Extrait
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Côté cœur

Héloïse Pelloquet

2018 - 30 minutes

France - Fiction

Production : Why Not Productions

synopsis

Maryline, 16 ans, aime Aymeric, son collègue du port. Mais ce jour d’été, sous l’influence de Mars, elle sauve Ludovic de la noyade.

Héloïse Pelloquet

Née en 1988, Héloïse Pelloquet étudie en classe préparatoire, puis en lettres et cinéma à la Sorbonne, avant d’intégrer la section montage de la Fémis, dont elle sort diplômée en 2014. Dans ce cadre, elle réalise son premier moyen métrage, Comme une grande, qui sonde les émois adolescents sur l’île de Noirmoutier, dont elle est elle-même originaire. La réalisatrice en confie le rôle principal à Imane Laurence, qui collaborera avec elle sur tous ses projets. Elle poursuit son exploration de l’adolescence en réalisant en 2016 L’âge des sirènes, sélectionné au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand et lauréat du Prix du court métrage du Syndicat de la critique. La princesse insensible est mené à bien l’année suivante, dans le cadre du “Portail de l’action éducative”, en lien avec une classe de CM1.

Entre 2016 et 2019, la jeune cinéaste assure le montage de plusieurs films, dont les courts J’mange froid de Romain Laguna, qui obtient le Prix Unifrance au Festival Tous Courts d’Aix-en-Provence en 2017, Acide de Just Philippot ou encore Plein ouest d’Alice Douard, Prix Unifrance 2019, ainsi que celui du remarqué Les météorites, premier long métrage de Romain Laguna sélectionné au Festival international du film de San Sebastian en 2018.

La même année, Héloïse Pelloquet signe le troublant Côté cœur, récompensé par deux prix au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : la mention spéciale du jury national, ainsi que le Prix Adami de la meilleure comédienne pour Imane Laurence.

Héloïse Pelloquet assure, en parall!èle de ses propres réalisations, le montage de différents longs métrages, tels qu'À l'abordage de Guillaume Brac (2020) ou Petite Solange d'Axelle Ropert (2021).

En 2022, elle réalise son premier long métrage, La passagère, avec Cécile de France et Félix Lefebvre. Le film sort en salles le 14 décembre 2022.

Critique

C’est, une fois encore, la topographie de Noirmoutier qu’explore Héloïse Pelloquet avec Côté cœur. Après le port et la haute mer dans L’âge des sirènes, la jeune diplômée de la Fémis se tourne vers les marais de l’île. Comme une grande, première fiction trouée par le documentaire d’immersion dans une groupe d’enfants autochtones, tenait sa légèreté du sourire spontané de son interprète principale, Imane Laurence. Devenue adolescente, elle incarne Maryline, cheveux courts et air renfrogné, qui ponctue des conversations solitaires de mantras supposés influer sur le cours de son existence plate. Côté cœur parcourt les petits malaises et grandes humiliations de cette solitaire malgré elle qui joue toujours à contretemps de ses interlocuteurs. Le film explore avec ce personnage mal aimable le chromatisme de la gamme du désagrément, variant l’embarras, la fureur, l’énervement, allant jusqu’à la perversité.

Car ce petit corps buté qui peine à se lier va faire la rencontre accidentelle, au sens propre du mot, avec un autre égaré. Ludovic a beau avoir le double de son âge, il n’est pas mieux accordé à son environnement que Maryline. Le film oppose d’abord ces deux éclopés (le vacancier vs. la locale ; elle solitaire, lui avec un groupe de copains…) pour mieux les assortir dans un duo caduc. La grande timidité de Ludovic n’est qu’esquissée, mais se charge du malaise qu’inspirait son interprète Jonathan Couzinié dans Ton cœur au hasard d’Aude Léa Rapin. L’intelligence du scénario consiste à inverser les rôles et à faire de ce “grand gentil” une proie pour le ressentiment de Maryline.

À mesure que Côté cœur s’enfonce dans les marais en une balade maudite, le jaune du T-shirt de Maryline s’agite comme un fanion dans le décor nocturne. Des nappes de brouillard s’élèvent, la silhouette d’un cheval blanc se découpe dans le paysage, teintant de fantastique l’engluement passager des personnages et du récit. Cette embardée dans un bord de merveilleux horrifique qui n’adviendra pas n’est que l’un de ces brusques coups de volant opérés dans la trajectoire du film. Dans une construction faite d’effets de rimes (deux baignades, deux sauvetages, deux baisers), le film balbutie et revient à son point de départ – la plage – pour mieux saisir l’apprentissage de son anti-héroïne.

Raphaëlle Pireyre

Réalisation et montage : Héloïse Pelloquet. Scénario : Rémi Brachet et Héloïse Pelloquet. Image : Augustin Barbaroux. Son : Lucas Héberlé et Alexis Meynet. Interprétation : Imane Laurence, Jonathan Couzinié et Nathan Bazin. Production : Why Not Productions.

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