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Derniers jours à Shibati

Hendrick Dusollier

2017 - 59 minutes

France, Chine - Documentaire

Production : StudioHdk Productions/Les Films d’Ici/Maria Roche Productions

synopsis

Shibati, le dernier vieux quartier de la plus grande ville de Chine, Chongqing, est sur le point de disparaître. Zhou Hong, le petit prince des ruelles animées du quartier, et Mme Xue Lian, l’extraordinaire marraine des travailleurs migrants, vivent depuis toujours à Shibati. Ils doivent partir vers l’une des milliers de tours anonymes d’une lointaine banlieue.

Hendrick Dusollier

Licencié en Histoire et diplômé des Arts Décoratifs de Paris, Hendrick Dusollier est réalisateur et plasticien. En 2005, son premier film d’animation Obras, une traversée physique et temporelle des vieux quartiers en destruction de Barcelone, est  récompensé dans de nombreux festivals internationaux et reçoit, entre autres, le Prix Scam de la meilleure œuvre d’art numérique.

Le réalisateur crée alors sa société de production, Studio HDK Productions, pour développer ses projets artistiques. Cinq ans plus tard, il réalise Babel, une allégorie des profonds bouleversements subis par la Chine contemporaine. En 2013, son documentaire historique Une journée dans la vie d’un dictateur est diffusé à la télévision.

En 2017, Hendrick Dusollier achève Derniers jours à Shibati, qui suit la disparition du dernier quartier historique de la mégalopole de Chongqing. Ce moyen métrage documentaire est, l'année suivante, triplement primé au Festival du cinéma de Brive (Prix du jury, Prix du public et Prix des distributeurs) et remporte le Grand prix de la compétition française (Prix Louis-Marcorelles) et le Prix des jeunes au Cinéma du réel, à Paris, avant de se voir distribuer en salles par Météore Films.

Critique

À l’entrée des rues insalubres de Shibati, un passant nous met en garde : “Tu veux faire un reportage sur la Chine ? Ce n’est plus la Chine, tes images sont fausses. Dans l’immense ville de Chongqing (plus de trente millions d’habitants, la plus vaste ville du monde), le dernier des vieux quartiers est sur le point d’être démoli. Le compte à rebours est lancé, le démantèlement programmé conduira les habitants dans des appartements modernes. On peut comprendre l’avertissement fait au cinéaste, et à travers lui au regard porté par l’Occident sur l’hyper-capitalisme d’une Chine en pleine mutation. Mais Hendrick Dusollier n’est pas journaliste ; il est venu seul et sans interprète se livrer aux hasards des rencontres.

C’est d’abord Zhou Hong, un enfant de sept ans, qui lui propose spontanément de le guider à travers le labyrinthe des ruelles où il s’amuse et s’ennuie. Candide et joyeux, il entraîne un soir son nouvel ami vers la Cité de la lumière de la lune, un centre commercial voisin qui le fascine et qui pourtant symbolise la modernité qui est en train d’engloutir son quartier. Il y a aussi monsieur Li, un artisan coiffeur qui voit un à un ses clients disparaître, et qui n’a plus de mots, même dans sa langue, pour dire les sentiments qui le submergent. C’est enfin Xue Lian, une vieille dame, désarmante de bonté et de joie, qui gagne chichement sa vie en triant des déchets et qui construit, avec ses trouvailles, la “maison de ses pensées, improbable installation à ciel ouvert où les rebuts deviennent fétiches : champignon géant, buste de cheval, tête de bœuf ou œuf de dragon.

À travers ces trois guides, c’est toute une humanité qui se révèle, et si peu à peu l’émotion nous étreint, c’est qu’à mesure que les liens se nouent, l’échéance inéluctablement se rapproche. De visite en visite, le cinéaste réduit la distance, revient avec un traducteur et les suit dans ce qui sera bientôt leur nouveau logement, une tour HLM loin du cœur de la ville. Sans commentaire, des instants saisissants traduisent le désarroi muet qu’augure l’anonymat auquel le relogement les condamne, l’inquiétude du père de Zhou à la recherche de l’entrée du métro, l’angoisse de sa mère devant les portes d’un ascenseur, la stupeur de la vieille dame devant son champignon vandalisé.

Avec minimalisme et pudeur, Derniers jours à Shibati parvient à dire quelle extraordinaire extinction des singularités le démantèlement du quartier va provoquer. À l’image de madame Lian au moment du départ, toute une communauté nous adresse un dernier signe avant de disparaître sous les pelleteuses du progrès.

Olivier Payage

Article paru dans Bref n°124, 2019. 

Réalisation, scénario, image, montage et son : Hendrick Dusollier. Production : StudioHdk Productions, Les Films d'Ici et Maria Roche Productions.