Extrait
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L’escalier

Frédéric Mermoud

2002 - 21 minutes

Fiction

Production : Tabo Tabo films

synopsis

Rachel, quinze ans, est amoureuse d’Hervé, un jeune lycéen. C’est dans l’escalier de son immeuble qu’ils se retrouvent, s’embrassent et se découvrent. Une nuit Hervé lui propose de faire une fugue en Normandie...

Frédéric Mermoud

Né en 1969 à Sion, dans le canton suisse du Valais, Frédéric Mermoud décroche une Licence de lettres et un DES en philosophie du langage à l’Université de Genève. Il entreprend ensuite une formation de réalisateur au département cinéma de l’École cantonale d’art de Lausanne, le Davi, dont il sort diplômé en 1999.

Durant cette période, il réalise deux courts métrages remarqués : Son jour à elle et Les électrons libres, primé au Festival de Locarno en 1999 et sélectionné dans une vingtaine de festivals. Il renoue en 2003 avec le format court en signant L’escalier, Prix du cinéma suisse 2004, primé à 18 reprises et présenté dans une quarantaine de festivals.

La même année, il réalise son premier téléfilm, Bonhomme de chemin, récompensé du Prix du meilleur téléfilm suisse au Festival Cinéma Tout Écran de Genève en 2004.

En 2006, Rachel est présenté sur la Piazza Grande à Locarno et dans une vingtaine de festivals, parmi lesquels Clermont-Ferrand et Brest. Ce court métrage pour lequel il retrouve sa jeune interprète Nina Meurisse est nommé aux César 2008. En 2007, il réalise Le créneau, court métrage écrit dans le cadre de la collection “Écrire pour…” de Canal+ et interprété par Emmanuelle Devos et Hippolyte Girardot. Le film est sélectionné à Clermont-Ferrand et par la Semaine de la critique, à Cannes, en 2007, avant d'être nommé au Prix du cinéma suisse 2008.

En 2009, Frédéric Mermoud fonde la société de production Bande à Part avec Ursula Meier, Lionel Baier et Jean-Stéphane Bron. Son premier long métrage de fiction, Complices, reçoit le Quartz 2010 du meilleur scénario. En 2016, il réalise Moka, avec Emmanuelle Devos et Nathalie Baye.

Il aura signé également de nombreux épisodes de séries télévisées, comme Les revenants (2012), Engrenages (2017) ou Ondes de choc (2018).

Critique

L’éveil d’un(e) adolescent(e) au désir et son ouverture à la sexualité nourrissent une nébuleuse thématique devenue au fil des années l’une des veines d’inspiration les plus visitées du court métrage français. En témoignent, réussites plus ou moins convaincantes, Grandir de Virginie Wagon (1995), La puce d’Emmanuelle Bercot (1998), Adolescents de Valérie Minetto (1999), D’amour et d’eau fraîche de Sophie Laloy (1999), etc. Perpétuant la “tradition”, un cinéaste – au masculin, cette fois – en livre une variation nouvelle, avec une personnalité propre qu’il convient légitimement de lui reconnaître. Récompensé au printemps dernier par le Grand prix du jury du festival Côté court de Pantin, le réalisateur suisse Frédéric Mermoud témoigne avec L’escalier d’une sensibilité de regard qui tient sans défaillance la ligne de la pudeur et d’une jolie maîtrise dans la mise en scène (jusque dans sa signification, bienvenue, de modération). La réalisation apparaît même classique, menée par une fugue au piano et tirant des cadres volontiers picturaux, la caméra semblant se contenter de suivre les mouvements – à la fois quotidiens et mentaux – de la jeune Rachel (Nina Meurisse, vue dans Saint-Cyr de Patricia Mazuy et surtout dans un téléfilm récemment réalisé pour Arte par Ursula Meier : Des épaules solides). Si le projet entend simplement saisir avec justesse les troubles de la puberté, en premier lieu ce nouveau et complexe désir qu’éprouve Rachel à l’endroit d’Hervé, son petit ami romantique et féru de littérature, l’objectif est aisément atteint. Les simples regards et sourires, les mots retenus ou les déclarations absolues lâchées dans une parenthèse de pénombre allouée par une minuterie, n’éludent pas l’inquiétude sourde inhérente à la représentation du “grand saut” présumé de la première fois, un pas déjà franchi par Jessica, la meilleure copine de Rachel, moins scrupuleuse, moins rêveuse aussi.

Mais – et c’est tout son prix –, ce film pousse plus loin l’exploration, ce que promet évidemment le lieu unique, hautement symbolique, dans lequel évolue depuis toujours Rachel, fille de gardienne d’immeuble. L’escalier, lieu métaphorique du rapport amoureux, où tout va et vient acquiert sans détour une connotation sexuelle. Rachel et ceux qu’elle croise – Hervé, Jess ou mademoiselle Müller, son affable voisine – sont intégralement vus à l’intérieur de cet espace de transit, le réalisateur ne montrant les appartements et leur vie quotidienne – et consciente ? – que par l’encablure d’une porte. C’est à l’intérieur de cet espace clos que l’enjeu sentimental et physique du personnage – vivre la plus belle des histoires d’amour et par conséquent offrir sa virginité en un acte sacré – s’échafaude dans une pensée qui entretient sa part d’abstraction. C’est aussi là que l’histoire de Rachel se reconstruit après s’être écrasée contre la vitre opaque de la réalité. Et le réalisateur touche ainsi à une dimension de l’âge des possibles à laquelle le cinéma accède moins aisément : sa capacité à sublimer le réel (quitte à mentir à sa meilleure amie ou à trouver une figure maternelle de substitution) et à le plier à sa subjectivité en toute connaissance de cause. C’est presque une profession de foi artistique…

Christophe Chauville

Article paru dans Bref n°58, 2003.

Réalisation et scénario : Frédéric Mermoud. Image : Thomas Hardmeier. Montage : Sarah Anderson. Son : Julien Sicart et Bruno Reiland. Interprétation : Nina Meurisse, Clément Vanderbergh, Stéphanie Sokolinski et Camille Japy. Production : Tabo Tabo films.

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