Extrait
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La douceur du village

François Reichenbach

1963 - 49 minutes

Documentaire

Production : Les Films de la Pléiade

synopsis

François Reichenbach étudie à Loué, petite ville à quelques kilomètres du Mans, le comportement des différents groupes sociaux qui la composent à travers l’activité de son instituteur. Il nous fait partager la vie du jeune écolier de campagne avec lequel nous découvrons les charmes et les vertus d’un village de France dans les années 1960. Un éloge de la vie à la campagne racontée avec beaucoup de simplicité et de poésie.

François Reichenbach

Né à Paris en 1921 au sein d'une famille d’industriels et de collectionneurs, François Reichenbach grandit autour d’œuvres de grands maîtres tels que Chagall ou Braque, avant de devenir, pour un temps, commissionnaire de tableaux aux États-Unis.

C’est au début des années 1950 qu’il commence à réaliser des documentaires, filmant souvent de manière spontanée, sa caméra toujours proche de lui. Il disait regarder à travers elle les deux yeux grand ouverts, pour garder un lien vivant entre le réel filmé et lui-même.

Il réalise des films comme L’Amérique insolite en 1960, pour lequel Chris Marker a collaboré au scénario, La douceur du village en 1964 (Grand prix du court métrage à Cannes) ou encore Un cœur gros comme ça, dédié à un boxeur sénégalais (Prix Louis-Delluc en 1962), ainsi que de nombreux autres portraits de célébrités telles qu’Orson Welles, Barbara, Pelé, Johnny Hallyday ou encore Arthur Rubinstein, pour un film qui lui permet d'obtenir l’Oscar du meilleur documentaire en 1970. 

François Reichenbach est décédé le 2 février 1993 à Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 71 ans.

 

Critique

Portraitiste des villes et de nombreuses célébrités, cinéaste globe-trotter, François Reichenbach dit avoir découvert le bourg de Loué, dans la Sarthe, lors d’une courte étape, alors qu’il voyageait sur les routes de France. C’est dans un drôle de paradoxe – conscient, participant à la drôlerie et au charme du film – qu’il rend compte du lieu, un mélange de franche familiarité et de proche étrangeté. La voix off lance le film ainsi : “Apprenez donc, spectateurs, par la voix d’un honnête homme, comment on devient Français en quelques leçons.” La douceur du village suit ce programme, avec seize leçons chapitrant et rythmant l’ensemble, comme autant de rites et de rituels, de mythologies français : du système métrique à l’orthographe, du progrès à la morale, en passant par les leçons sur le mariage, la mort, la guerre, etc. François Reichenbach s’agence donc à cet “honnête homme”, en la personne d’un instituteur expérimenté conservant l’atavisme de ses origines paysannes à travers un accent traînant, roulant les “r”. Il déploie son savoir et son autorité débonnaires à une assistance de gosses généreuse en bonnes trognes, rappelant celles des Quatre cents coups et de L’argent de poche de François Truffaut, ou encore de Rentrée des classes de Jacques Rozier.

La classe est comme le centre de gravité d’un film dont la caméra déambule par ailleurs dans la localité, explorant la communauté. Avec ce film récipiendaire de la Palme d’or 1964 du court métrage, on peut goûter tout le charme du cinéma de François Reichenbach, son regard poétique, empathique et sensible. La caméra semble presque magiquement reliée à lui, c’est une instance vive, organique, mobile, qui panote, se redispose parfois au cours d’un même plan. Le montage ne masque pas toujours ces déambulations d’un regard qui aime débusquer le détail insolite, souriant. L’impression de voir se mouvoir un monde suranné est aujourd’hui très prégnante, mais il est évident que François Reichenbach, qui vient alors de filmer la jeunesse urbaine possédée par de nouvelles idoles (À la mémoire du rock, 1963), saisit très consciemment ici, dans la France des années 1960, un monde en train de disparaître. Ce fut une attitude commune dans l’après-guerre (comme Farrebique de Georges Rouquier, dès 1947), constituant par ailleurs une antienne toujours valable pour le cinéma documentaire – par exemple la série de films de Raymond Depardon sur le monde paysan, entamée au tournant des XXe et XXIe siècles.

La seizième et dernière leçon s’intitule “Du solfège”. Elle permet de revenir à la toute première séquence où l’orchestre local – sous la direction de l’inévitable instituteur – se mettait non sans mal en branle. Il y a là quelque chose du goût personnel de François Reichenbach pour la musique, qu’il a étudiée au Conservatoire de Genève durant la Seconde Guerre mondiale, et qu’il a très souvent filmée. Mais on peut considérer que cette assemblée désaccordée, jouant faux, donne à voir une belle et émouvante métaphore de ce qu’est une communauté humaine en recherche d’une harmonie.

Arnaud Hée

Réalisation : François Reichenbach. Image : François Reichenbach et Jean-Marc Ripert. Montage : Jane Dobby, Jacqueline Lecompte et Huguette Mesnier. Son : Jean-Jacques Campignon. Musique originale : Michel Legrand. Production : Les Films de la Pléiade.

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