1968 - 28 minutes
France - Documentaire
Production : Ciné-Tamaris
synopsis
Documentaire tourné à Oakland (Californie) au cours des manifestations autour du procès de Huey Newton, leader des activistes noirs... Au temps où les Black Panthers avaient un programme et des projets, avec entraînement des troupes, meetings, danses et déclarations, au temps où les Black Panthers inquiétaient les USA.
biographie
Agnès Varda
Agnès Varda, née en 1928 en Belgique d’un père grec et d’une mère française, élevée à Sète puis à Paris, fut d’abord photographe au TNP de Jean Vilar. Après La pointe courte (1956), un premier long métrage réalisé en toute liberté et en décor naturel au bord de l’étang de Thau, elle accepte une commande pour le Ministère du tourisme, Ô saisons, ô châteaux (1956), un court métrage documentaire dont François Truffaut loua la fantaisie, l’intelligence, l’intuition et la sensibilité.
Rare cinéaste dont le parcours est jalonné, avec le même bonheur et une invention à chaque fois renouvelée, de courts et de longs métrages, de documentaires et de fictions, de commandes et d’essais personnels, Varda, navigua entre grand et petit écran, salles de cinéma et cimaises de musées, succès publics et réussites plus confidentielles.
Lauréate du César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2001 et de la Palme d’or d’honneur à Cannes en 2015, la réalisatrice des Glaneurs et de la glaneuse (2000) aura reçu, entre autres, le Prix Louis-Delluc 1964 (pour Le bonheur), le César du court métrage en 1983 (pour Ulysse), le Lion d’or à Venise en 1985 (pour Sans toit ni loi) et le César 2009 du meilleur documentaire (pour Les plages d’Agnès). Elle s'est éteinte le 29 mars 2019 à Paris.
Critique
Quand Agnès Varda signe, en 1963, son court métrage Salut les Cubains, la révolution castriste a quatre ans et le témoignage de la cinéaste, riche de milliers de photos prises sur l’île, profite d’un recul lui permettant d’employer, par la grâce d’un montage alerte au banc-titre, un ton léger, ludique et volontiers didactique.
Cinq ans plus tard, Black Panthers, filmé durant l’été 1968, se présente tout autrement. C’est le film d’un moment. Un film sur le vif. À vif. En prise avec les événements. Sans recul, donc, et ouvertement militant. Loin de l’approche théorique et volontiers artificielle de Jean-Luc Godard la même année dans One + One (lequel mettait en scène une interview et des interventions de Black Panthers en filigrane de la gestation et de l’enregistrement de la chanson Sympathy for the Devil par les Rolling Stones).
Le générique de Black Panthers (où l’on retrouve, entre autres noms, le futur cinéaste Pascal Thomas, alors assistant) qualifie d’ailleurs le film de “reportage”. Et c’est bien en présentant comme sésame qu’elle soit là “pour la télévision française” qu’Agnès Varda put filmer au plus près, avec une caméra 16 mm prêtée par des activistes de l’Université de Berkeley, les manifestations d’Oakland en faveur de la libération de Huey Newton, “ministre de la Défense” du Black Panther Party, alors injustement emprisonné pour le meurtre présumé d’un policier.
Filmant tant les anonymes rassemblés devant le palais de justice d’Oakland que l’inculpé et les leaders du mouvement (Bobby Seale, Eldridge et Kathleen Cleaver), en interview ou lors de leurs prises de paroles publiques, Varda alterne harmonieusement entre saillies revendicatives, défense des droits civiques, élargissement du propos aux luttes féministes (voire capillaires) et captation de moments de liesse collective (voir, dès le prologue, ces plans, très beaux, sur les enfants, sur la foule, rythmés par la musique d’un groupe en live et les slogans funk appelant – “Free Huey !” – à la libération de Newton).
On sait combien la cinéaste fut attentive aux révolutions politico-culturelles des Sixties, comme elle les filma, les documenta, soucieuse de ce qui, aux États-Unis notamment, se jouait dans les universités et les différents mouvements issus de la contre-culture. Il est ainsi assez étonnant de se souvenir que seulement quelques mois après Black Panthers, Varda filmera les hippies du long métrage Lions, Love (… and Lies), comédiens déconnectés et artistes égocentrés un rien irritants (dont les deux auteurs/acteurs de la comédie musicale Hair), saisis, eux, entre fiction et documentaire, dans la bulle protectrice et épicurienne d’une ville, Los Angeles, qu’allait aussi arpenter de son côté Jacques Demy, compagnon de Varda, pour son sublime Model Shop de 1969, errance faussement solaire, mélancolique et antonionienne, tout juste assombrie, celle-ci, par le spectre de la conscription et de la guerre du Vietnam.
Pendant cette (longue) parenthèse américaine du couple (mais Varda retournera à Los Angeles filmer les peintures murales en 1980), il y a bien sûr Mai 68 en France. On dit que c’est pour ne pas souffler sur les braises de cette contestation en partie éteinte par le pouvoir gaulliste que Black Panthers ne passa finalement pas à la télévision française dans les années suivant sa réalisation… Mais si Lions, Love (… and Lies) est une face A, Black Panthers est bel et bien sa face B, urgente, véhémente… et bien plus pérenne dans son propos, d’ailleurs ! Vision kaléidoscopique des marges progressistes d’une Amérique (déjà) à la croisée des chemins, les deux films ont logiquement été distribués ensemble à la sortie en salles du premier, à Paris, le 9 décembre 1970.
Stéphane Kahn
Réalisation : Agnès Varda. Image : David Myers, Paul Aratow, John Shofill et Agnès Varda. Montage : Paddy Monk. Son : Paul Oppenheim et James Steward. Musique originale : Black Panthers. Production : Ciné-Tamaris.


