Extrait

Homesick

Koya Kamura

2018 - 27 minutes

France - Fiction

Production : Offshore, Toboggan

synopsis

Deux ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, Murai brave le danger et arpente la "no-go zone" afin de passer du temps avec Jun, son fils de huit ans.

Koya Kamura

Réalisateur franco-japonais né à Paris en 1983, Koya Kamura est diplômé en cinéma de l'université Paris-VII, qui a ensuite étudié à l’université de Keio à Tokyo.

À son retour en France, il entre chez MTV et GameOne en 2007 puis à la Walt Disney Company l'année suivante. Il réalise alors des films publicitaires pour des marques comme Redbull, Adidas ou L’Oréal, avant de signer son premier court métrage de fiction, Homesick, en 2019. Le film remporte de nombreux prix en festivals (Ai-xen-Provence, Aubagne, Pantin, Trouville) se voit intégré à la sélection officielle des César 2021.

Hiver à Sokcho, son premier long métrage interprété par Roschdy Zem et Bella Kim, est sélectionné en 2024 au TIFF, à Toronto, et au Festival de San Sebastian, avan se sortir en France en janvier 2025. Il entre alors en financement de son deuxième long métrage, Évaporés, un polar noir situé au cœur de Fukushima.

Critique

Murai se rend régulièrement dans la zone interdite qui entoure la centrale de Fukushima au Japon, afin de retrouver la balle de baseball de son fils et de rapporter des objets aux habitants qui ont été forcés d’évacuer les lieux. Épaves de bateaux, rues désertes et commerces à l’abandon entrent alors en résonance avec l’état du protagoniste, dévasté par la mort de son enfant et de sa femme dans la catastrophe nucléaire qui a eu lieu deux ans auparavant. Depuis ce tragique évènement, Murai se laisse aller : il vit dans l’obscurité et ne se nourrit plus que de nouilles instantanées. S’il refuse d’abord la lanterne offerte par une personne âgée, destinée à faire ses adieux aux morts, c’est parce qu’il n’accepte pas leur disparition.

Il entretient l’illusion de leur présence en laissant des messages vocaux à sa femme et en fantasmant le fait de passer du temps avec son fils dans la no-go zone. Si ce dernier possède une apparence réelle, quelques indices suggèrent pourtant sa nature fantomatique, à commencer par la façon dont il surgit du noir au début, éclairé par la lumière blafarde et légèrement surnaturelle d’une lampe-torche. Contrairement à son père, l’enfant ne porte pas de masque ni de combinaison de protection et semble échapper aux lois humaines. Leurs entrevues ont lieu uniquement au sein du périmètre, où Murai paraît également être le seul à remarquer sa présence lorsqu’il s’y rend accompagné d’une voisine.

D’abord réticent à l’idée de conduire la jeune femme, qui souhaite y déposer les cendres de sa mère, le protagoniste finit par accepter et retrouve progressivement le sourire au contact de cette figure solaire. Son fils l’amène lui aussi à faire son deuil, en le questionnant à propos de la cérémonie funéraire des lanternes puis en retrouvant la fameuse balle qui motivait ses allers-retours. À l’image de la tortue de sable dont il transforme les pattes en nageoires, Murai finit par accepter de laisser son fils prendre le large en déposant sa lanterne à la surface de l’eau. La scène se déroule à la tombée du jour, marquant la fin d’une ère, tandis qu’une mélodie aux accents tristes et dramatiques rend ces adieux d’autant plus déchirants. Le fils disparaît de la même manière qu’il est apparu : sans crier gare. Tandis que le père est assis de dos, face au fleuve, l’enfant vient en effet s’asseoir devant, s’effaçant presque à l’intérieur de lui. Koya Kamura parvient alors à libérer son personnage tout en le laissant emporter avec lui le souvenir des êtres chers.

Chloé Cavillier

Réalisation et Scénario : Koya Kamura. Image : Kanamé Onomaya. Montage : Antoine Flandre. Son : Akihiko Suzuki, Thomas Robert et Jonas Orantin. Musique originale : Romain Trouillet. Interprétation : Shouta Ikoma, Tasuku Nagaoka et Yuki Sakurai. Production : Offshore et Toboggan.

À retrouver dans

Thématiques