Extrait
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Gabber Lover

Anna Cazenave-Cambet 

2016 - 13 minutes

France - Fiction

Production : La Fémis

synopsis

Nérac, début des années 2000. Laurie et Mila, 13 ans, dansent le “gabber” au bord d’un lac isolé. Mila est amoureuse de Laurie et elle veut lui dire, que ça jaillisse hors de sa tête.

Anna Cazenave-Cambet 

Née en 1990 dans le Sud-Ouest, Anna Cazenave-Cambet a étudié la photographie à l’ETPA, à Toulouse, et en est sortie diplômée avec le Prix spécial du jury de l’Atelier de Pierre Barbot.

En 2013, elle intégrait la Fémis en section réalisation, faisant partie de la promotion 2017. Durant ses études, elle a réalisé un premier court métrage, Gabber Lover, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes en 2016, au sein de la Cinéfondation. L’année suivante, elle signait un second film court, Iemanja – cœur océan, que l'on a pu voir en compétition au Festival Côté court de Pantin.

De l'or pour les chiens, son premier long métrage, a été labellisé “Semaine de la critique 2020” et accèdera aux salles françaises le 30 juin de l'année suivante.

Critique

Gabber Lover nous aspire par son intensité. C’est une intensité diffuse, mais précise qui apparaît dès les premiers instants grâce à la mise en scène. Celle-ci porte le temps et l’étire, le dirige dans l’espace. Anna Cazenave-Cambet prend le temps de montrer le temps, ce qui permet d’affirmer le rôle essentiel qu’il joue lors de la construction d’un sentiment et de celle du rapport à l’autre. Pour cela, la réalisatrice donne une importance particulière à la colorimétrie des images, qui inspire une atmosphère de rêve brumeux, le vert sombre et profond des arbres nous y engouffrant avec lui.  

Au cœur de cette nature silencieuse, Mila et Laurie échangent avec leurs corps plutôt que les mots. Elles s’observent, en défiance pour l’une (Laurie), en admiration pour l’autre (Mila), et cherchent constamment à fracturer l’immobilité qui les entoure. Cela passe notamment par la musique, le gabber, branche du mouvement techno hardcore qui donne son nom à ce court métrage d’école de la Fémis et marque les points d’évolution de la relation tout au long de celui-ci. La dimension énergique, brutale de ce son libère les deux jeunes filles de la tension qui les retient d’aller vers l’autre et participe à leur communication sourde. Enivrée, Mila parle à Laurie dans sa tête en lui déclarant son amour qui déborde (“Quand tu bouges, ça me fait comme de voir les champs de tournesols au début de l’été…” ; “J’ai envie de vomir en bien…”) pendant que Laurie danse sous les flashs comme objet de désir ultime, mystique, en rappelant la célèbre scène de contemplation des Amours imaginaires de Xavier Dolan (2010). Une chasse s’installe entre les adolescentes, c’est une douceur violente qui les attire l’une vers l’autre, tous les tourments des premiers sentiments.  

Une fois hors de la forêt, la mise en scène révèle toute la tendresse de Laurie qui se met à poursuivre Mila après l’avoir rejetée. Ses regards empreints d’hésitation se transforment progressivement en un désir manifeste, une recherche entêtante. Le travail sur la lumière sublime sa solitude passagère en dévoilant la jeune fille recluse dans une cabine téléphonique, éclairée par une croix de néon, symbole fort du jugement porté par le monde sur cette relation. Comme un secret que l’on protège, que l’on chérit, l’histoire d’amour naît dans la nuit, propulsée par la bande son qui scelle la beauté de ce moment.

Aliénor Lecomte 

Réalisation : Anna Cazenave-Cambet. Scénario : Anna Cazenave-Cambet, Marlène Poste et Marie-Stéphane Imbert. Image : Pauline Sicard. Montage : Joris Laquittant. Son : Mikhael Kurc, Léonard Accorsi et Grégoire Chauvot. Musique : Charles Miette. Interprétation : Laurie Reynal, Mila Lendormy et Victorien Cacioppo. Production : La Fémis.

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