Extrait
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Champ de vipères

Cristèle Alves Meira

2016 - 20 minutes

France, Portugal - Fiction

Production : Fluxus Films

synopsis

Dans un village au nord-est du Portugal, un drame inexplicable a lieu. Une vieille dame est retrouvée morte dans son jardin infesté de vipères alors que sa fille de 40 ans, Lurdes, a fugué sans rien dire à personne. Le mystère et le qu’en-dira-t-on planent sur la tragique destinée de cette maison.

Cristèle Alves Meira

Née en 1983 à Montreuil, Cristèle Alves Meira est de double nationalité française et portugaise. Assurant des mises en scène de théâtre dès l'âge de 20 ans, elle réalise au Cap-Vert, en 2010, un premier court métrage documentaire : Som & Morabeza.

Suivront, notamment, deux fictions tournées dans le village de sa mère, au Portugal : Sol Branco et Campo de víboras, sélectionné en 2016 à la Semaine de la critique, à Cannes, et l'amenant à participer, la même année, à la troisième promotion de “Next Step”, qui permet d’accompagner des cinéastes vers leur passage au long métrage.

Alors diplômée de l’Atelier scénario de la Fémis, elle signe, entre fiction et documentaire, lnvisível Herói, primé entre autres au Festival Silhouette, à Paris, à Contis et à Brest.

Au printemps 2020, Cristèle Alves Meira se voit inspirer par la période de confinement un nouveau court métrage : Tchau tchau

En 2022, son premier long métrage, Alma Viva, est présenté au Festival de Cannes, dans le cadre de la Semaine de la critique. 

Critique

Les montagnes portugaises du Tras O Montes s’élèveront cette année encore sur les écrans de la Semaine de la critique. Dans Alma viva, le premier long métrage de la Franco-Portugaise Cristèle Alves Meira, tourné à Campo de Viboras, village natal de la cinéaste, niché dans ces sommets du Nord-Est. Il avait déjà en 2016 offert son décor et son nom éponyme – en français “Champ de vipères” – à son quatrième court métrage, dévoilé en 2016 dans la même sélection cannoise. Cristèle Alves Meira est de ces cinéastes fidèles au territoire de leurs racines car il est fécond pour leur cinéma (on pense à Gaël Lépingle, dont L’été nucléaire est actuellement en salles, qui revient régulièrement à Orléans). C’était déjà là-bas déjà qu’elle inaugurait en 2014 son passage à la fiction avec Sol branco. Dans ce Champ de vipères bourgeonnent nombre de motifs récurrents dans son travail, qui circule en toute fluidité des ténèbres à la lumière : la bascule entre deux mondes, les croyances et les modes de vie archaïques, flirtant avec le magique, de cet espace rural isolé. La scène d’ouverture du film en est un concentré, avec ses litanies prononcées hors champ, ses chapelets de sorts invoquant le feu et les crapauds. Difficile de ne pas voir dans le personnage de Lurdes, femme de quarante ans au bord de la crise de nerfs demeurée auprès de sa mère malade, une incarnation de la figure de la sorcière. 

Comme bon nombre de cinéastes portugais de sa génération, l’œuvre de Cristèle Alves Meira est un lieu de passage et de frictions guidé par des influences et registres de spectres contraires. Fiction et documentaire se côtoient sur ses tournages qui sont peuplés de proches, amis et parents, devant et derrière la caméra. Le personnage de Lurdes s’inspire directement de la vie d’une tante portugaise de la cinéaste. À partir de la dimension réaliste de son récit, le film ouvre un espace où se côtoient la peinture sociale d’un territoire et codes propre au conte et aux légendes. Les cadres prennent soin de camper fermement les montagnes où serpente la route menant au village et dont les sombres reliefs agissent comme les piliers d’une forteresse. Mais Champ de vipères nous montre aussi la liesse populaire d’un 31 décembre, l’amitié pleine de tendresse entre deux femmes qui s’entraident, tandis que rôde le mal sous les traits d’un mystérieux fantôme masqué. 

Le talent de la cinéaste réside aussi dans le cœur et la détermination qui, film après film, caractérisent l’attention portée au portrait de ses personnages principaux, Duarte dans Invisível herói, ou ceux incarnés par sa propre fille, Lua Michel dans Tchau tchau et dans Alma viva. Ici, des plans serrés se concentrent sur le visage de Lurdes, coincée entre un rôle de fille dévouée à sa mère et d’objet de désir convoité par les hommes. Dans cette enclave, sa vie suffoque, certes distraite par des rencontres de fortune, comme celle avec Ludovic Berthillot, avec qui elle partage une scène érotique évoquant celle du Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie (2009) où le comédien apparaissait déjà. Par un contraste efficace, la mise en scène s’attache à ne jamais nous dévoiler la mère qui apparaît d’autant plus menaçante dans l’ombre du hors champ. 

Dans les films de cinéastes franco-portugais(e)s, on peut voir le Portugal en parenthèse estivale, avec sa chaleur rurale, le retour éphémère en famille le temps des vacances, à l’image de Bustarenga, d’Ana Maria Gomes (2019). Cristèle Alves Meira plonge ici dans les interstices d’une autre saison. Dans ce scénario situé en automne/hiver, ce sont plutôt le crépitement des feux de cheminée, les ciels gris qui dominent. Vert de gris, c’est aussi la couleur de la vipère, qui est prétexte à l’exploration d’une métaphore hypnotique autour du mal, de l’insidieux venin qui paralyse et se faufile. Le tribunal en place publique de la scène finale y fait écho – et le film nous quitte laissant dans son sillage l’aura d’un mystère troublant. 

Cloé Tralci 

En partenariat avec 

­Réalisation et scénario : Cristèle Alves Meira. Image : Rui Poças. Montage : Raphaël Lefèvre. Son : Amaury Arboun, Vincent Pateau et Cédric Lionnet. Interprétation : Ana Parão, Sónia Martins, Simaõ Cayatte et Ludovic Berthillot. Production : Fluxus Films.

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