Ce qui appartient à César
Violette Gitton
2024 - 18 minutes
France - Fiction
Production : Films Grand Huit
synopsis
César a 12 ans lorsque sa grande sœur Lou est victime d’une agression sexuelle. Dans les vestiaires des cours d’escrime qu’il fréquente, tout se mesure à l’aune de la violence. Le jeune garçon voudrait prendre part à tous les combats, mais il n’a pas les armes pour cela.
biographie
Violette Gitton
Née à Rennes en 1999, Violette Gitton est à la fois autrice, réalisatrice et coach enfants pour le cinéma. Ayant débuté par des films courts autoproduits (comme, en 2018, Louis dans tous les sens, cosigné avec Paul Marques Duarte, et Tête-bêche, réalisé en solo), on la découvre comme interprète du court métrage Saison calme de Célia Bachir, produit en 2019 par Films Grand Huit. C'est avec cette même société qu'elle réalise Ce qui appartient à César en 2023.
Ce dernier remporte de nombreux prix à travers le monde (Grand prix Unifrance, Prix Alice-Guy, Prix du meilleur court international au Festival Flickerfest, en Australie…) avant d’être nommé aux César 2025, dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction.
En parallèle, Violette Gitton aborde l'exercice du podcast documentaire avec Malheur niveau 2, disponible sur Arte Radio et consacré au motif de la bipolarité.
Critique
Nommé en 2025 au César du meilleur court métrage de fiction, Ce qui appartient à César affirme l’acuité du regard de Violette Gitton. En dix-huit minutes, la réalisatrice s’inspire de sa propre histoire pour évoquer une agression sexuelle sans jamais l’aborder frontalement. Le film opte pour un détour : le point de vue du petit frère, victime collatérale, depuis lequel se perçoit l’onde de choc.
César pratique l’escrime dans un groupe non mixte où les gestes sont codifiés et ritualisés. Derrière les masques blancs et la discipline du sport, la violence semble contenue, mise en forme. Mais dans les vestiaires – cet espace sans adultes, où les corps se comparent et se jaugent – se rejouent déjà les mécanismes d’une virilité apprise trop tôt.
Le récit suit un quotidien balisé : heures d’école, entraînements et trajets s’enchaînent. Filmé à hauteur d’enfant, César circule dans des espaces trop vastes pour lui (complexes sportifs massifs, couloirs de béton, groupes disciplinés), sans jamais vraiment trouver sa place. Rien ne change en apparence, mais quelque chose le traverse. Il encaisse, observe, absorbe et cherche un moyen de réagir.
L’événement, lui, affleure par fragments. L’agression de sa sœur n’apparaît jamais directement : une audition par la police des mineurs, une voiture abandonnée devant la piscine, des silences qui s’installent. Violette Gitton s’intéresse moins au choc qu’à sa propagation, et c’est précisément dans ce déplacement que le film trouve sa justesse.
La force du film tient à la pudeur de son dispositif. La réalisatrice ne cherche jamais à expliciter entièrement les émotions, ni à offrir une lecture cathartique. Son cinéma est allusif, métaphorique, parfois volontairement opaque. À l’image des violences réelles, cette retenue s’inscrit dans une zone floue, faite de silences, de perceptions incomplètes, de paroles qui tardent.
Nourri par l’écoute des enfants que la cinéaste accompagne sur les tournages, le film restitue leur ambivalence : capables d’une discipline rigoureuse comme d’une violence soudaine entre eux. De cette matière fragile naît un court métrage à la fois doux et percutant, attentif aux mouvements intérieurs de l’enfance.
Derrière la sécheresse apparente de certaines scènes, une question transparaît : qu’est-ce que devenir un garçon dans un monde où la violence circule déjà entre les corps et les mots tus ? Avec un geste à la fois maîtrisé et sensible, Violette Gitton signe un récit qui ne se livre pas immédiatement, mais dont la résonance persiste longtemps.
Léa Drevon
Réalisation et Scénario : Violette Gitton. Image : Martin Laugery. Montage : Clémentine Lacroux et Cyrielle Thelot. Son : Elias Graziani, Matthieu Frelin et Sébastien Crueghe. Musique originale : Delphine Malausséna. Interprétation : Marius Plard, Billie Blain, Jala Altawil, Aliocha Reinert, Aliocha Delmotte, Elias Nobili, Idrissa Soumare, Luc Verdiel Armand, Mathieu Perotto, Aurélie Verillon et Céline Duval Crouvizier. Production : Films Grand Huit.


