Extrait
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Icare

Michel Ocelot

1989 - 13 minutes

France - Animation

Production : La Fabrique Production

synopsis

C’est bien l’histoire d’Icare, fils de Dédale, enfermé dans le labyrinthe, avec une variation.

Michel Ocelot

Michel Ocelot est né en 1943 à Villefranche-sur-mer, près de Nice, mais passe son enfance en Guinée. Cette expérience de l’Afrique se reflètera dans la connotation féérique de certaines de ses œuvres. Autodidacte du cinéma d’animation, il y consacre toute sa carrière, après des études d’Arts en France et aux États-Unis.

Son premier projet officiel est la série Gédéon, en 60 épisodes de 5 minutes, (1976), qui ne sera toutefois pas le garant de son succès. C’est son premier court métrage d’auteur, en papiers découpés, Les 3 inventeurs (1979) qui lui permet de se faire remarquer, remportant le premier prix à Animafest à Zagreb, alors en Yougoslavie. Par la suite La légende du pauvre bossu (1982), quoique sans animation, ni couleur, ni dialogue, lui vaut un César, tandis que Les 4 vœux (1987), dessin animé sur papier calque, est sélectionné en compétition officielle à Cannes, dans la catégorie des courts métrages.

En 1989, Michel Ocelot réalise une série de 8 épisodes intitulée “Ciné si” (dont fait partie le court métrage Icare) dans laquelle, par manque de moyens, il utilise une technique peu onéreuse, mais envoûtante, celle de la silhouette. Héritière du théâtre d’ombres, elle offre un cadre esthétique adapté à l’expression de son univers fait de contes et de légendes. Il réutilise cette technique dans 3 courts métrages finalisés en 1992 : La belle fille et le sorcier, Bergère qui danse et Le prince des joyaux.

Ses films courts en font un habitué du circuit des festivals, mais c’est avec de longs métrages à succès qu’il conquiert le grand public. Kirikou et la sorcière, qui s’appuie sur des techniques de dessin animé traditionnel, est l’œuvre qui l’émancipe de la télévision et impacte radicalement la carrière du réalisateur, changeant même le paysage global de l’animation en France. Le film remporte notamment le Grand prix au festival d’Annecy en 1999.

On découvre plus tard, en images de synthèse, Azur et Asmar (2007), autre grand succès, sélectionné pour sa part à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

À l’automne 2018, Michel Ocelot fait son retour au grand écran avec Dilili à Paris, qui aborde le motif de la maltraitance faite aux femmes à travers les couleurs de capitale à la Belle-Époque. 

Il revient ensuite, en 3 contes réunis – pour 3 époques et autant d'univers différents – au format court, à travers Le pharaon, le sauvage et la princesse, qui est distribué dans les salles en octobre 2022. 

Critique

Icare est un épisode de “Ciné si”, une série télévisée d’animation (8 fois 12 minutes) réalisée par Michel Ocelot, produite par la Fabrique (société créée par Jean-François Laguionie) et diffusée en 1989 par Canal+. Cette série, qui s’appuie sur la technique des silhouettes découpées (à la manière des ombres chinoises), filmée au banc-titre (image par image), a fait de la mise en abyme de la fiction son principe narratif. Chaque épisode s’ouvre dans un vieux cinéma dans lequel des personnages – trois amis : deux jeunes et un technicien plus âgé – préparent un tournage. “Et si j’étais Icare ?”, suggère le jeune personnage au début. Après quoi tous se documentent, évoquent la trame de l’histoire, se répartissent les rôles, choisissent les costumes et les décors. Ces prologues sont des séquences éminemment didactiques, qui dispensent un enseignement géographique, historique et culturel. Elles nous renseignent également sur les objectifs de Michel Ocelot.  

Dans Icare, celui-ci ne reraconte pas le mythe de l’impétueux fils de Dédale qui parvient à s’échapper du labyrinthe, puis qui vole vers le ciel et, à l’approche du soleil, voit la cire de ses ailes fondre et finit par mourir. Non, le cinéaste en propose une variation ludique et aérienne, libertaire et poétique. Depuis ses débuts (Les trois inventeurs, 1979), Ocelot ne cesse de mettre en scène des personnages de rêveurs-artistes rejetés par la foule et qui ont une revanche à prendre. Ainsi lorsqu’Icare, jeune homme jeté en prison, se libère de son labyrinthe sépulcral, c’est d’abord pour aller taquiner le tyran Minos. On peut d’ailleurs voir Icare en regard de La légende du pauvre bossu, que M. Ocelot a réalisé quelques années plus tôt, dans lequel le bossu poignardé se voit également pousser des ailes. Les ailes symbolisent autant la revanche des outsiders que la magie de la fiction. C’est l’hypothèse du cinéma (“et si”-néma) qui permet enfin de tricher avec l’équation du réel. 

C’est donc moins l’histoire de l’imprudent Icare qu’Ocelot désire raconter ici que, en s’appuyant sur une bande originale signée par son ami fidèle Christian Maire, de mettre en scène une sorte de rêverie autour d’une double métamorphose : celle d’un homme-oiseau, mais également d’un homme-poisson (trait complétement ajouté, inventé par Ocelot). Icare s’initie d’abord tant bien que mal au vol puis, au fur et à mesure, grisé par son nouveau pouvoir (long vol dans un ciel bleu) finit par tomber dans les eaux de la Méditerranée pour nager, voler sur l’eau porté par un dauphin et ce, jusque sur une île.  

Ocelot propose donc un contrepied à la morale finale de la légende en récompensant in fine le personnage titre en le projetant sur une île paradisiaque, et en l’engageant même dans une fin prototype des contes de fée avec une jolie princesse à demi-nue. Oui, semble nous dire Ocelot, comme Icare nous avons le droit de rêver, de vouloir toucher le soleil. C’est d’ailleurs ce que nous faisons à chaque fois que nous nous plongeons dans la fiction. 

Donald James 

Réalisation et scénario : Michel Ocelot. Animation : Bénédicte Galup, Lionel Kerjean, Pascal Lemaire et Georges Sifianos. Montage : Michèle Peju. Musique originale : Christian Maire. Voix : Marie Barsacq, Philippe Cheytion et Arlette Mirapeu. Production : La Fabrique Production.