Extrait

Après le soleil

Rayane Mcirdi

2024 - 25 minutes

France, Algérie - Fiction

Production : Malfamé Cinéma

synopsis

Un été à la fin des années 1980 : une famille algérienne prend la route pour rallier Marseille, depuis la banlieue parisienne où elle réside. À l’horizon, un ferry mythique, le port d’Alger, des vacances “au pays”, que les enfants ne connaissent pas. Dans le van surchargé flotte un mélange de joie et d’énervement, de liberté et de nostalgie.

Rayane Mcirdi

Né en 1993 à Asnières, Rayane Mcirdi a étudié à l'École supérieure d'Art et de design d'Angers, puis aux Beaux-Arts de Paris, dont il est sorti diplômé en 2019. Il a exposé ses premières œuvres à la Biennale de Sharjah, aux Émirats arabes unis, et aux Magasins généraux, à Pantin.

Le croissant de feu, son premier film documentaire, a été sélectionné en 2019 à Cinéma du Réel, y recevant le Prix des détenus.

Après le soleil, son premier court métrage de fiction, a été présenté à la Quinzaine des cinéastes en 2024 etprésenté dans d'autrres festivals à l'échelle internationale (Béjaïa, Carthage, Cinemed à Montpellier, Vilnius…), préfigurant un projet de long métrage se situant dans la continuité de ce récit et développé chez Don Quichotte Films.

Critique

C’était le seul et unique film représentant l’Algérie et sa diaspora sur les écrans du Festival de Cannes en 2024 (où il était présenté dans le cadre de la Quinzaine des cinéastes). Dans son plan d’ouverture où éclate et scintille un feu d’artifice du 14 juillet observé depuis les hauteurs d’un d’immeuble, on décèle un soupçon d’ironie doublée d’une joie bien réelle. Nous sommes à Asnières-sur-Seine, en banlieue parisienne, en France métropolitaine. C’est l’été, qui sonne pour cette famille d’origine algérienne comme pour tant d’autres une habitude annuelle qui constitue pourtant un événement : l’heure du départ en vacances et l’excitation qui l’accompagne. Médaille à deux visages, c’est aussi le retour dans un pays natal, empreint d’affects complexes qui auront le loisir de se mêler le temps d’une longue route en plusieurs étapes, dont la première consiste à gagner en voiture Marseille et son port de transit puis, de là, à emprunter le ferry pour traverser la Méditerranée jusqu’à la rentrée scolaire.

Rayane Mcirdi a choisi de concentrer sa mise en scène sur ce trajet et utilise le huis-clos d’une voiture pour laisser se déployer la joie, la nostalgie et la colère plus ou moins sourdes qui habitent chacun et chacune dans l’habitacle. Entre le sentiment de liberté du départ en vacances, et celui de l’enfermement dans ce véhicule plein à craquer, il y a un paradoxe symptomatique de la violence de l’histoire coloniale française en Algérie et de ses vestiges contemporains. Une caméra à l’épaule déploie une attention sensible aux visages et aux gestes, capte le familier, le fouillis ambiant. Dans un accès de colère banalement toxique, le père élève la voix, dont le tranchant résonne d’autant plus dans ce lieu inexorablement cloisonné. Sur le siège arrière, la fratrie somnole, deux sœurs adolescentes et un petit frère, dont la Game Boy laissant échapper la mélodie du jeu Tetris nous permet de situer le récit dans les années 1980. Tous trois s’apprêtent à voir pour la première fois le pays de leurs ancêtres, connaître la famille de là-bas – des origines jusqu’alors inconnues, mais dont leurs parents, leurs tantes, leurs amis leur ont tant de fois fait le récit. Le temps de la voiture est encore celui de la lisière, de l’inconnu, de la projection, où l’on peut tout imaginer, la découverte d’un territoire se profile à l’horizon et les contours du réel ne sont pas encore figés par l’expérience vécue.

Après le soleil est à plus d’un titre fabriqué en famille(s). Pour écrire ce scénario qui distille une somme d’émotions avec tant de tendresse, Rayane Mcirdi a puisé dans ses propres récits d’enfance, mais aussi dans ceux que lui ont raconté sa mère, ses sœurs et ses tantes. Il a ainsi recours à un double, déléguant la narration en voix off au personnage de la plus grande sœur, s’éloignant d’un récit autobiographique direct. La société Malfamé qui a produit le film se compose elle-même d’un trio de deux frères et une sœur, enfants de la diaspora algérienne basés à Saint-Étienne, dont ils sont originaires.

C’est dans sa conclusion, où des photogrammes nous montrent le port de Marseille vu depuis le large, qu’Après le soleil assume pleinement son lien à la forme documentaire. L’histoire coloniale continue de s’écrire aujourd’hui, dans ces trajets. Pour embarquer sur la prochaine étape, La traversée d’Élisabeth Leuvrey (2012) constitue une pertinente possibilité, puisqu’il se déroule à bord d’un ferry à destination de l’Algérie, aux côtés de ses passagères et passagers.

Cloé Tralci

Réalisation et scénario : Rayane Mcirdi. Image : Simon Fasci. Montage : Mila Olivier. Son : Charlotte Bourlier, Antoine Bargain, Karla Ramirez, Samuel Fulchiron et Anna Devillaire. Interprétation : Bellamine Abdelmalek, Sonia Faidi, Yanis Hamidani, Flore Hamidani et Romane Oukhemanou. Production : Malfamé Cinéma.

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