ÆON
Emmanuel Fraisse
2021 - 33 minutes
France - Fiction
Production : Caïmans Productions
synopsis
Alors qu’un cataclysme d’une ampleur jamais égalée mène à l’évacuation du Japon, Lyra replonge dans ses souvenirs. Qui était Rey, cette fille fascinante qu’elle a suivie à l’autre bout d’un pays qu’elle ne connaissait pas ? Pourquoi cette obsession pour l’Atlantide, une civilisation punie par les dieux il y a 10 000 ans ? Et surtout : pourquoi Rey a-t-elle disparu, elle aussi, si soudainement ?
biographie
Emmanuel Fraisse
Emmanuel Fraisse est sorti diplômé du département “image” de la Fémis en 2018. Il a réalisé Bloom dans le cadre de l'école en 2018, avant un premier court métrage produit – par Caïmans Productions – en 2021 : Æon.
Il a en outre assuré de nombreuses fonctions diverses sur des projets d'autres étudiant(e)s ou cinéastes, notamment en tant que directeur de la photographie (par exemple Super Nova de Juliette Saint-Sardos en 2021 et Caillou de Mahtilde Poymiro en 2022 ) et surtout en qualité d'étalonneur (Salut les zins ! de Paul Nouhet, Pleure pas Gabriel de Mathilde Chavanne, Imperial Princess de Virgil Vernier, Comment ça va ? de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, etc.)
Critique
Si la voix de Lyra (Chloé Cavillier) nous murmure à l’oreille, c’est qu’avec son récit intime et légendaire à la fois, elle aimerait remonter le temps, pas seulement pour raviver sa mémoire, mais peut-être pour faire réapparaître la mystérieuse jeune femme qu’elle a aimée quelques semaines au Japon et qui s’est évanouie sans laisser de traces. Dans des paysages quasiment vides de présence humaine, sa silhouette flotte, au ralenti, comme habitant des souvenirs plutôt que des images réelles. Le travelling latéral sur les fenêtres d’un train aux wagons tous identiques évoque le défilement de la pellicule. ÆON travaille en effet le décollement des motifs de leur support d’artefact et l’animation des figures nous ramène davantage au mouvement des images qu’à celui des corps réels. Lyra en vient à douter de ses propres souvenirs que rien ne semble corroborer et cherche dans les grands mythes des ancrages à son histoire. Au pays des yokai, elle évoque dans un collage de références hétéroclites des monstres de la mythologie comme Charybde ou The Invisible Man de Leigh Whannell (2020), dont la figure horrifique immatérielle est rendue visible par un jet de peinture.
Dans ce pays de fantômes, la catastrophe semble toujours proche et le jour met longtemps à se lever sur ÆON, qui retient la nuit et nous maintient ainsi dans un temps qui semble ne pas s’écouler. Dans la déambulation de Lyra, on croise aussi le chemin de Takashi qui a perdu sa fiancée dans le tsunami et veille depuis à désinfecter la terre radioactive. Les vues désolées de Fukushima évoquent des contrées spectrales tout comme les millénaires nécessaires à ce que la terre infestée soit décontaminée. Du désespoir intime à la catastrophe planétaire, il n’y a qu’un pas dans ÆON qui regarde dans des images fixes rappelant La jetée de Chris Marker la recherche du temps perdu. Dans cette esthétique de la ruine, on pense au mouvement arrêté des photos de Jeff Wall. Plus que l’idée que la caméra capturerait un instant décisif pour reprendre l'expression d’Henri Cartier-Bresson, c’est la sensation que quelque chose de l’humanité s’est figé.
Raphaëlle Pireyre
Réalisation : Emmanuel Fraisse. Scénario : Simon Serna et Emmanuel Fraisse. Image : Emmanuel Fraisse. Montage : Rafael Torres Calderón. Son : Flavia Cordey. Musique originale : Paul Deniau, Emmanuel Fraisse et Klaar Frankenberg. Interprétation : Chloé Cavillier, Victoire Du Bois et Nanami Kameda. Production : Caïmans Productions.


