Extrait

Grands garçons

Chriss Itoua

2024 - 25 minutes

France - Documentaire

Production : Les Quatre Cents Films

synopsis

Après son bac, mon frère Junior décide d’arrêter ses études et je décide alors de filmer ses journées avec ses potes. Tous sont noirs et parlent souvent de leur avenir en se demandant s’ils vont suivre la même trajectoire que nos parents ouvriers immigrés. Ils interrogent leur place au sein d’une société où leur présence n’est pas partout la bienvenue.

Chriss Itoua

Réalisateur français né en , Chriss Itoua est diplômé d'une licence de cinéma à Paris I. Il s'est également formé à l'assistanat de production à l'EICAR en 2014.

Sélectionné à L'Atelier, résidence pilotée par le Festival Côté court de Pantin en 2020, il a enchaîné l'année suivante avec un workshop aux Ateliers Médicis, en partenariat avec le laboratoire d'Aubervilliers. Après quatre films autoproduits, il a signé en 2022 un court métrage documentaire avec Yukunkun Productions : Muanapoto.

Grands garçons, dans lequel il filme notamment son frère cadet Junior, a été sélectionné en 2025 au Champs-Élysées Film Festival et à Côté court (en sélection Grand angle).

 

Critique

Quand la vie démarre-t-elle vraiment ? C’est ce que semble questionner Chriss Itoua avec Grands garçons, où le cinéaste met en scène l’insouciance diaphane de la jeunesse à travers le prisme intime de son petit frère, empêtré dans un amoncellement de difficultés.

À quoi ressemble le quotidien des jeunes gens désœuvrés, notamment ceux qui appartiennent aux minorités racisées, dans une société de plus en plus excluante, chancelante et qui aurait tendance à se désunir ? Leurs journées ne sont pas seulement tissées d’errances, mais sont aussi parsemées de réflexions actives. “Quelle est ma place dans le monde et comment puis-je y contribuer à ma petite échelle ?”, semble ainsi se demander Junior.

Grands garçons pose ainsi une petite forme de résistance dans l’idée d’exister à travers le cadre, dans un corps social qui voudrait nous en écarter. Le documentaire permet ici de pérenniser le temps que l’on n’arrive pas à saisir, qui semble nous échapper et de fixer des questionnements que l’on peut avoir avant d’entrer dans les périlleuses strates du monde adulte. Le film saisit, un peu à la manière du mélancolique La dernière séance de Peter Bogdanovich (1971), les dernières décisions qui vont compter. Filmer les jours qui passent, c’est garder une trace de nos hésitations, comme lors d’un après-midi attrayant dans les rues de la capitale. Il en ressort une certaine drôlerie, notamment d’une méprise sur le Centre Pompidou, cette singularité architecturale que l’on confond naïvement avec un manège. Junior vient de Senlis, dans les Hauts-de-France, où il est difficile de se “rencontrer” avec soi-même.

La caméra était déjà un outil pour se livrer ou se révéler dans Muanapoto (2022), où le réalisateur souhaitait à la fois dresser le portrait de sa mère tout en lui susurrant son homosexualité. Ici, on fait un cheminement via la discussion pour tenter de dénouer les amertumes. Une séquence montre les deux frères échangeant sur leur futur dans des ruines médiévales tandis qu’à un autre moment, le groupe d’amis rejoue un contrôle de police avec facétie alors que l’acte est pourtant loin d’être anodin.

Autant de sujets forts sur les inégalités ou les injustices qui pourraient être évoqués avec la même ferveur incandescente qu’un James Baldwin, Chriss Itoua, lui, fait le choix de la tendresse. Ce double mouvement arrive à “encapsuler” Grands garçons comme un film à la largesse politique et à la candeur familiale. Le réalisateur tend non seulement l’oreille à son frère pour l’écouter, mais il lui offre également la pluralité de son regard pour l’enregistrer dans son introspection.

William Le Personnic

Article paru dans Bref n°131, 2026.

Réalisation et scénario : Chriss Itoua. Image : Maxence Magniez. Montage : Paul Brihaye et Ann Sophie Wieder. Son : Déborah Drelon, Karl Levacher et Raphaël Zucconi. Interprétation : Bienvenu-Junior Itoua, David Koe et Rayann Odjo. Production : Les Quatre cents films.

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