Jason et les Royaumes
Bertille Zenobie
2024 - 27 minutes
Belgique - Fiction
Production : Roue libre
synopsis
Après avoir tenté de se tuer à moto, Jason, 30 ans, passe l’été chez sa grand-mère Aimée, 93 ans. Chaque semaine, un taxi vient le chercher pour l’emmener à l’hôpital, faire ses séances de kiné. C’est toujours la même conductrice : Agatha, 40 ans. Pour éviter d’évoquer les vraies raisons de son accident à Agatha, Jason se met à s’inventer une vie liée à la route qu’il emprunte et qui le remet en mouvement. A chaque voyage, le récit reprend, de plus en plus romanesque. Et à Jason de s’inventer, d’y croire, comme seule échappatoire à sa réalité.
biographie
Bertille Zenobie
Née en 1993 à Clermont-Ferrand, Bertille Zenobie a gagné la Belgique en 2015 pour intégrer l’IAD, à Louvain-la-Neuve, en réalisation cinéma.
Chienne (2020), son film de fin d’études, a été sélectionné dans de nombreux festivals à travers le monde (Bruxelles, Contis, Helsinki, Lille, Rennes, Tampere, Tel Aviv…). Elle a ensuite réalisé Jason et les Royaumes, produit par Roue libre et qui été sélectionné, en France, à Clermont-Ferrand et Côté court, à Pantin.
En parallèle de ses projets de films, elle travaille en tant que coach enfants sur les plateaux de tournage, crédité alors comme “Bertille Estramon”.
Critique
Réalisatrice née à Clermont-Ferrand, Bertille Zénobie s’est faite connaître par Chienne, film de fin d’études endiablé (de l’Institut des arts de diffusion), autour du parcours d’une lycéenne à un moment où toutes les mauvaises trajectoires se rejoignent.
Fiction produite et soutenue en 2024 par des fonds belges, tournée dans le sud de la France et sélectionnée dans de nombreux festivals (Clermont-Ferrand, Côté court à Pantin, Le court en dit long à Paris), Jason et les Royaumes met en scène l’acteur-réalisateur Thomas Xhignesse dans un rôle principal au prénom mythique : Jason.
Après avoir tenté de se tuer à moto, ce trentenaire passe l’été chez sa grand-mère Aimée, âgée de 93 ans. Chaque semaine, un taxi l’emmène à l’hôpital. La même conductrice, Agatha, la quarantaine, l’accompagne. À la question “Que vous est-il arrivé ?”, Jason cache la raison de son accident et se met à inventer des histoires : certaines liées à la route qu’il emprunte, d’autres vraisemblablement à son quotidien avec sa grand-mère.
Les Royaumes du titre, ce sont donc ces lieux de l’imaginaire, créés de toutes pièces dans l’espace de la voiture, lieu de transit, transitoire et flottant, fermé et ouvert, dont le théâtre miniature ne cesse de faire penser notamment à Drive My Car de Ryûsuke Hamaguchi (2021).
Jason et les Royaumes alterne ces séquences de cinéma de la parole à d’autres du quotidien, d’une intimité touchante, entre le jeune homme et sa grand-mère, aux portes de la mort (le film se termine avec un cimetière en arrière-plan). On retient notamment ce moment où Jason touche les mains d’Aimée pour s’apercevoir qu’elle a les mains plus chaudes que les siennes. Peut-être est-elle plus en vie que lui…
Dans la voiture, Bertille Zénobie met en scène un espace où le récit oral, plus important que l’événement lui-même, construit un hors-champ imaginaire. On pourrait s’arrêter sur les histoires racontées : toutes s’alimentent à la manière d’un cadavre exquis, ont l’air d’un conte ou d’une légende et ont en commun d’évoquer la mort : histoire d’un contremaître qui disparait ; d’un roi tout le temps triste, qui a perdu son fils et son petit-fils ; d’un homme qui meurt et renaît en chien. Film qui ne cesse de parler de mort, ce court métrage est un film qui articule des questions très vivantes.
Comme un récit parasite une séquence récurrente s’insère dans le fil du film : elle montre Jason courir nu arpenter des rochers la nuit. Entre rêve et cauchemar, cette séquence revient comme un inconscient du film, situant le parcours de Jason entre la mort et la vie, la quête ou la fuite ; dans une espèce d’intervalle, entre le jour et la nuit.
Avec Jason et les Royaumes, Bertille Zénobie livre un conte moderne. L’absence d’images pour illustrer les récits laisse un espace vacant, vital pour Jason. Ce vide devient alors, pour le spectateur, un espace de cinéma d’une grande puissance.
Les histoires racontées ne valent pas pour leur contenu, mais pour le geste même de raconter, qui permet au personnage de se fabriquer une place dans le monde. La fiction devient la condition même de la survie. Se raconter permet d’investir le monde autrement. Jason est ce personnage de voyant qui fabule. Et la conductrice, Agatha, est bien nommée elle aussi (du grec : “la bonne personne”). Elle est celle qui accompagne et guide, pour acter le déplacement. Elle propose ainsi, à la fin, de prendre une autre route.
Donald James
Réalisation et scénario : Bertille Zenobie. Image : Édouard Outters. Montage : Romain Waterlot. Son : Lise Bouchez, Timothée Montani et Virgile Jans. Musique originale : Theo Rota. Interprétation : Thomas Xhignesse, Aimée Solignac et Maria Casado. Production : Roue libre.


