Extrait

Fukushima, 5 ans après

Ève Ceccarelli

2016 - 4 minutes

Animation

Production : La Poudrière

synopsis

Cinq ans après l’accident nucléaire qui a touché la préfecture de Fukushima, la vie continue pour les habitants.

Ève Ceccarelli

Née en 1991, Ève Ceccarelli a commencé ses études d’animation en classe préparatoire aux Ateliers de Sèvres avant d’entrer à l’EMCA, à Angoulême. Ses études se sont poursuivies aux Gobelins, à Paris, où elle a coréalisé Peste et Crouton et Edgard, son film de diplôme en 2014. Elle a complété sa formation à l’école de La Poudrière, où elle a réalisé Où est passé l’argent ?, un film d’une minute, Souris sous la pluie (dans le cadre de l’opération des “Espoirs de l’animation” pour la chaîne Canal J) et Fukushima, 5 ans après, son film de fin d’études. Celui-ci a été présenté en compétition au Festival du film d’animation d’Annecy en 2017. Elle a alors aussi travaillé sur l’animation 2D de La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel (2018), puis sur celle du long métrage Wolfwalkers de Tomm Moore et Ross Stewart, qui devrait sortir en salles en 2020 ou 2021.

Critique

Le titre, on ne peut plus explicite, met immédiatement le spectateur dans l’état d’esprit nécessaire pour anticiper ce qui l’attend : une plongée en cinq brèves séquences dans le quotidien des zones habitées proches de la centrale nucléaire de Fukushima, cinq ans après la catastrophe.

Comme c’est parfois le cas avec les courts métrages de fin d’études de La Poudrière dont la durée est limitée à environ quatre minutes, un risque existe de laisser le spectateur sur sa faim. Mais en amenant la réalisatrice à aller droit au but, cette contrainte donne ici naissance à un film à la fois dense et ténu, qui procède à une sorte d’état des lieux de ce qu’est devenue l’existence dans les villages des environs du site. Certains habitants sont restés, coûte que coûte ; d’autres sont définitivement partis en ville, ou ne reviennent que sporadiquement. Il faut continuer à s’occuper des tâches domestiques et trouver une manière de gagner sa vie, mais il y a aussi des moments plus légers : les commérages entre voisines, les jeux d’enfants, etc.

On est d’ailleurs frappé par la manière dont se côtoient une vitalité débordante (la nature est omniprésente, des insectes aux cultures florissantes) et une menace mortifère toujours présente en arrière-plan. Dès la séquence d’ouverture, on découvre un sanglier en apparence mort. “C’est le deuxième ce mois-ci…”, explique un personnage, tandis que l’autre refuse de brûler le corps, par crainte de diffuser des substances radioactives. L’animal, en réalité, est bien vivant, à l’image de cette région devenue symbole de destruction et de mort et où, partout, la vie a malgré tout repris ses droits. De la même manière, les enfants jouent avec insouciance, tout en prenant garde à ne pas s’approcher de la rivière, qu’ils savent contaminée, donc dangereuse.

C’est ce grand écart entre les apparences et la réalité, entre la nécessité de vivre et la conscience aiguë du risque, qu’observe Fukushima, 5 ans après, telle une chronique douce-amère qui embrasse par petites touches les différents aspects d’une situation complexe, inextricable, et qui suggère bien plus qu’il ne montre ou assène. Les teintes pastels de l’image et l’économie de mouvement apportent une douceur à ces petits moments saisis sur le vif, tout en donnant le sentiment d’une vie au ralenti, comme figée dans l’attente d’un impossible retour à la normale. De ces récits minuscules s’élèvent alors silencieusement des effluves de solitude, de nostalgie, de manque, de danger et de peur, comme autant de voix offertes à ceux qui subissent encore les conséquences de la tragédie.

Marie-Pauline Mollaret

Réalisation et scénario : Ève Ceccarelli. Animation : Eve Ceccarelli et Marc Robinet. Montage : Myriam Copier. Musique originale : Mathieu Tiger. Production : La Poudrière.

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