Extrait

Castells

Blanca Camell Galí

2022 - 21 minutes

Espagne, France - Fiction

Production : Barberousse FIlms

synopsis

Lara se sépare de Boris et rentre à Barcelone, sa ville d’origine. Ses rêves et ses désirs se transforment auprès de ses amies, ses amants et des traditions catalanes des castells.

Blanca Camell Galí

Née en 1990, Blanca Camell Galí est une réalisatrice catalane vivant et travaillant à Paris. Elle est diplômée à la fois de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, de l'Université Paris 8 et du Fresnoy - Studio national des arts contemporains.

Ses courts métrages L’oreig (2014), Idols (2016), Tombent les heures (2018) et Pol·len (2019) ont été présentés dans des festivals tels qu'IndieLisboa, Premiers Plans d’Angers, Go Shorts à Nimègue ou Côté court, où Marta Camell Galí a emporté le prix de la meilleure interprétation féminine pour son propre film Idols.

Produit côté français par Barberousse Films, Castells a été présenté à Côté court, de nouveau, mais également au Festival de Locarno, dans le cadre des Pardi di domani, et au FIFIB, à Bordeaux. Il a fait partie de la sélection officielle du court métrage de fiction des César 2024.

Elle achève le tournage de son film suivant, Premier feu, en Région Nouvelle-Aquitaine au printemps 2025.

Critique

Blanca Camell Galí aime placer au centre de ses films un personnage récurrent : une jeune femme à la chevelure brune, plongée dans une situation d’interrogation et de doute, voire de malaise. L’oreig (2014) met en scène une adolescente dont la vie est chamboulée par une rencontre fortuite. Dans Idols (2016), Helena espère trouver dans une soirée barcelonnaise un ancien amant de qui elle est encore éprise. Tombent les heures (2019) suit les étapes de la pérégrination d’une jeune femme dans les quartiers ouvriers de Montreuil. Dans Pol∙len (2019), on côtoie Anna, revenue quelques jours à Barcelone ; dans sa ville d’origine, le personnage retrouve une connexion avec d’anciens amis, et notamment avec un homme prénommé Alex. Blanca Camell Galí, née en 1990, a fait ses études à Barcelone (Université Pompeu Fabra), à Saint-Denis (Université Paris 8) et à Tourcoing (Le Fresnoy). Sa vie est tiraillée entre la Catalogne et la France. Il n’est donc peut-être pas si étonnant que, dans ses films, la question de la féminité rencontre souvent celle du voyage, tout autant que celle de la réflexivité.

Castells (2023) apparaît comme la suite des films précédents en ce qu’il raconte le retour à Barcelone de Lara, une jeune trentenaire. Dès le début du film, la caméra se focalise sur des détails : le mouvement du tapis roulant métallique qui fait sortir Lara du métro, et la présence flamboyante d’un palais à la Gaudí, typique de la capitale catalane. Troublée, Lara lève haut les yeux comme pour se reconnecter à un territoire qui lui fut familier jadis. Puis son visage pivote vers le bas ; ses yeux appréhendent ce qui fait face. Elle se met à marcher, empesée par trois gros bagages. La mise en scène met d’emblée l’accent sur la relation étonnante qui existe entre le personnage et l’espace environnant. Une tension naît entre la reconnaissance d’un territoire un peu oublié (avec ses monuments et les personnes qui le peuplent) et la tentative difficile de s’ancrer à nouveau dans cette terre. Quelque chose sature l’esprit du personnage. Nous apprendrons bientôt que Lara vient de mettre fin à une relation amoureuse. Le vague à l’âme se situe précisément sur cette une ligne de crête, entre l’angoisse – de clore un chapitre – et l’espoir – d’en ouvrir un nouveau.

Le film figure une zone intermédiaire où s’entrechoquent des émotions et des sentiments multiples. Chaque épisode de ce retour au pays, durant lequel Lara revoit ses amies et des amants, est capté à travers une profonde ambiguïté. La mise en scène délaisse les actions stéréotypiques et préfère placer Lara dans une position d’active observatrice. Le sujet du film est moins sa trajectoire dans le territoire que la manière dont elle le regarde et tente de l’habiter. Aussi le personnage se trouve-t-il entourée de ce qui est déjà là : l’architecture barcelonnaise, les cafés, un petit village, les paysages, etc. Mais ce qui compte vraiment, c’est la manière dont Lara entend revoir (et corriger ?) cette réalité. 

Une séquence donne son nom au film : on y voit le rituel du castell s’élaborer et se défaire, à mesure que les corps reconstituent une forteresse symbolique à l’aide de la force et de l’habileté, physiques et collectives. Les dynamiques intimes sont aussi à l’œuvre, d’où la valeur accordée aux silences. Tout au long du film, la caméra recueille l’émotion silencieuse émanant des visages, comme pour saisir la sensation de possibilité. Blanca Camell Galí capte finalement le doute face à l’ordre établi. Au moment de regagner Roubaix, l’apaisement semble atteindre le visage pâle de Lara, baigné de soleil, alors qu’elle longe les bâtisses aux briques rouges. Un sourire s’esquisse, tandis qu’elle déguste une glace en marchant, signe d’un renouveau réconciliateur au croisement du froid et du chaud ?

Mathieu Lericq

Réalisation et scénario : Blanca Camell Galí. Image : Juliette Barrat. Montage : Laura Rius Aran. Son : Clément Gallice, Osman Geneé Martín et Raphaël Zucconi. Musique originale : De Loretta. Interprétation : Carla Linares, Jaume Madaula Izquierdo, Jan Matheu Montserrat et Louis Séguin. Production : Barberousse Films.

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