long et difficile, à coups de gros plans sur le visage de Sira et de musique jouant des sentiments, pour mieux signifier le tiraillement et la souffrance. Si le didactisme mène la barque, l’écriture s’autorise aussi des moments où le silence traduit beaucoup. En témoigne le paroxysme de la scène du coup de fil au pays, où Sira n’arrive à décrocher aucun mot à son interlocutrice et ne peut lâcher qu’un filet de larmes.

À travers ce récit personnel, cadré en plans fixes au statisme enfermant, comme en cadres serrés parfois en caméra portée au plus près de la peau, la cinéaste joue l’efficacité formelle pour raconter simplement une aventure universelle. Celle de tant d’êtres humains déplacés, et dont l’adéquation au lieu choisi s’accompagne d’une remise en question profonde. De l’harmonie au conflit, puis à la voie vers la libération, Langue maternelle célèbre la génitrice et toutes les génitrices. Qui définissent donc au féminin nos langues originelles – maternelles -, quand tant de mots sont conjugués au masculin du patriarcat. La langue nous relie ainsi toutes et tous à nos mères. Belle déclaration d’amour de Mariame à Sira, qu’elle incarne elle-même, pour mieux transcender ce récit de transmission et de lien immarcescible. Qu’elle transmet à son tour avec ce court métrage, tout comme avec ses activités de formatrice en langues. Pour que la parole et l’humanité circulent, encore et toujours.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Mariame N'Diaye. Image : Franck Onouviet. Montage : Cécile Lapergue. Son : Mat Chanon et Delphine Gaud. Musique originale : Niki Demiller. Interprétation : Mariame N’Diaye, Olivier Rabourdin, Djibril Sangaré, Amina Soumbounou et Margot Viala. Production : Golgota Productions.

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