Extrait

Fracas

Rémi Rappe

2019 - 6 minutes

Documentaire

Production : Rémi Rappe

synopsis

Isolés sur les îles du Salut, une troupe de singes capucins et un couple de paons vivent une mystérieuse épopée. La nature efface doucement les vestiges de ce lieu de mémoire, connu pour abriter un des bagnes les plus célèbres de Guyane.

Rémi Rappe

Rémi Rappe a grandi dans l’ouest de la France, entre Royan, La Rochelle, Niort et Poitiers. Après des études de biologie à l'Université de Bordeaux, il a beaucoup voyagé et, rapidement, a voulu traduire en images ses différentes expériences. Il a alors poursuivi son cursus à l'IFFCAM (Institut francophone de formation au cinéma animalier), où il y a réalisé ses deux premiers films : Quelle mouche m’a piqué ?, en 2012, et Vim Tempus, en 2013. Depuis, il multiplie les tournages à l’étranger en tant que cadreur.

En 2015, il s’installe à Poitiers et travaille à la réalisation de Médecines et sac à dos avec Sylvain Diserens. Puis, il collabore en 2017 avec Santiago Serrano à la réalisation du court métrage Araucaria Araucana - Arbre d'un peuple, qui retrace l’histoire de l’arbre millénaire éponyme.

Fracas (2019), son cinquième court métrage, a connu un très bel accueil dans les festivals, prenant notamment part à la compétition du Festival de Grenoble en 2020.

Critique

Lieu porteur de mémoire, cet archipel au large de Kourou, en Guyane, abrite les vestiges d’un passé colonial figé dans le temps. Les îles du Salut conservent à la fois le témoignage d’événements historiques douloureux et celui d’un nouveau refuge pour une nature reprenant ses droits. En l’espace de quelques années, la végétation s’est frayé un chemin, effaçant peu à peu les traces de la civilisation et balayant ainsi le souvenir d’un terrible récit autrefois ancré dans la terre. 

Dans cet interstice entre le passé et le réel, Rémi Rappe propose un documentaire contemplatif qui s’éloigne du genre animalier classique qu’il a déjà exploré au travers de nombreuses réalisations pour la télévision. En retransmettant ses expériences visuelles, sociales et naturalistes, il bascule vers une nouvelle forme plus expérimentale qui présente la particularité d'explorer une riche palette d'interactions entre les espèces animales. Sans présence humaine, un dialogue imperceptible s’instaure, que seule la caméra parvient à capter. Cette conversation invisible met en lumière la symbiose d’un monde doté d’une beauté insoupçonnable.  

En six minutes de film, le temps paraît comme suspendu, et le moindre mouvement, le moindre bruit devient l’objet d’une attention particulière. Une fascination qui rend bientôt les images abstraites, se diluant peu à peu dans cette torpeur tropicale. Fracas évolue alors vers un registre sensoriel auquel se mêle la mélodie paisible des sonorités de la jungle. Le film est habité par des plans rigoureusement cadrés par l’œil observateur du réalisateur, qui réussit à se fondre dans l’environnement.  Suivant cette trame, il parvient remarquablement à faire tenir ces multiples lignes, où s’étendent des plans fixes dans lesquels les espèces sont libres d’évoluer. C’est dans un cimetière à ciel ouvert que le ballet des animaux se chorégraphie entre les restes de pierres enlisés sous la végétation. La vie s’y déroule comme si la caméra n’y était plus, dans une intervention humaine la plus imperceptible possible. 

Fracas entend célébrer la nature comme une ressource précieuse et évocatrice. Rémi Rappe témoigne d’un territoire en pleine mutation, changeant progressivement d’identité. Cet équilibre fragile, sur lequel repose la richesse de la nature, est continuellement menacé par l’intervention humaine qui peut à tout moment troubler cette quiétude. La proximité du centre spatial de Kourou et l’impact des lancements de fusées constituent une menace bien réelle pour cet écosystème. Cependant, le film reflète également la manière dont certains artistes pressentent un changement de paradigme vers un monde dans lequel l’humanité n’est plus nécessairement dominante mais partie intégrante de la vie animale. Fracas propose une réflexion sur la façon dont les Hommes habitent le monde aujourd’hui et partagent la Terre avec le vivant. 

Léa Drevon 

Réalisation, image, montage et production : Rémi Rappe. Son : Léo Doboka Sauvage. Musique originale : Anthony Touzalin et Jordan Proença. 

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