Chez moi
Phuong-Mai Nguyen
2019 - 12 minutes
Canada, France - Animation
Production : Papy3D Productions
synopsis
La mère d’Hugo est rentrée à la maison. Le lendemain, lorsqu’Hugo se réveille, il trouve des plumes noires qui parsèment sa maison.
biographie
Phuong-Mai Nguyen
Née au Vietnam, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans, Phuong-Mai Nguyen est à la fois diplômée de l’école des Gobelins (en 2009) et de La Poudrière (en 2011).
Elle a co-réalisé avec Charlotte Cambon de Lavalette l’adaptation de la BD Culottées de Pénélope Bagieu en série de trente épisodes diffusée sur France Télévisions en 2019.
Elle collabore régulièrement avec d’autres cinéastes d'animation au storyboard et à la création graphique de films et séries. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, dont Chez moi, pré-sélectionné aux César et shortlisté aux Oscars en 2016.
In Waves, son premier long métrage, est présenté en 2026 en séance d'ouverture de la Semaine de la critique au Festival de Cannes. Adapté du roman graphique éponyme d'Aj Dungo et coproduit par Silex Films côté français, il est également sélectionné en compétition au Festival d'Annecy avant de sortir au cinéma le 1er juillet.
Critique
Une maison au milieu des champs, dans le soleil déclinant. Des grillons, des oiseaux qui chantent. Un enfant observe par la fenêtre une voiture qui roule au loin, sans s’arrêter. Il soupire. La nuit tombe. Les pièces sont désertes. L’enfant s’étend sur un grand lit double et s’endort. Plus tard, sa mère revient enfin et le porte jusqu’à sa chambre. On sent une grande douceur, un abandon complet, un rituel rassurant. Mais le lendemain matin, à l’heure du petit-déjeuner, l’enfant découvre avec stupéfaction un inconnu dans la cuisine. C’est l’ombre du personnage qui apparaît en premier, venant littéralement recouvrir l’enfant. Comme une menace. Il s’agit d’un corbeau à taille humaine, vêtu d’une chemise et d’un pantalon. Un combat silencieux se livre alors entre l’homme-oiseau qui essaie d’apprivoiser l’enfant et ce dernier, qui rejette cet adulte venant s’immiscer entre sa mère et lui.
Par sa simplicité, Chez moi (le titre lui-même dit assez explicitement l’idée de confort et de possession, contrariée par le spectre du changement et de la menace potentielle) explore les sentiments ambivalents de l’enfance, pensée comme une bulle de protection dans laquelle tout intrusion est une menace. Il adopte le point de vue du petit garçon, jouant de l’ambiguïté de la figure du corbeau qui n’est jamais contredite par le film, tout en appartenant à l’imaginaire fantasmé de l’enfant. Il propose aussi, via ses camaïeux automnaux de roux, de dorés, de bruns et de marrons glacés, une esthétique de grande beauté, aux accents presque dramatiques, qui ajoute à la notion de conte symbolique.
La réalisatrice dépeint avec subtilité les tourments intérieurs de son personnage, confronté à la fois à la notion de rivalité (il n’a plus sa mère pour lui tout seul) et à l’intimité dérangeante entre les deux adultes (la sexualité taboue des parents). La grande force du film est de passer non par des dialogues ou des situations convenues, mais par des allégories visuelles qui utilisent le vivant (oiseaux, plumes, feuillage des arbres) pour symboliser les rapports entre les personnages. Ainsi lorsque l’enfant surprend la “métamorphose” de sa mère au cours d’une étrange parade amoureuse. Les plans, qui avaient tendance à être larges et aérés, se resserrent sur des points de détail : la nuque, les pieds, les mains. Des plumes qui naissent à la base du cou, ou qui s’ébouriffent en un mouvement inquiétant. Jusqu’à ce que le volatile enserre la mère de ses ailes sombres.
En contrepoint, la musique vient donner l’alerte. Au début du film, c’étaient seulement quelques notes de cordes pincées traduisant la sensation que quelque chose se dérègle. Des volutes ponctuant désagréablement les différents face-à-face entre les trois protagonistes. Puis, lors de cette scène-clé, l’orchestration se fait plus ample. Le thème de départ devient imposant et intense, accentuant la transformation dramatique de la mère et l’envol en vue subjective. Tout participe de la même manière au récit, jusqu’aux éléments naturels : bourrasques de vents, pluie torrentielle, orage spectaculaire… La frustration et la colère de l’enfant se déchaînent à l’intérieur comme à l’extérieur. Et lorsque le soleil point lors de la dernière scène, cela permet de suggérer très délicatement, sans appuyer l’émotion, le retour possible à une relation mère-fils apaisée.
Marie-Pauline Mollaret
Réalisation, scénario et image : Phuong Mai Nguyen. Montage : Catherine Aladenise et Phuong Mai Nguyen. Son : Nathalie Vidal et Yan Volsy. Musique originale : Yan Volsy. Animation : Thibault Chimier, Jean-Charles Mbotti Malolo, Phuong Mai Nguyen et Rémy Schaepman. Production : Papy3D Productions.


