Extrait

Arekara - La vie après

Momoko Seto

2013 - 17 minutes

France - Documentaire

Production : Ecce Films

synopsis

Cinq témoignages d’un évènement apocalyptique et surréaliste.

Momoko Seto

C’est un parcours plutôt insolite et atypique que celui de Momoko Seto, née en 1980 à Tokyo, au Japon, et qui mène une carrière de réalisatrice de courts métrages d’animation, documentaires ou expérimentaux tout en étant collaboratrice du CNRS depuis 2005 (plus particulièrement au Centre de recherche sur les arts et le langage à partir de 2012).

Scolarisée au lycée français de la capitale nippone, elle avait gagné la France pour suivre des études d’art à l’École supérieure des Beaux-arts de Marseille, avant d’intégrer le Studio national des arts contemporains du Fresnoy.

Sa filmographie aligne entre 2002 et 2016 une vingtaine d’œuvres courtes, dont les plus connues sont Paris plage en 2007, puis la trilogie spatiale formée par Planet A (2008), Planet Z (2011) et Planet Σ (2014), tous montrés dans une kyrielle de festivals français et internationaux.

La réalisatrice a aussi signé en 2013 un documentaire sur les populations touchées par la catastrophe écologique de Fukushima : Arekara, la vie aprèsI don't want to sleep with you, I just want to make you hard suit en 2016.

En 2019, Momoko Seto réalise sur un format de moyen métrage un documentaire animé, toujours produit par Ecce Films : Edgar Morin, un penseur à Paris.

Elle enchaîne avec Ojiichan, moyen métrage documentaire tourné au Japon et produit cette fois par Barberousse Films (en 2021), avant de se consacrer à son premier long métrage, logiquement intitulé Planètes. Coproduit par Ecce Films et Miyu Productions, il est projeté en séance de clôture de la Semaine de la critique, à Cannes, en 2025, avant de recevoir le Prix Paul-Grimault au Festival d'Annecy et de sortir au cinéma en mars 2026 sous la bannière de Gebeka Films.

Critique

Pour qui connaît l'œuvre de Momoko Seto, vidéaste stakhanoviste, celle-ci peut paraître quelque peu hétéroclite. Quel serait en effet le lien entre le fraternel Paris plage (voir Bref n° 83) et le végétal Planet Z (voir Bref n° 98), sinon la présence centrale de la cinéaste exploratrice, toujours prête à faire un pas de côté pour filmer là où on ne l'attend pas? 

Avec Arekara... ,destination planète documentaire. Un an après la triple catastrophe du 11 mars 2011, Momoko Seto rejoint lshinomaki, une ville dévastée située au nord de Tokyo. Arekara... entremêle des interviews à une série de plans sur les ruines. La force des entretiens repose tant sur les témoi­gnages que sur les traits singuliers de chaque interviewé. 

Dans l'ombre, Momoko Seto travaille au CNRS - secteur arts et langage -, où elle prépare, écrit ou réalise des documentaires. Arekara... n'est pas pour elle un coup d'essai. Ce qui explique la facilité déconcertante avec laquelle elle capte la confiance de ses interlocuteurs. Un pêcheur aux cheveux hir­sutes évoque de petits détails prémonitoires remarqués en mer ; un vieil homme, de son regard intense, regrette aujourd'hui l'absence des plantes et des fleurs ; une femme au visage rond comme ses lunettes se souvient que, ce jour-là, elle a insulté la neige ... Arekara... recueille les expériences de l'évé­nement, du "juste après" et du "maintenant". À l'extérieur, la neige tombe, comme ce jour-là ... l'ombre des montagnes se dessine à l'horizon et, ici et là, au centre de l'image gisent quelques récifs du passé : un immeuble retourné, une maison vide traversée par le vent, un autocar juché sur le haut d'un toit, un cargo jeté en travers d'une route. En contrepoint, la ballade swing d'Embraceable You, chantée par le lover-crooner Nat King Cole, souligne com­bien l'angle adopté par la réalisatrice se trouve à des années-lumière de l'em­pathie et des larmes des reportages thuriféraires. 

Arekara... ne sonde pas l'expérience de la mort, mais rend compte du désir de vie de ses personnages. Bien sûr, il est question du deuil impos­sible, du souvenir des cadavres éparpillés, mais l'image s'accroche aux sou­rires radieux, illuminés par la joie de vivre. Le contrechamp funeste se conjugue au passé. L'éloignement temporel permet l'inattendu. Une femme avoue maintenant regarder les matchs de sumo à la télévision. Un homme s'amuse et blague avec la réalisatrice. Sonder la joie d'être en vie, c'est sans aucun doute là que réside la singularité du cinéma de la réalisatrice. Cette affirmation souterraine, ce cri que l'on résumerait en trois mots, "je suis vivant", vibre à travers toute son œuvre, de Paris plage aux ruines d'lshinomaki.

Donald James

Article paru dans Bref n°109, 2013.

Réalisation et Scénario : Momoko Seto. Image : Minori Matsuoka et Momoko Seto. Montage : Nicolas Sarkissian et Momoko Seto. Son : Quentin Degy. Production : Ecce Films.

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