Extrait
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Inès

Élodie Dermange

2019 - 4 minutes

France - Animation

Production : La Poudrière

synopsis

Inès est face à un choix difficile. Elle réfléchit une dernière fois à la décision qu’elle va prendre.

Élodie Dermange

Née en 1992 à Genève, Élodie Dermange est réalisatrice de films d’animation. Elle obtient un diplôme en arts appliqués en illustration et bande dessinée en 2012 à Genève et réalise en 2017 son premier court métrage d’animation : Intimity.

En 2019, elle termine sa formation à l'école de la Poudrière, où elle réalise Inès, son film de fin d'études, après Linette la même année. 

Élodie Dermange termine en 2022 Armat, un documentaire d’animation dans lequel elle enquête sur les origines arméniennes de sa famille.

Critique

En 2019, Élodie Dermange terminait son cursus à la Poudrière, où elle réalisait son film de fin d’études et premier film d’animation, Inès. S’inspirant de son expérience personnelle, elle dépeint dans ce (très) court métrage le cheminement d’une jeune femme qui se confronte non seulement au bouleversement de la grossesse, mais aussi à la considération d’un avortement. Dans un dialogue intérieur tumultueux, la protagoniste cherche une réponse claire ; et bien qu’en proie au doute, elle est déterminée à prendre une décision sans équivoque, assumée face au reste du monde.

Cette hésitation indicible l’amène à plonger plus profondément parmi les torrents émotionnels qui la traversent. Ce tressaillement est si puissant qu’il lui faut le verbaliser pour elle-même : Je veux ?/Je ne veux pas ?”, se questionne-t-elle en faisant les cent pas. À l’encre, animé directement sur papier, un tourbillon d’images mentales, impulsives et intrusives, témoigne de son état psychique. Dans une vision hallucinée – et cauchemardesque –, son monde se décompose, les objets que l’entourent lui sont retirés, seul son ventre rond ne cesse de grossir. Les traits expressifs de la réalisatrice permettent ainsi l’émergence d’une parole poétique libérée des enjeux de la communication. L’écriture se loge dans le détail, rend expressif les lieux et les objets dont les métaphores nourrissent une autre manière de raconter.

Une ambiance sonore méticuleusement travaillée accompagne ces occurrences inconscientes et surgissantes. Le monde végétal et silencieux dont elle s’occupe offre un contraste singulier avec la possibilité qu’offrirait la venue d’un enfant dans cet univers paisible. Tout comme la représentation du modèle de la maman parfaite, reproduit à l’infini, exprime avec justesse l’oscillation d’Inès entre l’envie de garder sa singularité ou bien de devenir à son tour une jeune maman stéréotypée.

Parmi les nombreuses façons de partager un sentiment, une histoire ou un point de vue, Élodie Dermange fait le choix d’un récit nuancé qui ne s’en tient pas à la limite imposée par la binarité du choix. Ingénieusement scénarisé et visuellement inventif, la réalisatrice délivre en quatre minutes un objet plastique sophistiqué. Par une parfaite maîtrise du rythme et de la narration, le film véhicule un message fort qui ne fait que rappeler sa pertinence aujourd’hui, dans une époque où le droit à l’avortement se voit dangereusement remis en question. Il semble juste de parler ici d’un regard féministe, dont la poésie rend possible la connivence entre femmes et propose une manière de se libérer, à la manière du papillon de nuit.

Léa Drevon

­Réalisation, scénario et animation : Élodie Dermange. Montage : Catherine Aladenise. Son : Loïc Burkhardt. Interprétation : Judith Rutkowski et Anne-Sophie Rey. Musique originale : Fabrice Faltraue. Production : La Poudrière.

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